Réconciliation, résurrection, réintégration et déification (2/5)

Publié le par Esh494

Abraham_Melchisedech.jpgNous l’avons dit précédemment, la réconciliation de l’homme a suivi un processus continu au travers des âges. Ce processus fut jalonné par les différentes étapes marquées par les Patriarches qui opérèrent chacun, en leur temps, la réconciliation du peuple dont ils avaient la garde et dont ils étaient aussi les guides, séparant chaque fois les hommes repentants et dévoués à l’Eternel des hommes restés sous la domination des esprits de prévarication. Ces réconciliations s’opéraient alors par ces Justes sur l’ensemble de l’humanité au travers de ce que Martinès de Pasqually appelle les postérités. Cependant, bien qu’étant universelle, cette réconciliation touchait différemment et plus ou moins profondément les différentes postérités ou nations.  Les unes, que l’on situe dans la région du nord, se délivrèrent de l’emprise des forces du Malin, les autres, que l’on situe au midi, restèrent soumises à l’action malveillante des esprits prévaricateurs et donc en privation totale de leurs vertus et puissances primitives. Ainsi, Martinès développe-t-il cette progressive économie de la réconciliation dans son Traité de la Réintégration :

« Dans les premiers temps de la postérité du premier homme, Héli, que nous appelons Christ et que nous reconnaissons avec certitude pour un être pensant, réconcilia Adam avec la création. Enoch réconcilia la première postérité d'Adam sous la postérité de Seth. Noé réconcilia la seconde postérité d'Adam, en réconciliant la sienne avec le Créateur, et ensuite réconcilia la terre avec Dieu. Melchissédec confirma ces trois premières réconciliations en bénissant les oeuvres d'Abraham et ses trois cents serviteurs. Cette bénédiction est une répétition de celle que Dieu donna aux trois enfants de Noé, savoir : Sem, Cam et Japhet. Abraham et ses trois cents serviteurs forment le nombre parfait quatre et rappellent le même nombre quaternaire qu'avait formé Noé avec ses trois enfants. »

 

Ces réconciliations furent chaque fois l’opération du Christ dont l’Esprit, que Martinès nomme Héli, se manifesta au travers des Patriarches, agents et Elus de l’Eternel, pour apporter aux hommes ladite réconciliation par la voie du repentir, d’un sincère désir de renouvellement et d’une constante pratique du culte divin primitif qui leur était enseigné par leur guide. Ainsi Martinès écrit-il :

« Quoique toutes ces réconciliations et confirmations aient été faites par l'assistance des mineurs [ndr : l’esprit des Patriarches], toutes ces choses ont été faites directement par le Christ, attendu que toutes les personnes qui ont servi à tout cela ne sont que des figures apparentes qui tendent à manifester en faveur des réconciliés la gloire du Créateur. » (Traité)

 

Si la réintégration, comme nous le verrons ultérieurement, doit être considérée sous le double aspect de corporelle et spirituelle, la réconciliation qui en est le préalable est quant à elle un acte tout spirituel-divin qu’illustre le nombre quaternaire mentionné par Martinès. C’est en effet par cette réconciliation que l’homme doit recouvrer ses principales facultés de domination sur les esprits de prévarication, de commandement sur les puissances célestes et de communication spirituelle avec son Créateur, d’abord partiellement et souvent médiatement dans ce monde – nous ne pouvons cependant pas ignorer une communication directe par l’Esprit Saint mais aussi par le Fils qui est dans le père et le Père en Lui - puis totalement et directement après sa mort corporelle ; facultés qu’il possédait par nature à son origine et qu’il doit maintenant reconquérir par la grâce de la réconciliation et par ses propres efforts. Ainsi, Jean-Baptiste Willermoz précise-t-il aux frères du temple Coen de Lyon dans une instruction en date du lundi 21 février 1774 :

« Mais la réconciliation de l'homme tant qu'il est dans son corps de matière doit être pour le général moins regardée comme une réconciliation que comme un commencement, ou une préparation, à sa parfaite réconciliation, qui ne peut être opérée qu'après la destruction et la réintégration de sa forme, et après qu'il aura fini son cours dans les trois passages que nous nommons cercle sensible, visuel, et rationnel ; cependant, ce commencement de réconciliation qu'il est en son pouvoir de faire par le bon usage de sa liberté et de sa volonté pendant sa course élémentaire, peut le mettre en état de jouir dès cette vie d'une partie de ses droits en vertu de ses trois facultés puissantes qui sont restées innées en lui. »

suivant en cela les enseignements de son maître Martinès qui précise dans le Traité :

