Les invocations Coens : théurgie, culte des anges ou magie ? (3/3)

Publié le par Esh494

Retable.jpgReste à nous prononcer sur la dernière question. Culte des anges ou simple théurgie ?

Rappelons que le culte des anges est condamné par l’Eglise et en premier lieu par Dieu lui même et à plusieurs reprises dans les saintes Ecritures. Tout d’abord implicitement dans les commandements donnés à Moïse en Ex. 20, 2-5 :

« Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tiré de l’Egypte, de la maison de servitude. Vous n’aurez point des dieux étrangers à moi. Vous ne ferez point d’image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux ou sous la terre. Vous ne les adorerez point et vous ne leur rendrez point le souverain culte. Car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu et fort et jaloux… »

puis l’apôtre Paul en Col. 2, 18-19 :

« Que nul ne vous ravisse le prix de votre course, en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des anges, (…) et ne demeurant pas attaché à celui qui est la tête et le chef, duquel (…) »

en enfin Saint Jean dans Ap. 22, 8-9 :

« C’est moi, Jean, qui ai entendu et qui ai vu toutes ces choses. Et après les avoir entendues et les avoir vues, je me jetai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : Gardez-vous bien de le faire ; car je suis serviteur de Dieu comme vous, et comme vos frères les prophères, et comme ceux qui garderont les paroles de la prophétie de ce livre. Adorez Dieu. »

 

Ce culte est condamné car les anges ne sont pas Dieu ni des dieux ; ils sont les serviteur du seul vrai Dieu. Et le commandement de Dieu est clair. On ne peut vouer un culte qu'à un seul Dieu. Vouer un culte aux anges, serait soit une forme de polythéisme, soit de paganisme, soit renier Jésus-Christ et le placer au-dessous des anges. Or ile est dit dans Hébreux 1, 4-5 :

« Etant aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu’il a reçu est plus excellent que le leur. Car qui est l’ange à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui ? Et ailleurs : Je serai son Père, et il sera mon Fils. »

 

De plus, d’après certains Pères de l’Eglise et suivant certains courants gnostiques, les anges sont considérés comme inférieurs à l’Adam originel, c’est à dire avant la chute. C’est ce que dit Martinès dans son Traité de la Réintégration :

« Après ces deux opérations, le Créateur dit à la créature : "Commande à l'univers créé, et tous ses habitants spirituels t'obéiront." Adam exécuta encore la parole de l'Eternel ; et ce fut par cette troisième opération qu'il apprit à connaître la création universelle. » (Traité, 9)

Ils sont aussi dits inférieurs aux hommes saints, les vieuillards de l’Apocalypse, qui siègent autour du trône du Seigneur, et voient devant eux les sept archanges qui bénissent et contemplent ledit trône.

 

Les anges sont donc dits inférieurs aux Vieillards et aux Saints, c’est à dire à l'homme ayant été réintégré dans ses pouvoirs et vertus originels. Leur rendre un culte serait donc aussi un renversement des valeurs.

 

Tout au contraire, les anges sont au service de l'homme en tant que messagers de Dieu vers l'homme et intermédiaires de la protection et de l’illumination divine. Mais la relation est bijective en cela que les anges sont aussi les messagers de l'homme vers Dieu ou plutôt les barreaux de l'échelle qui permettra à l'homme d'accéder en vision au Royaume de Dieu. Nous prenons comme preuve de cela l'Apocalypse dans laquelle St. Jean accède à la révélation par l'ange qui le conduit et le guide :

« La révélation de Jésus-Christ, qu’il a reçue de Dieu, pour découvrir à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu’il a manifestées par le moyen de son ange à Jean son serviteur (…). »Ap 1, 1.

Même si l'homme est actuellement dégradé il conserve en lui une propriété et un principe supérieurs à ceux des anges. Opérer un tel culte serait contraire à l'oeuvre que l'homme doit accomplir. En effet, l'homme doit maintenant accomplir sa réconciliation et sa réintégration avec l'aide des anges afin de relever, avec les anges, la création et ses anges déchus , mission qui lui avait été originellement confiée par le Créateur. Il devait opérer cette mission en bornant l’action des esprits déchus en-deça de la sphère surcéleste afin que la création universelle ne soit pas affectée par leurs opérations. Ainsi est-il dit dans le traité :

« Par ces trois sortes d'opérations nous devons voir clairement, non seulement quelles étaient les bornes de la puissance, vertu et force que le Créateur avait, données à sa créature, mais encore celles qu'il avait prescrites aux premiers esprits pervers. » (Traité 10)

 

Alors quid des travaux Coens?

