Une approche de la réintégration : image et ressemblance (5/5)

Publié le par Esh494

Gn011-LC-Paradis.jpgSi Dieu n’a consciemment pas créé l’homme à sa ressemblance, ce ne fut pas pour le châtier, pour le dégrader, pour en faire une créature inférieure, mais justement pour le rendre susceptible par sa propre volonté et selon sa propre liberté d’acquérir cette ressemblance par ses opérations et ses œuvres. Et dans sa liberté d’action, il n’en aurait été que plus grand et plus fort, plus méritant et glorieux, s’élevant ainsi bien au-dessus des anges et de toute créature. Dieu fit l’homme image et non ressemblance afin qu’il devint par sa volonté et par la grâce de son Père cette créature semblable en tout point à son créateur. Ce n’est pas par jalousie qu’il ne le rendit pas semblable, ce fut donc par amour ; par amour il voulut lui octroyer les grâces nécessaires à ce perfectionnement et par amour il souhaita voir un être libre se conformer librement à l’intention de son créateur et se hausser à la mesure de celui-ci par ses propres efforts et mérites. Sans quoi, n’ayant aucun mérite il n’aurait jamais acquis aucune gloire et donc n’aurait jamais pu prétendre à la totale ressemblance. Tel est le véritable amour de Dieu.

 

Dieu fit donc l’homme à son image. Mais il est aussi dit juste après dans l’Ecriture : « Il les créa homme et femme. » Ainsi Dieu crée-t-il dans l’homme quelque chose qui lui est totalement étranger à Lui qui est unique et en qui réside l’unité de toute chose ; Il créa la dualité qui de toute évidence représente une dissemblance par rapport au Créateur. Mais pourquoi Dieu dont le dessein est de créer un être à son image et sa ressemblance introduisit-Il alors quelque chose de contraire à sa nature divine ? Reportons-nous à Grégoire de Nysse qui apporte une réponse à cette question :

« Comme Dieu vit dans l’ouvrage que nous étions notre inclination vers le mal et comme il vit que, par notre déchéance spontanée de la dignité que nous partagions avec les anges, nous chercherions à nous unir avec ce qui était au-dessous de nous [ndr : les anges déchus et le reste de la création], pour ce motif il mêla à sa propre image quelque chose de l’irrationnel. Car ce n’est pas à la nature divine et bienheureuse que peut appartenir la division en mâle et femelle. »[1]

 

Sentence surprenante que celle du Créateur, bonté infinie pour ses créatures, qui sachant la chute qui attendait l’homme le priva a priori d’une propriété qui put l’empêcher de chuter. Sentence ou don d’amour ?

Car si l’homme avait été créé avec l’impossibilité de chuter, alors il n’aurait pu avoir le loisir d’user totalement de son libre arbitre et donc il n’eût pas été libre. Et n’étant pas libre il n’eût été qu’une créature inférieure. Et il n’était aucunement dans le dessin de Dieu de créer un être inférieur, tout au contraire.

 

Alors, pourquoi Dieu a-t-il donc présenté son plan divin en proposant de créer l’homme à son image et à sa ressemblance ? Pourquoi avoir voulu quelque chose qui, de toute évidence, ne se réaliserait pas ?

Pour répondre à cette question il nous faut différencier la pensée divine qui crée la nature humaine dans son ensemble, qui crée donc l’archétype, de la réalisation de cette pensée qui fait la créature dans son particulier. Et toujours Grégoire de Nysse d’écrire :

« Faisons l’homme, dit Dieu, à notre image et ressemblance. Et Dieu fit l’homme ; à l’image de Dieu, Il le fit. » Cette image de Dieu, qui réside en la nature humaine prise dans son ensemble, a atteint sa perfection. Adam, à ce moment n’existait pas encore. En effet, étymologiquement, d’après ceux qui savent l’hébreu, Adam signifie « ce qui est formé de terre. »[2]

 

La ressemblance fait donc partie du dessein divin et elle est bien inscrite en potentialité dans l’homme auquel Dieu donne toute faculté pour l’acquérir. Elle existe donc dans l’archétype. Si l’homme avait agi en conformité avec la volonté de son créateur il aurait donc acquis de toute certitude cette ressemblance. Et cette ressemblance devait se manifester dans l’usage approprié des puissances et vertus conférées par l’image :

« Tous résultat du ternaire sacré, ayant la pensée, la volonté et l'action à l'image de leur [chef] (mot barré) créateur, et des attributs de puissances et de vertu à la ressemblance de leur principe, ces trois facultés devaient être toujours en eux actives et produire par leur action des opérations ou résultats; mais ils étaient tenus de les produire conformément à la loi que leur créateur avait prescrit. »[3]

 

Notons qu’ici apparaît la notion de loi. Ainsi ces facultés devaient s’exprimer suivant certaines conditions prescrites par le créateur, qui devaient le guider et dont l’observance devait conditionner le maintien de ces facultés et puissance et par là de la ressemblance. Quelles sont ces conditions ? Pour nous éclairer reportons-nous à une instruction de Martinès de Pasqually. Que nous dit cette instruction ?

