Origène et le théomorphie martinésiste

Publié le par Esh494

rubon4En marge de notre étude sur l’image et la ressemblance il paraît intéressant de considérer deux apports complémentaires qui nous sont offerts par Origène dans ses Homélies sur la Genèse.

 

Le premier est relatif à la puissance de l’homme dont l’Ecriture dit qu’il doit dominer sur toute créature (Gen. 1, 26). L’explication allégorique qu’Origène donne de ce passage de la Genèse est le suivant :

« Nous avons déjà interprété cela au sens littéral dans le passage où Dieu dit : « Faisons l’homme, etc., qu’il domine sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel, etc. » Mais, au sens allégorique, ce qui me semble indiqué par les poissons, les oiseaux, les animaux et les êtres de la terre qui rampent, c’est ce que nous avons déjà dit plus haut, c’est-à-dire, soit tout ce qui procède de l’âme et de la pensée du coeur, soit tout ce qui provient des désirs corporels et des mouvements de la chair. Les saints qui sont fidèles à la bénédiction de Dieu tiennent tout cela sous leur domination, car les saints conduisent l’homme tout entier selon la volonté de l’esprit ; les pécheurs au contraire sont sous la domination de ce qui provient des vices de la chair et des plaisirs du corps. »

 

De même, considérant que Dieu fit l’homme à son image et  qu’homme et femme il les créa (Gen. 1, 27), Origène donne une interprétation allégorique tout à fait intéressante dans le même ouvrage :

« Notre homme intérieur est constitué d’un esprit et d’une âme. On peut faire de l’esprit le mâle et de l’âme la femelle. Si ces deux éléments s’entendent et s’accordent entre eux, par leur union ils croissent etmultiplient ; ils engendrent des fils : les bons mouvements, les idées et les pensées profitables, au moyen desquels ils remplissent et dominent la terre. Autrement dit, ayant maîtrisé le sens de la chair, ils l’inclinent à de bons desseins, et ils le dominent en ne tolérant aucune insurrection de la chair contre la volonté de l’esprit. Si donc il arrive que l’âme qui est unie à l’esprit et pour ainsi dire mariée avec lui, s’écarte vers les plaisirs corporels et se porte aux jouissances de la chair, si tantôt elle semble obéir aux salutaires avertissements de l’esprit et tantôt cède aux vices charnels, cette âme souillée par l’adultère du corps, ne peut pas croître ni multiplier. »

 

Ces deux textes nous ramènent directement à la doctrine de Martinès de Pasqually. En effet, tous deux parlent de la maîtrise des penchants de l’âme de l’homme qui est une condition nécessaire pour lui afin de conserver l’image et d’atteindre à la ressemblance.

 

Conserver l’image qui est la faculté de commandement justement en commandant et en dominant chaque créature, terrestre comme céleste nous l’avons vu précédemment (Image et ressemblance 3/5). Et comment l’homme pourrait-il conserver cette faculté de commandement, cette puissance de domination sur toute chose créée s’il ne peut, de lui-même, dominer ses propres penchants qui peuvent tendre à l’éloigner de son créateur ? L’esprit dont il est ici question doit être entendues comme le moyens par lequel l’homme lit dans la pensée divine, reçoit sa volonté mais aussi exerce sa la libre volonté par rapport à cette volonté divine. C’est donc ce qui lui confère la possibilité de s’incliner vers ou contre cette volonté divine. La chair et l’âme quant à elles ne sont ni chair corporelle, ni âme animale. Il s’agit ici du moi de l’homme, de son ego qui le fait créature a part entière distincte de son créateur, de l’âme du cœur qui est la porte d’accès à cet ego et qui donne à l’homme une réceptivité aux tentations des intellects mauvais émanés des esprits de prévarication. Si l’homme avait été émancipé esprit pur il n’aurait pas eu cette « vulnérabilité »  mais n’aurait pas non plus eu de liberté car n’aurait pas eu de faculté de choix n’étant soumis qu’à l’expression de la volonté divine.

 

Il nous faut aussi comprendre dans ces textes que cette vulnérabilité et cette attente dont Dieu fait part d’une maîtrise parfaite de l’âme par l’esprit expriment le souhait de Dieu de voir l’homme accéder à la parfaite ressemblance par ses propres efforts. Aussi, comme nous l’avons vu (Image et Ressemblance 5/5) c’est par la satisfaction de cette attente que l’homme se grandira et c’est ainsi bien par amour que Dieu créa l’homme vulnérable afin qu’il obtint par son propre mérite cette ressemblance et qu’il en soit ainsi rendu encore plus grand.

