Nécessité et amour divin

Publié le par Esh494

4373641-6589962 (1)Dieu manifeste dès le commencement son amour infini en émanant des êtres libres et qui donc pouvaient potentiellement chuter du fait du mauvais usage qu’ils pouvaient faire de leur libre arbitre. C'est ce qu'il advint des premiers êtres spirituels, appelés esprits angéliques, ainsi que du premier homme, Adam. Dieu émana des êtres à son image et selon sa ressemblance. Il les émana libres pour qu'ils soient grands et glorieux ; pour qu'ils puissent seuls, par leur volonté propre, se rendre conformes à la volonté divine et ainsi se grandir et être glorifiés par leur Père.

 

Mais Dieu savait que la chute pouvait intervenir, pas inéluctablement mais potentiellement. Aussi a-t-il créé l'univers qui devait servir de protection à l'homme contre la chute et la trop grande emprise des esprits déchus, mais aussi lui permettrait d’exercer toute sa puissance de création contenue dans le verbe qui était inné en lui, faisant de lui un co-créateur avec l’Eternel. Cet univers co-créé devait aussi permettre a l'homme de manifester toute sa puissance ainsi que la gloire divine en le gouvernant, le régissant et en y contenant l'action maléfique des esprits prévaricateurs. Car l'homme devait non seulement protéger le reste de la cour divine de l'action de ces esprits déchus mais encore les ramener au créateur par leur expiation. La création autorise donc l'émancipation de l'homme et l'usage de toutes ses vertus et puissances, mettant l'homme au dessus des anges. Elle est belle car de "matière glorieuse" avant sa chute. Elle contient l'action des esprits déchus par amour pour ceux qui ne les ont pas suivis, pour les protéger et non pas pour se protéger. Car Dieu ne peut être atteint. Enfin, contenant cette action dans des limites finies, elle peut éviter aux esprits déchus une trop grande chute et autorise leur conversion et leur rédemption qui seraient impossibles si l'étendue de leur action n'avait point été bornée. On peut alors dire que c'est par amour pour ces êtres déchus et premiers émanés et émancipés que Dieu créa cette geôle que fut la création en forme de couche glorieuse.

 

Par cette grande mission permettant le bon usage de son libre arbitre, l'homme devait se grandir, être glorifié et ainsi grâce à l'amour de Dieu se déifier, état ultime et élevé auquel l’Eternel destinait sa créature de tout temps. Et cette déification devait pour Dieu être la plus grande marque de son amour. C'est pourquoi Dieu n'émana pas un être divin mais un homme-dieu afin de pouvoir exprimer son amour en permettant la complète déification de sa créature.

Sachant la chute possible, Dieu imagina aussi de toute éternité l'incarnation de son Fils. Cette incarnation devait permettre au Père l'accomplissement de son plan divin d'amour en quelconque circonstance. Car incarnant son Fils il l'abaissait à l'état humain. Et ce Fils, dieu et homme, devait par son renoncement, sa kenose, endosser pleinement la cause et la nature humaine lors de sa passion. Il devait s'abaisser à cet état, sortir de sa divinité pour que justement l'homme puisse la revêtir. Voici par l'oeuvre de la passion du Christ la voie pensée et voulue par Dieu de toute éternité pour la déification de sa créature humaine afin que puisse s'exprimer en quelque circonstance que ce soit son infini amour et donc sa nature, Dieu étant amour.

 

Cette économie manifeste non seulement l'amour de Dieu, mais elle est nécessaire à cet amour. La création et l'incarnation peuvent alors figurer comme des nécessités relativement à l'expression de l’œuvre d'amour qui consiste en la déification de l'homme et au rachat de toutes les créatures émanées, œuvre pensée et t exprimée selon un décret divin.

 

C'est pourquoi il est possible d'envisager que Dieu ait eu à faire force de loi sur ses décrets immuables car son plan d'amour est immuable. Et bien que le dessein de chute et d'incarnation ait existé de toute éternité, il n'était pas inéluctable. Sinon Dieu aurait émané des créatures vouées à la chute et ceci aurait été contraire à sa nature qui est d'aimer. Ainsi, bien que de toute éternité Dieu dans son amour eut pensé la chute et l'incarnation, la réalisation de l'issue funeste pour l'homme du mauvais usage de son libre arbitre amena Dieu à réaliser son plan divin comme une nécessité, une nécessité pensée, une nécessité voulue, une nécessité exprimée qui est celle liée à l'amour entier et infini de Dieu pour ses créatures. Faire force de loi sur son immutabilité ce n'est pas être contraint par des éléments extérieurs, c'est simplement être soi et ne justement pas subir de contrainte, agir selon ce que l'on est et non sous la pression d'événements auxquels on est étranger. Ni l'homme ni les événements relatifs aux différentes chutes ne contraignirent Dieu à déployer son action mais plutôt c'est cette action pré-imaginée  qui se déploya par nécessité. Les plans divins ne furent pas troublés mais seulement leur mise en œuvre devint nécessaire.

 

Ainsi l'immutabilité est-elle bien préservée tout en faisant face à la nécessité. Car la seule nécessité pour Dieu était la déification de l'homme qui lui permettait librement de révéler tout son amour. Dieu impose donc comme une loi ce qu'Il est de toute éternité, un Dieu aimant.

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Smaragdus 16/05/2013 13:03


C'est splendide !


Il n'y a rien à rajouter et, surtout, rien à enlever.


Bien fraternellement.