Une approche de la réintégration : image et ressemblance (2/5)

Publié le par Esh494

La créationSi l’homme créé à l’image de Dieu a acquis tout bien, toute vertu, et l’entière liberté de son libre-arbitre, il a aussi acquis la raison qui lui permet d’en user avec discernement et de se différencier du reste de la création par son intelligence raisonnée qui lui donne aussi force de commandement. Et Saint Grégoire le Grand d’écrire à ce sujet dans ses Homélies :

« « Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance! Et qu’il commande aux poissons ». Par où, je vous le demande, commanderez-vous aux poissons ? […] Mais en quoi consiste notre commandement ? c’est dans la supériorité de la raison. […] Notre âme douée d’intelligence a pu se soumettre facilement tout ce qui est dans le monde.[1] »

 

Ce pouvoir, ou verbe de commandement, permet à l’homme de régner sur toute la création et d’exercer sur elle son autorité comme un roi l‘exerce sur son royaume. Le commandement devient alors pour lui l‘instrument de sa royauté et c’est cette domination royale qui fait encore de lui l‘image de son créateur qui est Roi du Monde. Revenons vers Grégoire de Nysse qui nous instruit ainsi de la royauté de l’homme :

« Ainsi le meilleur des artistes fabrique notre nature comme une création adaptée à l‘exercice de la royauté. Par la supériorité qui vient de l’âme, par l‘apparence même du corps, il dispose les choses de telle sorte que l’homme soit apte au pouvoir royal. Ce caractère royal, en effet, qui l‘élève bien au-dessus des conditions privées, l’âme spontanément le manifeste, par son autonomie et son indépendance et par ce fait que, dans sa conduite, elle est maîtresse de son propre vouloir. De quoi cela est-il le propre, sinon d’un roi ? […] Ainsi la nature humaine, créée pour dominer le monde, à cause de sa ressemblance avec le Roi Universel, a été faite comme une image vivante qui participe de l‘archétype par la dignité et par le nom […] au lieu de pourpre, elle est revêtue de la vertu, le plus royal de tous les vêtements ; au lieu d’un sceptre, elle s’appuie sur la bienheureuse immortalité ; au lieu d’un diadème royal, elle porte la couronne de justice […]. »[2]

 

Nous retrouvons ces notions de royauté, vertus, bienfaits, puissance, pouvoir et verbe de commandement ainsi que de liberté de volonté et d’action dans le Traité de la Réintégration :

« [le premier homme] Dieu émané, que nous nommons Adam ou premier père temporel, ou homme roux ou réaux, qui signifie Homme-Dieu très-fort en sagesse, vertu et puissance, trois choses très-saintes et innées avec certitude dans l'homme, et qui sont en lui la pensée, l'image et la ressemblance du Créateur. »

et encore :

«Ne me dis point que tu ne peux comprendre comment s'opèrent toutes les choses dont je viens de te parler touchant la liberté et la volonté innées en l'être spirituel, ce serait un langage qui n'appartiendrait qu'aux animaux irraisonnables, et non point à un être qui porte en lui la similitude et la ressemblance des vertus et des pouvoirs de la Divinité. »

puis enfin : 

« Le Créateur ayant vu sa créature satisfaite de la vertu, force et puissance innées en elle, et par lesquelles elle pouvait agir à sa volonté, l'abandonna à son libre-arbitre, […] »

 

Nous retrouvons ces mêmes notions dans les Conférences de Lyon :

« L'homme ou le mineur étant émané de lui et formé à son image et ressemblance,

doit donc pareillement avoir en lui une infinité de vertus et de facultés spirituelles non égales à celles du Créateur, mais en similitude. »[3]

et :

« Le Créateur étant pur Esprit ce n'est pas par sa forme corporelle que l'homme peut être son image et sa ressemblance ; que ce ne peut donc être que par ses facultés spirituelles, puisque l'Etre spirituel mineur ou l'homme est une émanation de la Divinité et doit participer à l'essence même de cette Divinité et à ses facultés. […]. Ainsi donc, comme l'homme sent en lui la puissance ou les facultés distinctes de la Pensée, de la Volonté et de l'Action, nous pouvons dire avec vérité qu'il est réellement par ces trois facultés spirituelles qui sont innées en lui la vraie image du Créateur comme il en est la ressemblance par les trois facultés puissantes qui sont de même innées en lui : la Pensée, le Verbe - ou l'Intention, et l'Opération dont nous parlerons dans un autre temps et qu'il ne faut pas confondre avec la Pensée, la Volonté et l'Action. »[4]

 

Cette leçon lyonnaise du 7 janvier 1774 introduit les notions de Pensée, Volonté et Action sur lesquelles il sera important de nous arrêter quelques instants.

