Réconciliation, résurrection, réintégration et déification (4/5)

Publié le par Esh494

Signorelli ResurrectionSi le sacrement du baptême ouvre à tout homme la voie de la réintégration dans ses propriétés et vertus originelles par la purification de la chair – c'est-à-dire de sa forme corporelle élémentaire animée  –  et la libération de l’esprit auquel les prémices de la vie divine sont alors offerts, cette réintégration, doit-on préciser, n’en reste pas moins à réaliser durant tout le passage de l’homme dans le monde matériel et à parachever par une vie dans l’Esprit. Ainsi, si la chair a bien été désouillée et purifiée, elle n’a cependant pas encore recouvré son état glorieux originel. Et si l’esprit est libéré des entraves qui l’emprisonnaient, il n’en reste pas moins que cette désaliénation dépendant de la volonté de l’homme n’est pas un acquis définitif – l’esprit étant toujours sujet à la prévarication – et se manifeste ainsi malheureusement de façon passagère. La participation au Royaume des Cieux reste bien partielle pour tout homme résidant encore sur cette terre : nous n'en recevons que les arrhes.

 

En effet, nous savons par la lecture du Traité de la Réintégration que l’homme originel, le premier Adam, fut créé par Dieu avec un corps de gloire. Ainsi, le mineur spirituel habitait-il un corps dès son émanation du sein de la divinité, ce que Martinès affirme de la façon suivante : « Vous savez que le Créateur émana Adam, homme-Dieu juste de la terre, et qu'il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. » (Traité) précisant même dans le Manuscrit d’Alger ou Registre Vert des Elus Coens que « la résurrection du Christ sous une forme de corps de gloire nous représente parfaitement le premier état du premier homme Dieu de la terre, lors qu’il était revêtu d’un corps semblable pur et glorieux, non sujet à la corruption. »[1]

Nous savons aussi que le corps du premier homme fut souillé par la chute dans la région élémentaire terrestre consécutivement à sa prévarication :

« Vous savez encore que, par cette prévarication, Adam dégénéra de sa forme de gloire en une forme de matière terrestre. » (Traité)

et que cette souillure a été rendue réversible sur toute la postérité d’Adam alors même que celle-ci devait originellement être engendrée sous une forme corporelle glorieuse :

« Depuis sa prévarication, il est provenu de lui des formes corporelles matérielles, et sujettes, comme la sienne, à la peine temporelle, au lieu que, s'il fût resté dans son état de gloire, il ne serait émané de lui que des formes corporelles spirituelles et impassives de la création, formes dont le Verbe était en lui. Tel est le changement qui s'est fait dans les lois d'action et d'opération du premier mineur ; il avait la puissance, dans son état de gloire, de faire usage des essences purement spirituelles pour la reproduction de sa forme glorieuse, au lieu que, depuis son crime, étant condamné à se reproduire matériellement, il ne peut faire usage que des essences spiritueuses matérielles pour sa reproduction. Je t'ai dit qu'Adam avait inné en lui le Verbe puissant de création de sa forme spirituelle glorieuse ; tu peux aisément t'en convaincre en réfléchissant que, pour, opérer aujourd'hui la reproduction de la forme matérielle, il faut que tu aies en toi un Verbe qui actionne, émane et émancipe hors de toi des essences spiritueuses suivant la loi de nature spirituelle temporelle ; car, pour procréer ta ressemblance corporelle, tu n'as pas recours à d'autres principes d'essences spiritueuses que ceux qui sont innés en toi (…) Ne doute point, Israël, que, puisque tu as inné en toi un Verbe de reproduction matérielle, ton premier père n'ait eu en lui un Verbe de reproduction spirituelle et glorieuse. » (Traité)

Nous savons enfin que bien que réconciliée, cette postérité ne jouit maintenant que partiellement des puissances originelles dont elle devait hériter du premier homme dieu de la terre :

« Le changement qui se fit chez Adam, du corps de gloire en corps de matière terrestre, annonçait les nouvelles lois que le Créateur lui donnerait lorsqu'il serait réconcilié. C'est lors de cette réconciliation que le Créateur le bénit une seconde fois, lui pardonna sa faute, mais ne lui rendit qu'une puissance inférieure à celle qu'il possédait avant son crime jusqu'à sa réconciliation. » (Traité)

 

Alors nous devons nous demander : comment cette réintégration promise par notre Seigneur Jésus-Christ peut-elle s’effectuer de façon pleine et entière et quel en sera le résultat sur l’homme ?

