Réconciliation, résurrection, réintégration et déification (1/5)

Publié le par Esh494

la chute michealangeLes Saintes Ecritures et leur exégèse par les Pères de l’Eglise témoignent du fait que, l’homme fut été créé à l’image et selon la ressemblance de son  créateur. Ainsi du fait de cette image inscrite en lui, l’homme jouissait de toute faculté de commandement sur toutes les choses créées visibles et invisibles[1].

Martinès de Pasqually, quant à lui, nous enseigne dans le même sens que la puissance et les vertus originelles de l’homme, mineur spirituel quaternaire émané du sein de Dieu, étaient plus étendues que toutes celles dont jouissaient les autres créatures ; et qu’ainsi l’homme, une fois émancipé au centre de la création universelle - autrement appelé Eden ou Paradis -  avait  pour mission de gouverner la création universelle, de maintenir dans les bornes de cette création l’action maligne des esprits prévaricateurs et d’amener ces mêmes créatures spirituelles déchues au repentir et à la réconciliation avec leur créateur. Il devait ainsi opérer au rétablissement de l’harmonie de la création originelle dont l’ordre avait été perturbé par la prévarication des premiers esprits émanés :

« [L’homme n’avait] été émané et émancipé par le Créateur que pour dominer sur tous les êtres émanés et émancipés avant lui. L'homme ne fut émané qu'après que cet univers fut formé par la Toute-puissance divine pour être l'asile des premiers esprits pervers et la borne de leurs opérations mauvaises, qui ne prévaudront jamais contre les lois d'ordre que le Créateur a donné à sa création universelle. Il avait les mêmes vertus et puissances que les premiers esprits ; et quoiqu'il ne fût émané qu'après eux, il devint leur supérieur et leur aîné par son état de gloire et la force du commandement qu'il reçut du Créateur. Il connaissait parfaitement la nécessité de la création universelle ; il connaissait de plus l'utilité et la sainteté de sa propre émanation spirituelle, ainsi que la forme glorieuse dont il était revêtu pour agir dans toutes ses volontés sur les formes corporelles actives et passives. C'était dans cet état qu'il devait manifester toute sa puissance pour la plus grande gloire du Créateur en face de la création universelle, générale et particulière. » (Traité[2] )

 

Nous savons ce qu’il advint et quel fut le résultat de l’abus que l’homme fit de sa situation privilégiée et de la toute et quatriple puissance qui lui avait été accordée par l’Eternel. La prévarication qu’il commit entraîna ainsi le premier homme, le premier Adam, à une chute aussi sévère que celle des premiers esprits et plus encore du fait de son assujettissement à ces mêmes esprits prévaricateurs qu’il devait initialement dominer et amener au repentir.

 

L’Eternel qui, par amour, avait doté sa plus belle créature de tous ses attributs, fut du fait de ce même amour, sensible à l’état de souillure que l‘homme avait contracté par sa prévarication  et à la dégradation spirituelle qu’il avait subie par sa faute. Il voulut alors, par l’exercice de sa justice et dans son infinie miséricorde, punir l’homme tout en lui donnant les moyens de sa réhabilitation.  L’Eternel rendit alors réversible sur l’homme le résultat de son opération de prévarication. Cette opération n’ayant eu d’autre effet que la création d’une matière informe gisant au fond de l’abîme terrestre, la propre forme glorieuse de l’homme fut alors précipitée dans l’abîme afin d’en être revêtue. Ainsi son corps de gloire fut-il densifié en un corps de matière apparente qui reçut toute vie de la quatriple essence divine renfermée au centre de la terre et qui nous est figurée par les quatre lettres inscrites au centre du triangle terrestre. Cette nouvelle forme vint ensuite sur la surface où elle reçut, comme nouveau réceptacle, le mineur spirituel qui s’y incorporisa. Ce nouveau corps de matière devait dès lors agir comme une prison pour l’esprit de l’homme. C’est ainsi que le mineur entra en  privation spirituelle c'est-à-dire dans la mort spirituelle. Cette transformation  de l’état originel de l’homme nous est révélée dans la Genèse de la façon suivante :