 

En effet, nous avons dit (cf : 1ère partie de cette étude) que la sainte Trinité avait laissé son emprunte sur l’homme, et qu’à son image l’homme était trinitaire. Cette même Trinité est représentée chez Martines par les trois facultés de Pensée (ou intention), que l’on attribue au Père, Volonté que l’on attribue au Fils et Action que l’on attribue au Saint Esprit ainsi qu’il est écrit :

« […] il [mineur ou âme spirituelle de l’homme] est lui-même le produit de l'intention du Père, de la volonté du Fils régénérateur et de l'action de l'Esprit divin. »[5]

Ainsi Martinès confirme-t-il que cette constitution trinitaire de l’homme lui confère l’image.

 

Mais est-ce vraiment là l’intégralité de ce qui constitue ‘homme image du Créateur et qui détermine ses puissances et vertus originelles ?

 

(à suivre)



[1] Saint Basile le Grand, Homélies sur l’Hexaméron – Homélie X Sur la création de l’homme 

[2] Saint Grégoire de Nysse, La Création de l’homme, Sources Chrétiennes, Editions du Cerf, ch IV – 136b-136d

[3] Leçons de Lyon aux Elus Coens, Instruction du mercredi 6 juillet 1774

[4] Ibidem, 1ère Instruction du 7 janvier 1774 

[5] Martines de Pasqually, Traité de la Réintégration des êtres

 

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Smaragdus 03/01/2012 14:12

Bonjour mon frère,

Pour ma part, j'aime beaucoup la précision faite entre d'une part la faculté (c'est-à-dire la capacité, l'aptitude à) et d'autre part la puissance (c'est-à-dire le pouvoir de commandement).

Ainsi, quand on reprend les facultés spirituelles (pensée, volonté et action) et les puissances spirituelles (pensée, intention et opération), on perçoit immédiatement que "l'aptitude à penser" est
chose bien différente de la "puissance de la pensée". De la même façon, "la capacité de vouloir" se distingue de la "puissance de volonté", tout comme la "capacité à agir" n'est que l'antichambre
de la "puissance de l'acte".

Entre l'aptitude et la puissance, on passe en quelque sorte du 2 (le potentiel innommé)au 3 (le nommé manifesté), en ce sens qu'après réflexion (ou réfléchissement) du 1 - en tant que cause
première - il y a production d'un effet (le 3) de facto assorti d'une propriété propre.
Et le 4, le mineur, possède tout cela en lui, avec Lui et par Lui...

Humm, ce texte est sacrément porteur! J'y reviendrai car il me vient d'autres images et d'autres pensées mais je dois d'abord les organiser avant de les exprimer par écrit.

En attendant, merci encore pour ces textes magnifiques.

Bien fraternellement.

Esh494 03/01/2012 17:57



Bonjour ma soeur et merci pour votre commentaire. ceux-ci sont toujours les bienvenus. J'aurai, Dieu voulant, l'occasion je pense de développer ces points dans un futur billet ce qui nous
permettra de stimuler nos échanges.


Bien fraternellement.


 



paysan limousin 30/12/2011 00:09

Eh bien, je suis éberlué par tout ce que j'ai lu sur votre blog ces derniers temps !

Moi qui suis un esprit simple, je me pose une question : ce que vous pratiquez ressemble assez aux sacremenst de l'Eglise, non ?

Je me demande ce qu'en dirait mon curé...

Esh494 30/12/2011 10:41

Cher "paysan limousin" je suis ravi de vous lire de nouveau. À quel texte faites-vous référence en particulier relativement au rapprochement que vous me soumettez avec les sacrements?
Mon bonjour respectueux en passant à votre curé qu'il ne faut pas je pense informer de vos lectures et échanges.