 

Car c'est bien aux différentes classes d'esprits et donc d'anges que le Coen adresse ses demandes et ses commandements. Mais c'est à l'Eternel et à lui seul qu'il adresse ses invocation et prières même si à l'occasion de celles-ci il s'adresse aussi aux esprits angéliques en les nommant et appelant (en les convoquant pourrait on dire). Et c'est ce type d'opération qui représente le plus grand danger pour l'homme car en ouvrant la porte des cieux en convoquant les anges, l'opérant pourrait s'exposer à l'action trompeuse des esprits malins. En effet ceux-ci pourront essayer de mystifier l'opérant en  prenant pour l'occasion l'apparence d'esprits angéliques.

L'opérant s'adresse aux anges d'abord sous forme d'appel à leur l'assistance et à leur intercession auprès du Père par une instante prière qui n'est pas invocation. C'est tout d'abord une demande pressante mais jamais une prière d'adoration ou même une action de grâce. Mais nous pourrions demander, pourquoi s’adresser aux anges alors que tout chrétien a le pouvoir de s'adresser directement au Père par le Fils ? Ceci est certain mais nous ne pouvons ignorer la somme des secours que la divine Providence met à notre service. Ainsi en fut il de même pour le Christ que les anges du Père vinrent assister et secourir après la tentation au désert (Mat. 4, 11) et lors de sa prière et de son agonie à Getsémanie (Luc 22, 43).

Les anges ne sont pas ceux qui viennent opérer la réconciliation que seul le Père peut donner, mais ceux qui dans notre monde de matière peuvent les signaler par des marques sensibles ou sensitives. Cette manifestation des grâces octroyées par le Père via le Fils sont ainsi rendues visibles ou sensibles. Mais les invocations n'excluent dans le principe aucun autre mode de manifestation de la réconciliation, les songes en particulier.

Signalons qu'il serait erroné de penser, comme semble le prétendre Martinès, que les anges sont le seul moyen par lequel l'homme déchu peut recevoir les grâces divines, sentir s'exprimer la volonté divine ou encore pénétrer la pensée divine. Non ce serait ignorer l'Esprit Saint, et ce serait ignorer l'action du Fils et la contemplation de ses œuvres qui nous font connaître le Père. En cela aussi le martinésisme doit être rectifié et christianisé. D'ailleurs ses rituels le sont quand ils font expressément appel aux lumières de l'Esprit.
Donc pas de culte mais demande d'assistance et même commandement. Car l'opérant ayant reçu les ordinations nécessaires considère dans ses invocations avoir recouvré, par la pénitence et son séjour dans les cercles d'expiation ses puissances originelles et donc sa puissance de commandement sur tous les être créés et incréés.

En cela consistent les invocations qui autorisent l'opérant à travailler dans des travaux théurgiques et donc avec les anges pour continuer l'œuvre qui lui avait été confiée par son Créateur.

Dans ce sens, et dans ce sens uniquement, pouvons nous être autorisés à œuvrer dans nos opérations spirituelles-temporelles en coopération avec les anges sachant que ceci reste un mode d’opération dégradé si nous considérons qu'originellement les opérations spirituelles-divines devaient être réalisées par Adam, homme-dieu de la terre, en coopération avec le Père.