« C'est donc par cette réconciliation que le mineur a reçu une seconde fois du Créateur, vertu et puissance pour et contre tout être, afin qu'il en use avec sagesse et modération, et qu'il ne s'efforce plus à l'avenir d'employer son libre-arbitre et sa volonté au gré des ennemis du Créateur, dans la crainte qu'il ne devienne par ce moyen l'arbre de vie du mal, en vivant à jamais sous la même vertu et puissance démoniaque. »

et qu’il complète dans son instruction du lundi 24 janvier 1774 :

« L'homme, dans son premier corps de gloire, recevait communication directe du Créateur par l'Esprit Majeur ; dans son corps actuel de matière il ne peut plus en recevoir de bonne que par des esprits agents secondaires qui agissent sur lui ainsi qu'il leur est ordonné et qu'il doit se rendre favorables. Le Créateur est un être trop pur pour pouvoir communiquer directement avec un être impur tel qu'est l'homme dans ce corps de matière dont il n'est revêtu que par punition, il ne peut espérer cette communication directe qu'après sa réconciliation qui ne peut être parfaite pendant la durée de sa course temporelle matérielle, il faut qu'il commence par purifier sa forme corporelle matérielle pour pouvoir commencer ici-bas sa réconciliation. »

 

Ces réconciliations successives n'étaient cependant que les prémices d'une réconciliation intégrale plus profonde, annoncée par l'Ancienne Loi, et qui devait permettre par l'action de la grâce divine de rendre à l'homme le bien le plus précieux qu'il avait perdu par sa faute et l'exercice désordonné de son libre arbitre en mangeant du fruit défendu de l'arbre de vie.

Car si chaque réconciliation remettait les différentes postérités humaines en possession des moyens de restaurer leur culte et recouvrer d'une certaine façon leur participation à la vie divine, elles ne permettaient pas à celles encore assujetties aux esprits de prévarication de pratiquer ce culte et de se libérer de leur joug et ne rendait aucune parfaitement ressemblante à l'image qu’elles avaient dégradée, tout comme les secondes tables de Moïse n'étaient que le pâle reflet des premières divinement tracées par la main de l'Eternel. Aussi fallait il que cette œuvre de réconciliation soit parfaitement achevée afin que l'humanité entière, c'est a dire tous les peuples et les Patriarches successifs, puissent recouvrer la marque la plus précieuse de leur origine divine, marque et principe tout à la fois, qui est la vie éternelle qui fait de l’homme l’image parfaite de son créateur.

 

Par sa faute le premier homme avait perdu cette vie éternelle en se couvrant d’un corps de matière corruptible et périssable et surtout en obstruant son esprit à l’Esprit, le coupant de toute communication avec le Créateur et se mettant ainsi en privation divine. Car la vie éternelle c’est la participation à la vie divine et la communication avec le Créateur qui ouvre les portes à la connaissance comme le dit le disciple que Jésus aimait : 

« Après ces paroles, Jésus leva les yeux vers le ciel et dit: «Père, l’heure est venue! Révèle la gloire de ton Fils afin que ton Fils aussi révèle ta gloire. Tu lui as donné pouvoir sur tout être humain, afin qu’il accorde la vie éternelle à tous ceux que Tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 1-3)

 

Cette privation de vie éternelle avait été rendue réversible sur toute l’humanité et même si, nous l’avons dit, quelques lumières spirituelles pouvaient encore atteindre les hommes par l’intermédiaire des esprits restés fidèles au Créateur et dont ils travaillaient à s’accorder le secours par l’exercice de leur culte et par l’effet des réconciliations, leur vue spirituelle, si elle n’était plus affectée de  cécité absolue, se trouvait encore profondément diminuée.  De plus le corps de l’homme devait se libérer de la pesanteur et de l’altérabilité de la matière pour retrouver sa gloire, son  incorruptibilité et sa lumière passées. Aussi fallait-il qu’un ultime réparateur et réconciliateur vînt opérer par son sacrifice corporel et spirituel de vrai homme et vrai Dieu la complète restauration de l’immortalité humaine. Car c’est en passant par la mort corporelle qu’Il devait venir vaincre la mort.

