Un aspect pneumatologique des travaux martinésistes : le rituel de la bougie et du mot du centre (2/2)

Publié le par Esh494

Saint EspritConsécutivement à la purification des lèvres, opérée en insufflant la flamme de la bougie de façon à faire pénétrer en soi le feu qui en est l’essence, l’opérant porte les mains en équerre sur le visage et dit à basse voix la tête inclinée au-dessus de la bougie posée au centre du cercle intérieur :

« Viens, esprit saint +7, entoure le feu qui t’est consacré pour être ton trône puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel ! Domine selon ma pensée sur moi et sur mes frères ici présents ! »

 

Ainsi il apparaît pour la première fois  que l’opérant appelle un esprit saint à descendre sur un feu qui lui serait consacré. Mais de quel esprit saint parle-t-on ?

 

En effet, du fait du manque de majuscule – ou plutôt d’une règle peu établie pour les majuscules - dans les rédactions du 18ème siècle et de l’appellation d’esprit saint que donne Martinès aux esprits majeurs septénaires, et par extension à tout esprit bénin, il est difficile de savoir de prime abord si l’on s’adresse ici à l’esprit majeur bon compagnon – au gardien dont nous avons parlé précédemment – ou bien au Saint Esprit. Cette interrogation est renforcée par le fait que les esprits majeurs septénaires peuvent être assimilés à des agents du Saint Esprit et que Martinès leur assigne, entre autres, comme mission de véhiculer les dons de l’Esprit et les grâces divines. Nous pourrions alors supposer que l’opérant s’adresse bien ici à cette classe d’esprits à laquelle son gardien particulier est rattaché.

 

Cependant, l’opérant continue son invocation en disant :

« Eloigne de ces cercles tout esprit de ténèbres, d’erreurs et de confusion, afin que nos âmes puissent profiter du fruit des travaux que l’ordre donne à ceux qui se rendent dignes d’être pénétrés par toi +7, qui vis et règne avec le père et le fils à jamais. Amen. »

 

La fin de cette invocation à l’esprit saint ne fait plus aucun doute dans la mesure où son action est associée à celle du Père et du Fils. Ainsi, c’est bien au Saint Esprit, troisième personne de la divine Trinité, que l’opérant s’adresse afin qu’il répande sur lui et tous les frères présents sa céleste lumière en dominant sur eux par leur pensée, et afin qu’il protège les lieux et les opérations de sa toute puissance.

 

L’Esprit Saint est donc appelé, dans ce but d’illumination et de protection des frères, à entourer le feu dont on dit qu’il lui est consacré. En effet, lors de l’allumage du feu nouveau, qui est la source du feu central – quand ce n’est pas directement lui - l’opérant dit :

« Je te conjure, Esprit +7, que j’invoque par ma puissance et par tout ce qui est en ton pouvoir et au mien, pour que ton feu spirituel embrase la matière que je consacre au sein de ces circonférences ; que le feu élémentaire qui y réside s’unisse avec le tien par contribuer à la lumière spirituelle des hommes de désir et qu’ils soient animés de ton feu de vie. »

 

Par cette conjuration, l’opérant appelle la force, la puissance et les vertus sanctifiantes, fortifiantes et vivifiantes de l’Esprit Saint à descendre sur la bougie. Par quelle opération ? Tout simplement par analogie et correspondance entre le feu de l’Esprit et le feu élémentaire. Ainsi, le feu de l’Esprit est-il appelé à s’unir au feu de la bougie qui lui devient de ce fait consacrée. Nous sommes ici bien au-delà d’un symbolisme conventionnel du feu et des lumières comme on pourrait le trouver dans des rituels maçonniques et particulièrement au Rite Ecossais Rectifié. Ici, le feu n’est plus symbole. L’Esprit est appelé à habiter le feu. Et c’est la raison pour laquelle la purification des lèvres n’est pas un acte symbolique mais une opération réelle.  