«Quoiqu’il en soit, l’homme est toujours l’ouvrage de Dieu, Dieu le père des hommes ; il ne peut être dans la miséricorde de Dieu d’avoir laissé son ouvrage seul et abandonné dans ce vaste univers, sans appui, sans guide, sans conseil. Non, sans doute. Il lui donna une loi, un précepte et un commandement. La loi est : « Un seul Dieu tu adoreras », c’est l’appui ; le précepte est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est le guide ; le commandement est : « Tu ne prendras pas mon nom en vain », c’est le conseil. »[4]

 

En fait nous pourrions conclure que l'image donne une faculté à acquérir la ressemblance. L'expression de cette faculté se fait dans les œuvres ou opérations de l’homme. La nature de ces opérations rend ou non l'homme plus ressemblant. Ces opérations à l'origine toutes spirituelles-divines sont devenues aujourd'hui, du fait de l’incorporisation du mineur spirituel, matérielles et spirituelles. Spirituelles par l'impact sur le monde angélique de nos pensées et des intellects bons ou mauvais qu'elles produisent et qui sont les véritables opérations ou oeuvres spirituelles de l'homme et du Coen et la manifestation des puissances recouvrées de son âme quaternaire. Nous reviendrons sur ces dispositions dans une autre étude.

 

Ainsi, après avoir étudié et analysé, à la lumière de la doctrine de Martinès de Pasqually rectifiée par Jean-Baptiste Willermoz et les Pères de l’Eglise, en quoi l’homme archétype de la nature humaine était pesé à ‘image et à la ressemblance de Dieu  et quels étaient les principes, vertus et puissances de l’Adam originel ; après avoir constaté en quoi ces mêmes propriétés, vertus et puissances faisaient de ce premier homme l’image de son créateur et quelles bornes trouvaient sa relative ressemblance ; nous pourrons nous questionner sur le sens et la portée réelle de la réintégration de l’homme dans ces mêmes principes, vertus et puissances originelles.   Nous nous questionnerons aussi sur la place, le rôle et l’importance de cette réintégration dans la promesse de résurrection des corps et de déification au jour du Jugement dernier.

 

L’ensemble de ces points seront abordés dans la suite de notre étude : « Une approche de la réintégration : réintégration, résurrection et déification. »



[1] Saint Grégoire de Nysse, La Création de l’homme, Sources Chrétiennes, Editions du Cerf - Ch XXII 204d-205a

[2] Ibid.

[3] Autres instructions : De l'état primitif, de l'immensité de l'espace et du temps

[4] Instruction secrète des conducteurs en chef des colonnes d’orient et d’occident, et d’un vénérable maître de temple – Fonds Z

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Smaragdus 19/01/2012 13:44

Bonjour mon frère,

Il me vient deux réflexions en lisant votre billet :
La première concerne un proverbe (chinois ou japonais, je ne sais plus) qui dit ceci : "Si tu aimes vraiment tes enfants, ne leur donne pas de poissons. Apprends leur à pêcher" (et non "à pécher",
bien sûr...). C'est de cette liberté-là dont nous avons été dotée : celle de prendre en mains l'outil appelé "Vie" et de nous en servir du mieux possible pour retrouver notre nature divine.
La seconde réflexion concerne la division (que ce soit homme/femme ou n'importe quelle autre opposition du reste). Nous sommes sur ce fameux binaire que Martinès et ses disciples à sa suite
redoutaient beaucoup pour son aspect "diviseur" (mot dont la racine étymologique est la même que celle de diable). Pour autant, quand l'opération du binaire est ré-"orientée" (en d'autres termes,
quand on réunit deux moitiés dans un mouvement allant vers l'INTERIEUR et non plus vers l'extérieur), le 2 (ou 1/2, c'est selon) réintègre l'unité. C'est le sens même de la réconciliation et du
pardon. C'est aussi le sens étymologique du mot "symbolique" (strict opposé du mot diabolique)...
Chaque fois que je réfléchis à cela, je suis admirative et je ne peux m'empêcher de penser: Seigneur, comme les choses ont été bien pensées et bien faites dès lors que nous regardons dans la bonne
direction.

Bien fraternellement.

Esh494 19/01/2012 13:58



Merci Smaragdus de votre fidélité et de vos commentaires toujours éclairants. J'ajouterais avec un sourire que nous nous devons aussi d'être des pêcheurs d'âmes.