Cette ultime réconciliation est l'œuvre de Jésus-Christ et, nous dit Martinès, s’opéra envers tous les hommes durant les trois jours qu’il passa dans les abîmes de la terre :

« Nous l'apprendrons [que le Christ est le grand réconciliateur agissant par les Patriarches] plus particulièrement par les trois jours que le Christ est resté ignoré de la terre et de ses habitants. Le premier jour, il descendit dans les lieux de la plus grande privation divine, appelés vulgairement les enfers, pour délivrer de la servitude horrible les mineurs marqués du sceau de la réconciliation. […] La seconde opération du Christ fut faite en faveur des Justes, que l'on nomme Saints Patriarches, qui payent encore tribut à la justice du Créateur, non pas pour avoir mené une vie criminelle, ni s'être mal conduits spirituellement, mais seulement pour purger la souillure qu'ils ont contractée par leur séjour dans une forme de matière […] Le Messias, qui signifie régénérateur spirituel divin[1], avait disposé, par sa propre opération doublement puissante et faite immédiatement de son chef, les mineurs patriarches qui devaient être, pendant leur vie temporelle, un type réel de son avènement et de sa toute-puissance pour la manifestation de la justice divine qui devait être opérée par lui sur tous les êtres émanés. Ces mineurs patriarches avaient reçu du Christ, pour cet effet, le caractère doublement fort de son opération […] Il leur donna de plus la puissance de rendre ce caractère réversible sur les mineurs en privation, et cela par leur propre opération spirituelle divine sur ces mineurs en faveur desquels ils devaient opérer pour la plus grande gloire du Créateur et la plus grande honte des démons. […] La troisième opération du Christ fait allusion au troisième jour de sa sépulture ; et elle fut faite sur deux espèces de mineurs qui étaient plus ou moins resserrés en privation divine. […] Voilà sincèrement ce que je sais et ce qui m'a été dit touchant la réconciliation faite par le Christ, réconciliation vraiment préparée par les élus justes de ce même Christ, auquel il en avait donné le premier l'exemple, ainsi que je vais le faire concevoir. »

 

Cette ultime réconciliation est associée au pardon des fautes, à la purification de l’humanité dans son corps et dans son âme et à sa libération de l’emprise des forces des ténèbres qui ont provoqué sa mort spirituelle. C’est le don ultime de la crucifixion qui procure la réconciliation en cela que par cet acte miséricordieux Jésus-Christ vient vaincre la mort au fond de l’abîme afin de redonner à l’humanité son immortalité. Cette réconciliation de l’humanité avec son créateur permet à chaque homme de recouvrer en puissance, et donc potentiellement, la vie éternelle. Potentiellement car si la réconciliation et la vie éternelle qui en est la marque est maintenant acquise à la nature humaine, il appartient cependant à chaque homme, par l’usage de son libre-arbitre, d’accepter cette grâce et de rendre effective cette réconciliation. Et celle-ci ne peut l’être que par le baptême et une vie dans le Christ, affermi par la foi en la parole de Notre Seigneur. Cette réconciliation personnelle n’est en effet jamais totalement acquise et il nous faut en renouveler les conditions régulièrement par un sacrifice volontaire d’expiation, par le repentir mais aussi et surtout par l’exercice d’une forte et constante volonté de vivre dans le Christ par la prière, l’action de grâce et surtout avec l’aide sanctifiante, vivifiante et régénératrice de l’Esprit agissant dans l’eucharistie. Les sacrements sont alors, nous le voyons, la porte d’accès à la réconciliation personnelle. Car le sacrement imprime sur chaque homme le sceau indélébile de l’Esprit par l’onction, par la bénédiction, par la communion.