 

Pour répondre à cette question, revenons à la chute de l’homme et à ses conséquences sur la nature humaine. Nous le savons[2], cette chute n'a pas produit une transformation de la nature humaine, une mutation radicale du corps dans sa forme et sa substance (ουσια), mais une transmutation de cette forme et de cette substance, une transfiguration qui de glorieuse, incorruptible et impassive est devenue charnelle passive et animée du fait de son aliénation par des éléments corruptibles qui lui sont étrangers. Cependant, hors cette transfiguration, cette forme corporelle élémentaire ne diffère en rien de la forme corporelle originelle de l’homme, preuve que cette forme ne fut pas changée dans sa nature ou son essence mais uniquement dans son apparence[3] liée à un nouveau substrat du fait de son aliénation par l’insertion, la charge de principes élémentaires qui la densifient et l’opacifient à la lumière de l’Esprit. Ce que reprend Martinès dans le Traité :

« On me demandera peut-être si la forme corporelle glorieuse dans laquelle Adam fut placé par le Créateur était semblable à celle que nous avons à présent ? Je répondrai qu'elle ne différait en rien de celle qu'ont les hommes aujourd'hui. Tout ce qui les distingue, c'est que la première était pure et inaltérable, au lieu que celle que nous avons présentement est passive et sujette à la corruption. »

et :

« Mais ce corps second de matière terrestre avait la même figure apparente que le corps de gloire dans lequel Adam avait été émané. Il n'y eut donc de changement que dans les lois par lesquelles il se serait gouverné, s'il était resté dans ce premier principe de justice. »

 

La réintégration intégrale et finale de l'homme suppose une régénération de l’ensemble des constituantes de l’homme, c'est-à-dire autant de la chair que de l’esprit, de façon à ce que l’homme soit réintégré dans toute sa nature humaine. Cette réintégration intégrale, transfiguration inverse de la première, les prémices nous en ont été donnés par la transfiguration de Jésus-Christ sur le mont Thabor ; et, nous dit Martinès, cette même réintégration intégrale nous est figurée et donnée en promesse par la résurrection du Christ, résurrection qui annonce la résurrection à venir de tout homme au jour de l’Avènement de Notre Seigneur :

« Voilà quelles furent la première et la seconde opération du Christ pendant les deux premiers des trois jours qu'il resta ignoré des hommes, pour nous donner le type de la sépulture et ensuite celui de la réconciliation et résurrection spirituelles aux yeux de toute la création. » (Traité)

Cette résurrection spirituelle est un retour à l’état de forme glorieuse originelle de l’homme d’où le mot de réintégration employé par Martinès. Il reprend en cela les enseignements des Pères de l’Eglise, et particulièrement de Grégoire de Nysee, ainsi que de Saint Paul cité par Grégoire :

« Il faut d’abord songer au but de la doctrine de la résurrection, voir pourquoi il est exprimé par la sainte Parole et pourquoi on y croit. Pour comprendre et définir cet enseignement, nous dirons que la résurrection est le rétablissement de notre nature en son ancien état. »[4]

et

« Nous apprenons de lui [l’Apôtre], non seulement que l’humanité sera changée pour plus de magnificence, mais que l’état espéré est tout simplement notre condition première. Au début, ce n’est pas l’épi qui vient de la semence, mais celle-ci qui provient de l’épi. Ensuite ce dernier doit d’exister à la semence. Pour cette raison et conséquemment, notre exemple montre clairement que toute la béatitude que la résurrection fait renaître pour nous sera un retour vers la grâce originelle. »[5]

                                                                                                       

Cette résurrection est dite spirituelle car elle vient vaincre la mort spirituelle de l’homme. Cette mort spirituelle est, nous l‘avons vu, consécutive à la densification du corps de gloire en corps de matière élémentaire, cette matière constituant par la suite non seulement un vêtement étranger à l’homme, mais une barrière à l'Esprit, maintenant l'esprit, ou mineur spirituel, en privation divine. Cette privation est la véritable mort spirituelle et l'on voit par cette opération qu’esprit et corps sont intimement liés. La résurrection spirituelle doit donc vaincre les causes de cette privation, ôter le vêtement souillé, lever le rempart constitué. Cette résurrection spirituelle ne peut donc s’affranchir de la régénération corporelle qui libère l'esprit. L’homme étant un, chair et esprit, sa résurrection spirituelle doit alors, de façon presque inconcevable et paradoxale, s’opérer par la spiritualisation de sa chair. Et cette spiritualisation commence hic et nunc avec le baptême et le sacrement de l’eucharistie dont nous connaissons les effets régénérateurs tant sur le corps que sur l'esprit. Car, en effet, l’eucharistie vient nourrir l’esprit et vivifier et spiritualiser  la chair par le corps et le sang du Christ ainsi qu’il est écrit :

« Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas le corps du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui mange mon corps et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai le dernier jour. En effet, mon corps est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment une boisson. Celui qui mange mon corps et qui boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. Tout comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis grâce au Père, ainsi celui qui me mange vivra grâce à moi. »[6]

 

Cette spiritualisation est ce que nous appelons la résurrection de la chair qui de corruptible, mortelle et élémentaire qu’elle était devenue, retourne à son état incorruptible, éternel et glorieux originel. Par l’effet de cette résurrection, opérée par l’action puissante du Christ, la chair se défait de sa tunique de corruption et revêt alors l’incorruptibilité et l’immortalité qui sont les marques de sa réintégration dans son état de gloire initial. C’est bien de cette résurrection de la chair que Saint Paul nous instruit dans ses épîtres aux Philippiens et Corinthiens :

« Il [le Christ] transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps glorieux par le pouvoir qu’il a de tout soumettre à son autorité. »[7]

et :

« C’est aussi le cas pour la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; semé dans l’ignominie, il ressuscite glorieux ; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force ; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps naturel il y a aussi un corps spirituel. »[8]

C’est cette même résurrection que proclame Saint Irénée, reprenant les mots de l’Apôtre :

« De même donc que le Christ est ressuscité dans la substance de sa chair et a montré à ses disciples les marques des clous ainsi que l'ouverture de son côté — autant de preuves que c'était bien sa chair qui était ressuscitée d'entre les morts —, de même, dit l'Apôtre, « Dieu nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance ».[9]

 

Si, comme le dit Martinès, du fait de la chute la forme glorieuse de l’homme a bien été transmuée et que consécutivement la forme corporelle glorieuse de l'homme ne différait en rien de celle qu'ont les hommes aujourd'hui, sauf la corruptibilité et l’impassivité liées à la matière élémentaire, la réintégration de cette forme corporelle nécessite bien que la forme actuelle soit régénérée, transfigurée et non pas substituée par une nouvelle forme glorieuse que le mineur spirituel, libéré et réintégré dans ses puissances primitives, générerait par sa propre action spirituelle. Ainsi, ce n'est pas la chair qui doit être laissée au fond du tombeau et rendue à la terre, mais bien ce qui est venu l'appesantir par un vêtement matériel, l'opacifier et donc l'altérer, c'est à dire les éléments qui proviennent de cette terre, dont la chair s'est chargée et qui, selon Martinès, devront eux-mêmes être réintégrés dans l’axe feu central après putréfaction et décomposition de la forme élémentaire et de tout ce qui est venu corrompre et salir ces mêmes éléments du fait des prévarications répétées de l’homme et générées par les passions. La chair ne peut, quant à elle, être déposée définitivement car elle n'est pas étrangère à l'homme. En revanche, son altération par les éléments l'est, et ceux-ci doivent donc se retirer, se dissoudre car formant comme une écorce qui contient et comprime l'expression glorieuse du corps jusqu'à ce que celle-ci soit comme libérée par la résurrection. Ce lent processus nous est évoqué par Martinès de la façon suivante :

« L'homme au contraire s'écarte journellement des lois spirituelles qu'il a en lui, aussi ne peut-il espérer sa réconciliation qu'après un long et pénible travail, et la réintégration de sa forme corporelle ne s'opèrera que par le moyen d'une putréfaction inconcevable aux mortels. C'est cette putréfaction qui dégrade et efface entièrement la figure corporelle de l'homme et fait anéantir ce misérable corps, de même que le soleil fait disparaître le jour de cette surface terrestre, lorsqu'il la prive de sa lumière. » (Traité)

Nous remarquons dans cette citation que Martinès compare l’anéantissement de la forme corporelle élémentaire au changement que subit tout corps d’apparence matériel consécutivement à une privation de lumière. Du fait de cette privation, les corps ne disparaissent pas, ni ne sont détruits, ni dissolus, mais leur apparence se trouve affectée sans que pour autant leur nature n’ait subit la moindre évolution.