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Didier 28/01/2012 19:58

Origène considère que Dieu est immuable et que Tout a existé de tous temps et a été de toute éternité dans la Sagesse et que cette dernière portait en elle toutes les idées, toutes les semences,
les formes les figures de tout ce qui a été amené à l'existence. Cependant, il s'est limité en créant un monde limité, peuplé de créatures raisonnables en quantité convenable pour être
gouvernées.Dieu a fait toutes choses avec nombre et mesure. Il a donc volontairement limité sa puissance. Il a crée toutes créatures (humaines)libres et égales entre elles. Si certaines sont
restées en contemplation, d'autres par acédie (dégout ou lassitude devant le bien)et par satiété se sont en quelque sorte détachées du milieu divin. Origène fait une analogie entre Psyché et
Psychos, l'un signifie âme et l'autre froid et justifie la chute par un refroidissement, une tièdeur de l'âme qui l'éloigne de son créateur. Pourquoi? Origène affirme qu'avant la création de ce
monde, de l'Univers,d'autres mondes et d'autres univers existaient et que ces créatures qui se sont détachées du milieu divin l'ont fait de leur propre volonté conformément aux actions commises
dans les mondes antèrieurs.Une seule a echappé à cette chûte, c'est l'âme de Jésus-Christ. Le terme de chute est une idée maitresse du système de pensée d'Origène. En grec et dans le "Peri Archon",
elle est qualifiée de Katabolé Tou Kosmou" que St Jérôme le premier admirateur puis détracteur d'Origène a transformé en "Constitutio Mundi" ou Création du Monde évoquant plus la création que la
chute. Il convient de préciser qu'Origène utilise ce terme dans un concept plus vaste qui est celui de l'Apocatastae (restauration, retablissement, retour)qui se rapporte initialement à
l'astronomie et qui est le cycle complet d'un astre en révolution. Ce terme sera utilisé sur un plan doctrinal pour expliquer la chute (Katabolé)et le retour au poin initial.Selon Origène la fin
sera identique au début mais enrichie de l'expérience humaine et sa victoire sur la mort par la resurrection.Un des autres thèmes d'Orgène est la venue du Christ, modèle de Dieu, image parfaite du
Créateur. Il vint à la fois pour que nous ne soyions plus "selon son image" mais aussi pour que nous progressions pour être à la ressemblance du Père. En effet, lors de la création de l'homme, Dieu
dit "Faisons l'homme à Notre image et selon Notre ressemblance" Gen.1/26 . Le"faisons" implique la 1ere et seconde hypostase (Père et Fils) de Dieu dans cet acte créateur. Cependant il est dit
qu'ensuite (1/27)Dieu créat l'homme à Son image, à l'image de Dieu Il le créa;mlâle et femelle il les créa" mais non plus à Sa ressemblance. Pour Origène cette ressemblance ce sera lors du retour.
Les hommes seront fait alors semblables à Lui et se réjouiront dans Sa gloire. Durant cette chute, une graduation d'êtres s'est réalisée, certaines intelligences sont restées à l'état angélique,
d'autres sont devenus des hommes, lors d'une descente plus accentuée, les démons enfin sont les êtres qui se sont tournés complètemnt vers l'obscurité. Pour ce qui est de l'homme, Origène s'appuie
sur la composition ternaire de l'homme, l'esprit, le pneuma est plus conforme dans sa définition au Ruah hébraïque (le Souffle de Dieu qui plane au dessus des eaux)que du modèle grec
stoïcien.L'Esprit de l'homme est son conseiller, son guide dans la vie morale, il eclaire son intelligence sur les mystères divins. Son âme est sa partie centrale, elle doit continuellement choisir
entre se tourner vers l'Esprit pour l'accueillir ou se trourner vers le monde et s'y abandonner. Elle est le siège du libre-arbitre et de la personnalité. Sa partie supèrieure est l'intelligence et
le coeur, et correspondent à l'âme pré-existante crée à l'image du Verbe.Une partie inférieure fut ajoutée à l'âme qui la rend sensible à son environnement.Dans la chair demeure un corps éthéré que
chacun par une vie vertuse peut développer de nouveau, car propre à l'âme pré-existante et qui sera le corps de résurrection,lorsque la totalité de l'humanité aura spiritualisé ce corps (effet du
Pneuma autant que d'une vie vertueuse de l'âme guidée par le libre-arbitre). L'idée même d'Origène qui conduit aux conséquences du libre-arbitre, c'est le choix qui nous est donné de descendre ,
tantôt dans un"vase d'honneur ou de déshonneur et d'infamie". Vies après vies,nous pouvons selon nos mérites ou nos démérites nous incarner dans un vase ou dans un autre. Cependant l'homme ne peut
par sa propre volonté vaincre la diversité et la complexité du monde sans se diperser et succomber à ses sens.Christ nous fut donc envoyé pour que Ses yeux voient en nous,et que nous puissions le
voir, que Son odorat puisse sentir Sa présence en nous, Son oreille entendre le battement de Son coeur en nous.

A Tribus Liliis 28/01/2012 14:21

Mon cher Esh, du statut de frère vous êtes en train de passer à celui de père (dans la foi)!

Non, ce n'est pas moquerie. J'apprécie grandement la justesse de vos développements. Et partir d'Origène, voilà qui ma plaît tout particulièrement...