 

La notion de sacrement n’est pas étrangère à Martinès. En effet, nous le voyons dans le passage précédemment cité par la mention qui est faite d’une disposition donnée aux Patriarche par l’opération doublement puissante du Christ et auxquels il donna la puissance de rendre ce caractère réversible sur les mineurs spirituels. Cette disposition n’est autre que ‘onction des Patriarches par l’Esprit du Christ, onction dont eux-mêmes avaient reçu pouvoir de transmission sur les hommes. Cette onction imprime à chaque homme qui la reçoit un caractère, ou un sceau, qui lui est propre et qui est la marque de la puissance de l’Esprit Saint au travers du sacrement. Martinès ce fait plus précis sur ce point dans les passages suivants :

« […] le Christ n'a réconcilié avec Dieu le Père que ceux que l'opération spirituelle des Justes avait marqués par le sceau. Ce sceau leur fut envoyé visiblement et sans aucun mystère sur l'emploi qu'ils devaient en faire en faveur de ceux qui devaient le recevoir pour être disposés à se fortifier de plus en plus dans la foi et dans la confiance en la miséricorde du Créateur, et afin de pouvoir soutenir avec une fermeté invincible toute la manifestation puissante de la justice divine qui pouvait s'opérer spirituellement devant eux par le Christ, chez tous les habitants de la terre, vivant en privation divine. Ce que je dis ici s'est réellement opéré par le Christ […]. »

puis encore :

« Vous désirez sans doute de connaître quel était ce caractère que le régénérateur mit sur ces saints patriarches ? C'était un être spirituel majeur plus puissant que les mineurs glorieux, et qu'ils ne pouvaient distinguer que par les différentes actions spirituelles que cet être opérait lui-même au centre de ces mineurs réconciliés et non encore régénérés. […] Il avait été mis également sur les esclaves des démons un pareil caractère, provenant de l'opération sainte de ces glorieux patriarches, qui opérèrent la volonté du Christ conjointement avec l'être spirituel majeur doublement puissant. C'est par ce moyen que les esclaves des démons reçurent le sceau de la réconciliation divine […]. »

Notons que dans ce dernier passage, Martinès, sans pouvoir pourtant le nommer, exprime le rôle prépondérant de l’Esprit Saint, qu’il appelle esprit majeur, conjointement avec l’action du Christ dans l’ordination des Patriarches et le pouvoir qui leur est alors donné par ce sacrement de conférer une onction sacramentelle à tous les mineurs en privation.

 

Ce qui était vrai dans l’Ancienne Loi l’est toujours dans la Nouvelle. Et si les Patriarches préparèrent les mineurs à une plus grande réconciliation, chaque homme doit encore aujourd’hui, par les sacrements que l’Eglise lui propose, et particulièrement par le baptême, se sanctifier, se fortifier et obtenir par ses propres mérites et par sa propre volonté ce que la grâce divine a déjà rendu à l‘humanité : la vie éternelle. Vie éternelle qu’il ne possèdera entièrement qu’après le Jugement Dernier qui sera l’ultime réconciliation opérée par le Christ, divin réparateur.

 

Nous le voyons, ces considérations de Martinès relativement à la marque du Christ et de l’Esprit, à la puissance de ce sceau sanctifiant, sont alors tout à fait conformes à la doctrine de l’Eglise et à ses Pères qui s’expriment ainsi relativement  au sacrement du Baptême :

« Le Baptême est le plus beau et le plus magnifique des dons de Dieu... Nous l’appelons don, grâce, onction, illumination, vêtement d’incorruptibilité, bain de régénération, sceau, et tout ce qu’il y a de plus précieux. Don, parce qu’il est conféré à ceux qui n’apportent rien ; grâce, parce qu’il est donné même à des coupables ; Baptême, parce que le péché est enseveli dans l’eau ; onction, parce qu’il est sacré et royal (tels sont ceux qui sont oints) ; illumination, parce qu’il est lumière éclatante ; vêtement, parce qu’il voile notre honte ; bain, parce qu’il lave ; sceau, parce qu’il nous garde et qu’il est le signe de la seigneurie de Dieu. »[2]

 