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Didier 18/01/2012 23:16

Bonsoir,Je suis prêtre catholique. J'ai lu avec attention votre approche de la théurgie.Je m'essaie actuellement aux 4 prières coën,( à l'exception des prières particulières pour l'O.D.E.C.D.L.U
dont je ne comprends pas les abreviations)je regrette même de ne pas avoir la musique qui accompagne les Hymnes ( à la manière du Veni Creator). Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites qu'il
y a proximité avec la liturgie chrétienne de par les Louanges, l'adoration et l'action de grâce, sauf qu'action de grace en grec signifie Eucharistie. Pour celui qui célèbre Primes,Vêpres,
Complies, en plus des saints offices (messes, benediction du Très Saint Sacrement, services d'onction aux malades), je sais par expérience maintenant que les Elus Coën n'étaient certainement pas
des Magistes épris de pratiques occultes (ex: lors de la prière de 6 heuress du soir lorsqu'il est dit "Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera tes louanges", nous sommes devant un Munda
Cor Meum suivi d'un Gloria et d'une doxologie.C'étaient de fervents chrétiens (les prières sont contraignantes) de la Grande Eglise , d'avant les schismes Orient/ Occident; N'oublions pas
qu'Origène exhortait chaque chrétien de prier pour son Ange Gardien. Merci pour vos recherches et reflexions pertinentes.

Esh494 19/01/2012 11:56



Bonjour mon Père et merci pour votre commentaire. Votre point de vue sur ces questions est important pour un martinésiste chrétien qui se positionne volontairement et avec fermeté dans l'Eglise
du Christ. Il est un point fondamental sur lequel il convient d'avoir une position définitivement arrêtée : le culte Coen est une liturgie, un sacerdoce mais qui en aucun cas ne confère aucun
pouvoir sacramentel et dont les sacerdotes ne donnent aucun sacrement. En revanche par les ordinations reçues (c.a.d. l'ordre intérieur retrouvé), par l'ascèse de vie et les pratiques religieuses
qu'il demande il peut être considéré comme une actualisation, une vivification des sacrements reçus dans l'Eglise du fait des grâces qu'il peut procurer. Il ne l'est en aucun cas par
l'intervention rituélique de l'opérant qui s'auto-confèrerait je ne sais quoi ; il l'est du fait de Dieu seul qui souhaitera ou non répandre ses grâces divines et les dons de l'Esprit sur les
frères suivant leur mérite, leur sincérité, leur foi et la vérité de leurs travaux. Et ceci reste à la grâce de Dieu.



paysan limousin 29/11/2011 00:43

J'ai lu avec attention vos derniers billets, assez complexes pour un esprit non averti.

Si j'ai bien compris, pardonnez mon bon sens paysan : la magie martinésienne n'est pas de la magie, le culte des anges n'en est pas un, la théurgie n'est pas occultiste mais est proche de la
liturgie de l'Eglise...
Au bout du compte, votre martinésisme est-il toujours martinésien ?

PS Vous ne m'avez pas répondu au sujet de la tête de chevreuil...

Esh494 29/11/2011 08:26

Cher "paysan limousin" vous y êtes...ou presque. Les travaux martinesistes sont occultes en ce qu'ils font appels à ce qui est voile à nos yeux et souvent à l'esprit de nos contemporains. La théurgie est magique au sens traditionnel en ce qu'au travers de l'opérant s'exprime la volonté divine; elle n'est pas magie au sens commun ou le soit-disant mage essaie de mettre ses dons à son profit - ou au profit d'autrui - en manipulant des forces occultes. En aucun cas la théurgie martinésienne ne peut être qualifiée de culte des anges; un culte suppose louanges, adoration et actions de grâces. Rien de cela vis à vis des esprits angéliques qui sont appelés dans les travaux. En fin si comparaison nous devons faire avec la liturgie de l'Eglise je dirais que le point de similitude se situe au niveau du périmètre dans lequel se situe le chaque culte qui embrasse le ciel et la terre, les hommes et les anges. Pour ce qui est des sacrifices et holocaustes, j'y reviendrai dans de prochains billets. À bientôt donc. Esh494

A Tribus Liliis 27/11/2011 23:53

Très remarquable, ce billet, et d'une parfaite orthodoxie théologique.

A propos de la supériorité de l'homme sur les anges, j'ajouterai cet extrait d'un travail :

"L’homme, dit saint Grégoire Palamas (1296-1359), est « plus à l’image de Dieu » que les anges, parce que son esprit uni au corps possède une énergie vivifiante par laquelle il anime et gouverne le
corps, faculté dont les anges, esprits incorporels, sont privés – tout en étant plus proches de Dieu à cause de la simplicité de leur nature spirituelle ."

Intéressant, n'est-ce pas ? Et c'est vrai que l'homme a été créé à l'image et selon la ressemblance de Dieu mais pas les anges.