 

Cette dissolution dans la mort corporelle et la putréfaction nous est aussi enseignée par l’Apôtre au moyen de l'image du grain semé en terre :

« Mais, dira quelqu’un : Comment les morts ressuscitent-ils ? avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt auparavant. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps qui sera un jour ; c’est un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre semence : mais Dieu lui donne un corps comme il l’a voulu, et à chaque semence il donne le corps qui lui est propre. Toute chair n’est pas la même chair ; autre est la chair des hommes, autre celle des quadrupèdes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons.»[10]

Cette même image du grain semé en terre est reprise par Grégoire de Nysse dans son Traité de la résurrection :

« La semence ne peut germer que si elle est disséminée en terre, (…) et la semence se transforme ainsi en racines, en bourgeons ; elle ne s’arrête pas là, mais devient tige avec ses nœuds intermédiaires, comme entourée d’autant de liens qui lui permettent de supporter, bien droit, l’épi chargé de blé. (…) Ainsi le corps de l’épi provient-il d’une semence, la puissance divine le créant à partir d’elle, et il n’est ni tout à fait le même que la semence, ni tout à fait différent.

Le blé, certes, une fois disséminé en terre, perd la petitesse de sa taille ainsi que ses propres marques ; il ne se perd pas lui-même. Tout en demeurant lui-même, il devient épi. Il diffère tout à fait de ce qu’il était, par sa taille, sa beauté, sa variété, son allure. De même, la nature humaine aussi abandonne dans la mort toutes ses caractéristiques, acquises du fait de son état passionné, je veux dire le déshonneur, la corruption, la faiblesse, la différence due à l’âge ; elle ne se perd pourtant pas elle-même, mais elle accède, comme à un épi, à l’incorruptibilité, à la gloire, à l’honneur, à la puissance, à la perfection totale, à la disparition de ses propriétés naturelles propres au fonctionnement de son existence, à son passage enfin vers un état spirituel et impassible.»[11]

 

Il s'agit donc bien de spiritualiser la chair et non pas de l'anéantir comme une substance dangereuse et coupable de tous les maux de l'esprit. Ce n'est pas l'esprit seul qui doit ressusciter de la mort spirituelle mais bien l'homme chair et esprit. Car l'homme n'est pas un simple mineur émané, un être éthéré, mais dès sa création, un composé de chair et d'esprit : là est son essence, là est sa nature principielle, celle qui doit s'élever du sépulcre de la mort corporelle.

 

Saint Paul précise dans la même épître aux Corinthiens la nature et les effets de la résurrection :

« C’est en ce sens qu’il est écrit : "Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante" ; le dernier Adam a été fait esprit vivifiant. Mais ce n’est pas ce qui est spirituel qui a été fait d’abord, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second vient du ciel. Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste. Ce que j’affirme, frères, c’est que ni la chair ni le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’héritera pas l’incorruptibilité. Voici un mystère que je vous révèle : Nous ne nous endormirons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’oeil, au son de la dernière trompette, car la trompette retentira et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Lors que ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : "La mort a été engloutie pour la victoire." "O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?" Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché et la puissance du péché, c’est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ !»[12]

 

Il est important de commenter la phrase suivante de l’épître dans laquelle Saint Paul affirme que « ni la chair ni le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’héritera pas l’incorruptibilité. » En effet, si la chair ne peut hériter du royaume, nous pourrions à jute titre nous demander « comment cette même chair pourrait-elle ressusciter  ? » Cette contradiction apparente peut être levée simplement en comprenant que la chair devra d’abord mourir de sa condition matérielle pour revêtir l’incorruptibilité. Ainsi, la mort est-elle nécessaire pour que la résurrection puisse s’opérer. Martinès s’intéresse à cette mort sous l’angle charnel. Par cette mort, tout ce qui est corruption dans l’homme sera alors abandonné à la terre. En effet, les éléments matériels qui ont souillé la chair, bien que n’étant pas corrompus par nature[13] , sont toutefois corruptibles et donc certainement corrompus par l’action déréglée de notre libre arbitre, c'est-à-dire par les passions et le péché qui est œuvre non pas de la chair mais de la faiblesse de l’esprit. Aussi, la chair doit-elle être débarrassée de ces éléments maintenant corrompus et qui ne peuvent de toute façon intégrer le royaume de Dieu. Car en effet, ces éléments ayant contracté des scories qui les corrompent doivent être lavés et purifiés par la putréfaction avant d’être réintégrés dans l’axe feu central.

Cette vision de la mort corporelle, bien qu’intéressante, reste limitative. Car la mort est aussi, et surtout, une mort au péché dès ce monde. Et cette mort à la corruption, chaque chrétien la réalise par le Baptême et l’eucharistie qui comme nous l’avons vu précédemment rétablissent l’homme et spiritualisent la chair.