« Mais il s’élevait de la terre une fontaine qui en arrosait toute la surface. Le Seigneur Dieu forma donc l’homme du limon de la terre, il répandit sur son visage un souffle de vie, et l’homme devint vivant et animé. » (Gen. 2, 6-7)

figurant ainsi la création de la première forme glorieuse de l’homme composée d’une terre – qui n’est pas la terre élémentaire – arrosée, formée et entretenue par les énergies divines de la fontaine de vie et animée du souffle de vie et donc de la quatriple essence divine. Puis vient la transmutation vers un corps de matière qui est alors exprimée ainsi :

« En même temps leurs yeux furent ouverts à tous deux [Adam et Eve] : ils reconnurent qu’ils étaient nus ; et ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et s’en firent de quoi se couvrir » (Gen. 3, 7)

 

Martines résume en quelques lignes  cette chute et la transformation qui y succéda :

« Si l'on demandait encore comment s'est fait le changement de la forme glorieuse d'Adam dans une forme de matière, et si le Créateur donna lui-même à Adam la forme de matière qu'il prit aussitôt après sa prévarication, je répondrai qu'à peine eut-il accompli sa volonté criminelle que le Créateur, par sa toute puissance, transmua aussitôt la forme glorieuse du premier homme en une forme de matière passive semblable à celle qui était provenue de son opération criminelle. Le Créateur transmua cette forme glorieuse en précipitant l'homme dans les abîmes de la terre d'où il avait sorti le fruit de sa prévarication. L'homme vint ensuite habiter sur la terre comme le reste des animaux, au lieu qu'avant son crime il régnait sur cette même terre comme Homme-Dieu, et sans être confondu avec elle ni avec ses habitants. » (Traité)

 

L’ouverture des yeux évoquée dans la Genèse nous signifie la prise de conscience  d’Adam  de sa faute et de ses conséquences funestes. Cette prise de conscience ne fut possible que dès lors que le mineur spirituel eut incorporé cette nouvelle forme de matière. Plus qu’une prise de conscience, c’est de la honte que ressentit Adam en constatant avec effroi la perte de sa beauté originelle, qui participait de sa propre gloire, et en réalisant l’état dans lequel il était de privation de ses facultés spirituelles primitives. Martinès l’exprime en ces termes :

« Ce fut après cet événement terrible qu'Adam reconnut encore plus fortement la grandeur de son crime. Il alla aussitôt gémir de sa faute et demanda le pardon de son offense au Créateur. Il s'enfonça dans sa retraite, et là, dans les gémissements et dans les larmes, il invoqua ainsi le Créateur divin (…). » (Traité)

 

Devenu ainsi presque infirme il se lamenta donc aussitôt et implora le pardon de l’Eternel.

 

Mais nous ne devons pas considérer cette transformation comme une simple punition, un châtiment de l’Eternel. Bien au contraire, en cet acte de justice réside la miséricorde divine qui permit qu’Adam pût implorer son pardon auprès du Créateur. Et Martinès de nous enseigner :

« Sans cette punition, le premier homme n'eût point fait pénitence de son crime ; il n'eût point obtenu sa réconciliation ; il n'aurait point eu sa postérité, et serait resté mineur des mineurs démoniaques dont il était devenu le sujet. » (Traité) 

 

Ainsi, en provoquant la peine et le repentir de l’homme déchu l’Eternel lui accorde-t-Il les moyens de sa réconciliation : le mot est lâché.

 

Adam fut alors instruit de ces moyens, c’est à dire du nouveau culte qu’il devait rendre à son Créateur. Culte bien différent en forme de celui d’amour, d’adoration, de contemplation et d’action de grâce qu’il rendait lorsqu’il vivait encore en proximité immédiate de son créateur et qu’il devait maintenant opérer sous une forme corporelle. En effet, les changements intervenus dans son état et l’habitation de son mineur spirituel dans un corps de matière eurent pour conséquence une nécessaire matérialisation ou du moins formalisation de son culte qui dut alors être un culte de réconciliation.