Les sacrements ne sont donc pas une invention de l’Eglise des premiers temps, des signes qu’elle aurait souhaité donner afin de raffermir la foi des fidèles et renforcer son pouvoir. Ils ont été institués de toute éternité, bien avant même l’incarnation du Christ. Mais cependant, le Christ les a sublimés par son sacrifice, les a renouvelés par sa passion et par la bénédiction qu’il donna à ses apôtres au jour de son ascension et enfin par la suprême onction qu’il fit au jour de la Pentecôte en envoyant sur eux l’Esprit Saint.  Et Saint Jean Chrysostome de montrer, dans un commentaire d’une lettre de l’apôtre Paul, que ces sacrements furent perpétués par l’Eglise dès les premiers temps et d’insister sur la nécessité de se revivifier constamment dans les sacrements afin de ne pas perdre la puissance du feu sacré qui a été préalablement transmis :

« "C'est pourquoi je vous avertis de rallumer ce feu de la grâce de Dieu que vous avez reçue par l'imposition de mes mains". Ces paroles montrent que celui à qui elles s'adressent est dans un grand l’abattement et dans une affliction extrême. C'est presque dire : Ne croyez pas que je vous aie méprisé. Sachez bien au contraire que je ne vous ai ni condamné ni oublié. Songez seulement à votre aïeule et à votre mère. Parce que je sais que vous avez une foi sincère, je vous avertis et je vous dis : Vous avez besoin de zèle pour rallumer le feu de la grâce de Dieu. Comme le feu a besoin de bois pour l'alimenter, de même la grâce a besoin de notre zèle pour ne pas s'éteindre.  " Je vous avertis de rallumer ce feu de la grâce de Dieu que vous avez reçue par l'imposition de mes mains ", c'est-à-dire la grâce du Saint-Esprit que vous avez reçue pour le gouvernement de l'Eglise, pour les signes miraculeux et pour tout le service de Dieu. Car il dépend de nous d'allumer comme d'éteindre ce feu. Aussi l'apôtre dit-il dans un autre endroit : "N'éteignez pas l'Esprit". (I Thés. V, 19.) Il s'éteint par la nonchalance et la lâcheté, et il s'embrase de plus en plus par la vigilance et l'attention. Il est en vous ce feu, mais il vous appartient de le rendre plus vif; c'est-à-dire alimentez-le avec la confiance, la joie et l'allégresse. Résistez courageusement. »[3]

 

C’est pourquoi aussi Martinès de Pasqually exigeait de ses disciples une participation à la liturgie de l’Eglise,  une pratique constante de la prière et de la repentance, un appel ferme et régulier aux dons de l’Esprit et certainement une participation au saint sacrement.

 

Et ce n’est qu’ainsi purifiés et raffermis par l’action de la grâce divine qu’il autorisait ses émules à se présenter devant l’Eternel dans leurs travaux. Car ayant préalablement reconnu leurs fautes et l’état consécutif de délabrement dans lequel se trouve leur être « Ô Dieu Juste (+10), je ne suis qu’horreur et ténèbres devant Toi et devant tous tes esprits purs ; l’aveu que j’en fais, mon repentir et les maux qui m’environnent Te sont connus et Tu ne peux y être insensible, car Tu te qualifies Toi-même de Père des miséricordes infinies envers tes créatures. Je suis une de ces créatures pour qui Tu as eu tant de complaisance et en qui Tu as daigné mettre ta confiance. Ne me reprends point, ô Dieu redoutable, dans la rigueur de ta justice ! »[4] ; après avoir appelé au renouvellement de la grâce du Créateur envers sa créature «Oui , je suis coupable, ô mon Père divin, mais prends pitié de moi, exauce ma prière et je redeviendrai juste ; purifie mes facultés spirituelles et corporelles et ma parole sera puissante.»[5] ; après avoir reconnu et avoir obtenu, par la réconciliation, la restauration de l’image divine qu’ils n’ont cependant de cesse que de dégrader « Ô Dieu clément et miséricordieux, je puis me dire maintenant ton fils, puisque je me crois parfaitement purifié par Toi : oui, je le suis parce que je l’ai désiré sincèrement et que Tu me l’as accordé d’après tes promesses immuables et j’atteste les cieux et tous leurs habitants de me reconnaître pour tel. Ô mon Père, ô mon Créateur, je suis donc enfin remis par ta pure volonté dans ce premier état de vertu et de puissance dont j’avais été déchu »[6] ; après avoir appelé à la bénédiction et à la purification de sa forme corporelle « Seigneur Dieu de toute la nature X, daigne bénir cette terre jadis abandonnée par celui qui était chargé de sa conservation, comme il T’a plu de bénir celle d’Adam et d’Eve, puisque je suis corporellement en l’un et en l’autre sexe ; bénis aussi fortement cette terre que tu as béni son homme. Amen. »[7] ; enfin pouvaient-ils invoquer l’Eternel et ses saints anges afin d’obtenir par ces derniers intermédiaires les marques de leur réconciliation « L’Eternel m’a revêtu de mes premières vertus et puissances sur toutes choses créées ; c’est en vertu de son saint Nom +10 et de l’autorité qu’il m’a donnée même sur les esprits qui comme toi lui sont restés fidèles, que je t’invoque et te réclame à mon secours. Oui, viens +7, sois mon guide, mon appui et mon conseil dans toutes mes oeuvres temporelles et spirituelles ! Hâte-toi d’accourir à moi au nom de l’Eternel !»[8]