 

Si comme nous le disons l’Esprit habite et entoure le feu de la bougie qui est son trône, l’opérant qui agit doit nécessairement être pourvu de quelque puissance lui permettant d’obtenir cette faveur divine. La dimension sacerdotale, conférée par les ordinations, s’exprime pleinement dans cet acte simple mais fondamental.  Nous sommes ici au-delà d’une simple opération théurgique ; nous sommes dans une liturgie de l’Esprit Saint, dans un acte qui, sans pouvoir prétendre être sacramentel, est un acte consécratoire opérant. Le sacerdote Coen est ici sacerdote du ministère de l’Esprit Saint. Quelle admirable mais aussi redoutable vocation !

 

Ceci est fondamental et conditionne donc le succès de toutes les opérations. Le culte Coen se place sous la protection de l’Esprit Saint et agit dans l’Esprit et par l’Esprit qui seul confère à l’opérant les puissances et vertus nécessaires au succès des opérations et ordinations qu’il place sous la protection de l’Esprit Saint. Nous comprenons alors que cette opération soit réservée aux Conducteurs en Chef des temples.

 

Ainsi, fort de l’Esprit, quand l’opérant dans son invocation, demande que le feu qui est le trône de l’Esprit Saint devienne « puissant et dominant sur toutes les régions du monde universel » c’est aussi à une re-sanctification de l’univers qu’il appelle et donc à la réconciliation universelle.

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Didier 22/01/2012 01:38

Merci pour cette 2e partie de l'étude sur laquelle il est peut-être interessant de souligner que bien que le souffle s'applique à une bougie, St Jean Chrysostome,( dont la liturgie est pratiquée
surtout et encore dans l'Eglise d'Orient)dit"Le Prêtre n'est pas là pour attirer sur terre le feu,mais l'Esprit-Saint: et l'on supplie longuement, non pas pour qu'une flamme allumée d'enhaut
consumme les offrandes, mais pour que la grâce, descendue sur le sacrifice, enflamme les âmes de tous par l'intermediaire de celui-ci (De sacer III, 4: PG 48,468).St Augustin en Occident, pour ce
qui est du pouvoir consécratoire des paroles du Christ, parle aussi du pouvoir consécratoire de l'Epiclèse.( Le sacrement du corps et du sang du Christ n'est sanctifié pour qu'il soit un si grand
sacrement que par l'opération invisible de l'Esprit de Dieu, lorsque Dieu accomplit toutes ces choses qui sont réalisées dans cette action par des mouvements corporels (De Trin. III,4,10: Pl
42,874) Il m'apparait que la pratique d'approcher les lèvres de la bougie s'apparente étroitement à cette supplique du Prêtre avant la lecture de l'Evangile qui dis au Seigneur "Purifie mon coeur
et mes levres O Dieu qui par les mains de Ton Séraphin a purifié les lèvres du Prophète Isaie avec un charbon ardent pris sur ton Autel", cela s'apparente également dans ce rapprochement de la
bougie de la pratique du Prêtre qui dit à quelques centimètres des Saintes Espèces Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang". Cette pratique a d'autant plus de force que lors de la prière de la
consécration, il est un moment de la liturgie (notamment orthodoxe)qu'on appelle l'épiclèse et qui est la demande respectueusement ferme de la descent de l'Esprit Saint sur les Saintes Espèces.
Cette intention est à mon sens des plus significative dans la retauration du culte primitif en ce sens qu'il fsaut une pensée axée et orientée (je dirai conscientisée), une volonté ( le Prêtre agit
In Personna Christi afin de faire la Volonte de Son Père) et une action ( un geste assuré et maîtrisé) pour qu'une action puisse être une Opération active de création. Par expérience de prêtre
catholique j'ai pu observer sur un plan purement mystique la puissance opérative sur mon âme des espèces consacrées par un évêque orthodoxe et dont la volonte de faire descendre l'Esprit Saint
était manifeste.