 

La réconciliation et la régénération, qui se sont opérées graduellement, sont alors totales, réintégrant l’homme dans ses principes, vertus et puissance primitives. Il y eut tout d'abord l'alliance que Dieu fit avec l'humanité au travers d'Adam et dont Abel et Seth sont le signe ; puis l'oeuvre miséricordieuse que Notre Seigneur Jésus-Christ a effectuée par sa propre résurrection et ascension qui régénèrent la nature humaine ; enfin celle qu'Il effectuera lors de son deuxième avènement, que nous préparons dans le règne de l'Esprit, par la résurrection de tous les corps, réconciliant alors chaque homme qu’il régénère, et annihilant l’action des forces du mal par la vivification de l’esprit et de la chair, qui de mortels deviennent éternellement vivants et glorieux. Martinès exprime cette vérité fondamentale du christianisme dans ce qu'il appelle les trois opérations de réconciliation du Christ :

« son type [d’Enoch] est celui des trois opérations distinctes que le Christ avait à faire chez les hommes pour la manifestation de la gloire divine, pour le salut des hommes et pour la molestation des démons. Ces trois opérations sont : la première qui s'est faite pour la réconciliation d'Adam, la seconde pour la réconciliation du genre humain, l'an du monde 4000 ; la troisième qui doit paraître à la fin des temps, et qui répète la première réconciliation d'Adam, en réconciliant toute sa postérité avec le Créateur, pour la plus grande mortification et pour l'humiliation du prince des démons et de ses adhérents. »

 

Mais alors, si la réintégration est ainsi devenue totale et entière par la résurrection de l’esprit et de la chair, et que cette réintégration est un retour à l’état originel, n’est-ce qu’un réel retour à un stade initial ? et de quel état originel parlons-nous exactement ?

 

(à suivre)



[1] Registre Vert des Elus Coens – Livre de Parchemin – BNF FM4 1282

[2] Voir billet précédent – Réconciliation, réintégration, résurrection et déification (3/5)

[3] Notons que suivant Martinès le monde matériel ou élémentaire n’a pas de réalité mais seulement une apparence

 [4] Saint Grégoire de NysseL’âme et la résurrection – Ed . Migne – Collection Les Pères dans la Foi – Paris - §125

[5] Ibid.  §133

[6] Jn 6, 53-57

[7] Phil. 3, 21

[8] 1Cor. 15, 42-44

[9] Saint Irénée - Contre les Hérésies – Livre V - I-3

[10] 1Cor. 15, 35-40

[11] Saint Grégoire de NysseL’âme et la résurrection – Ed . Migne – Collection Les Pères dans la Foi – Paris - §131-132

[12] 1Cor. 15, 45-57

[13] Voir billet précédent – Réconciliation, réintégration, résurrection et  déification (3/5)

Publié dans Doctrine

Commenter cet article

A Tribus Liliis 19/07/2012 22:54


Je répare un oubli.


J'ai omis de vous signaler que la traduction que vous utilisez est fautive - comme hélas beaucoup d'autres car les traducteurs se copient les uns les autres. Il s'agit du passage que vous citez
de la 1ère aux Corinthiens (15, 42 à 45). "Corps animal" ne veut pas dire grand chose, mais les traducteurs ont suivi servilement saint Jérôme qui n'avait pas de terme latin convenable à sa
disposition. Il a donc rendu par "corpus animale" là où saint Paul écrit "sôma psukhikon", ce que le français traduit sans difficulté par "corps psychique". Corps psychique opposé à corps
spirituel, voilà qui a du sens !
Le proverbe  italien a raison : traduttore traditore : traducteur = traître.


 

Wellcom Centre 19/07/2012 10:24


si on entend par état initial: enfant, alors ça correspond très bien à ce qu'on dit: seuls les enfants hériteront du royaum de Dieu parce que leur foi est inébranlable


Que la grâce de Dieu soit avec vous!


Manon

Esh494 19/07/2012 13:13



Bonjour Manon,


L'Adam originel était bien un enfant de Dieu. Sa foi, son obéissance étaient exemplaires puisqu'il partageait les dessins divins et co-opérait avec son Créateur. Sa pureté aussi était sans égal.
Il avait donc ces caractériqtiques de l'enfant d'écoute, obésissance, confiance, pureté de coeur, simplicité et absence d'orgueil.


Nous y reviendrons prochainement,


 



A Tribus Liliis 18/07/2012 23:55


Je reprends sans
en changer un mot mon commentaire de facebook :


Analyse tout à
fait remarquable, à lire et relire avec attention. La thèse qui est exposée là est mienne depuis longtemps. Elle est argumentée textes à l'appui avec beaucoup de pertinence et de force, et laisse
peu de place à la contestation.
Merci Esh !