 

Contrairement à une idée trop souvent reçue, les travaux n’apportent pas la réconciliation que seule la grâce permet d’obtenir par les sacrements. Tout au contraire ils ne sont possibles qua parce que l’opérant se trouve réconcilié par son baptême, ses prières et actions de grâce, sa vie dans l’Eglise du Christ et a gagné toute autorité dans la pratique de son culte par les ordinations qu’il a reçues, qui sont autant de marques ou de sceaux agissants imposés par les mains et les mots de puissance du Souverain.  Non, tout au plus les travaux aident-ils à renouveler et fortifier cette réconciliation déjà acquise.  Mais, et c’est là l’essentiel, ces mêmes travaux visent surtout à rendre sensible cette réconciliation et à favoriser l’obtention des secours qu’elle autorise, avec l’aide de l’Esprit Saint dont ils appellent l’opération sur eux de tous leur vœux.

 

Mais de quels secours et marques sensibles devons-nous alors parler ?

 

Il s’agira pour chaque Elus Coen d’obtenir l’aide, l’assistance continuelle de son gardien mais surtout la jonction avec son intellect qui lui permet de recouvrer la vue intellectuelle et spirituelle. Grâce à cette jonction, bénéfice effectif de la réconciliation, l’Eternel par la grâce et la miséricorde de son divin Fils Jésus-Christ et par l’opération sanctifiante du Saint Esprit, permet au mineur spirituel de rétablir la communication qu’il avait autrefois directement avec son Créateur. Ceci signifie que par la réconciliation le Coen redevient apte à la connaissance et à la compréhension de toutes les choses créées et de leur rôle dans la création universelle, générale et particulière. Par cette connaissance il saura comment agir dans les trois cercles sensible, visuel et rationnel. Et nous ne pouvons douter que ces connaissances des choses de l’univers soient les prémices de connaissances supérieures encore. Car ces par elles que le Coen acquiert science, conseil, intelligence et s’approche de la sagesse divine qui est la Sophia, marque spirituelle de la pensée agissante du Créateur. Le Coen redevient ainsi apte à agir avec prudence et discernement sur la création par l’effet de sa puissance quaternaire recouvrée et par l’opération de son mineur spirituel ; le Coen redevient aussi apte à établir une communication avec le Père, par le Fils et ainsi recevoir toute instruction relativement au rôle qui était et qui est encore le sien dans la réconciliation universelle qui mènera ultérieurement à la réintégration de toute chose créée en son créateur. Ainsi, par la jonction avec  son gardien et les esprits majeurs, le mineur spirituel du Coen recouvre ses facultés spirituelles-temporelles et spirituelles-divine. Ces opérations, par leurs effets, rendent alors chaque Coen, dans ce monde, participant de la vie divine et donc contribuent à restaurer en lui la vie éternelle. Elles sont les prémices de sa réintégration et de sa résurrection qui doivent ensuite mener à sa déification.

 

(à suivre)



[1] La traduction normale étant l’oint de Dieu, il est intéressant d’effectuer le rapprochement et de noter que c’est cette onction divine qui autorise à l’acte de régénération

[2] Grégoire de Nazianze, or. 40,3-4 : PG 36,361C

[3] Homélie de St Jean Chrysostome – Commentaire de Timothée 2

[4] Invocation simple de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BnF FM4 1282

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

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