 

Cette réconciliation fut alors accordée à Adam qui devait transmettre son culte à toute sa postérité temporelle afin que cette dernière puisse jouir de cette même réconciliation. Nous savons ce qu’il advint ultérieurement et  donc l’état de déchéance dans laquelle se plongea dans la suite des siècles l’humanité jusqu’à ce qu’un divin réparateur et réconciliateur lui fut envoyé en la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Et c’est au nom de ce divin réparateur que chaque homme peut aujourd’hui, par le baptême, initier la restauration de sa forme par l’eau qui vient purifier la matière corporelle et par l’Esprit qui vient rétablir les voies de communication et les facultés d’impression du mineur spirituel. Et c’est aussi par la résurrection du Christ que l’humanité recouvre son immortalité.

 

Le fondement de la doctrine martinésiste, et de toute pratique Coen, réside en l’idée que l’ultime but de notre existence - but inscrit dans la pensée de l’Eternel - consiste en la réintégration de l’homme et de toute créature créée  dans ses primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines, d’où le Traité du même nom.

 

Réintégration, un nouveau mot est lâché ! Mais qu’est-ce à dire exactement ? comment situer cette réintégration en regard de la réconciliation ? et de quelle réintégration devons-nous parler, nous chrétiens qui confessons la résurrection du Christ et de tout homme ? enfin, l’homme est-il destiné à simplement recouvrer une situation antérieure à sa chute alors même que nous pensons que par amour l’Eternel veut aider l’homme, non seulement à recouvrer son image originelle mais atteindre à la ressemblance qui actera de sa déification[3]?

 

(à suivre)

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[1] Se reporter à nos billets déjà publiés sur ce blog : Une approche de la réintégration : image et ressemblance

[2] Martines de Pasqually, Traité de la réintégration des êtres créés dans leurs primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines

[3] Voir la conclusion de notre étude précédente : Une approche de la réintégration : image et ressemblance

 

Publié dans Doctrine

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Smaragdus 09/05/2012 19:22


Cher frère,


Il n'y a aucun souci et vous n'avez nul besoin ni de vous justifier, ni de vous excuser. Nous vous taquinions gentiment, A Tribus Liliis et moi; rien de plus.


Que Dieu vous garde.


Bien fraternellement.

A Tribus Liliis 09/05/2012 14:44


oui, oui, mais il mûrit vite, le cher Esh :-) Même que sa cadence de production m'épate...

Esh494 09/05/2012 15:58



Chers lecteurs,


La patience et la prudence étant des vertus que nous sommes appelés à cultiver, je pense que cette petite attente sera bénéfique à tous. Des raisons d'ordre profane et aussi une fatigue passagère
mais réelle m'amènent à espacer les publications de ce blog. J'en suis navré et vous prie donc de bien vouloir m'en excuser.


A très bientôt cependant et...encore merci à vous toutes et tous pour votre amitié et votre fidélité.



Smaragdus 08/05/2012 17:27


Ah, ah, ah, je vous reconnais bien là cher A Tribus Liliis !!  Cela dit, pour être très honnête avec vous, je partage votre impatience... mais d'un autre côté, je me mets à la place de notre
frère : ce genre de textes n'arrivent pas "sur commande" (si je puis m'exprimer ainsi), il faut toute une conjonction bien spécifique d'états spirituels particuliers pour que la "porte s'ouvre"
et qu'ils puissent prendre corps.


C'est un peu comme en alchimie : un fruit vert, c'est acide et çà se digère très mal. Et puis, une fois cueilli, nous ne lui donnons plus aucune chance de s'améliorer car nous le coupons
irrémédiablement de sa source de perfection. Alors qu'un fruit mûr... ah le fruit mûr ! çà, c'est un régal pour les papilles et il se digère généralement très bien. Mais, bon, il faut accepter de
lâcher, de laisser faire. Ne plus vouloir, en somme.





Bien fraternellement, à tous les deux.

A Tribus Liliis 07/05/2012 22:51


La suite ! la suite !!