Les Elus Coens après Martinès de Pasqually (2/4)

Publié le par Esh494

Magnetisme.JPGA partir de 1780, la société française connut un grand intérêt pour les expériences de somnambulisme et magnétisme animal, notamment au travers des travaux du Docteur Mesmer. Cet engouement n’épargne pas les sociétés spiritualistes et  illuministes.

Ainsi, dès 1784 Jean-Baptiste Willermoz assiste à quelques séances de magnétisme à Lyon au sein de la société La Concorde. La vogue du mesmérisme traverse alors la France de cette époque et le temple Coen de Toulouse n’est pas non plus épargné par les expériences de magnétisme animal. Les frères Coens toulousains accueillent même en 1785 le comte Maxime de Puysegur, haute figure du magnétisme, auquel ils pensent alors proposer son admission dans l’Ordre.

 

Cette même année 1785 est aussi un tournant majeur dans l’activité du Temple de Lyon. En effet, Willermoz et les Elus Coens lyonnais se passionnent rapidement pour ces expériences de fluide magnétique et les vertus thérapeutiques y afférent. Ainsi, pensent-ils que si les messagers divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient à guérir leurs semblables, ils ne refuseraient certainement pas de répondre aux hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la foi et le salut des âmes. Certains Coens voient donc dans ces nouvelles expériences un excellent moyen de communiquer avec l’invisible d’une façon beaucoup plus simple que celle enseignée par leur ancien Maître et ainsi d’accéder plus efficacement à la réconciliation. Plus simple mais peut-être pas moins délicate et pas moins exempte d’écueils, en témoigne cette correspondance de Louis-Claude de Saint-Martin au Conseiller Mathias Du Bourg du temple de Toulouse en date du 21 avril 1784 :

« Le magnétisme animal sur lequel vous me questionnez, T. Ch. M. tient aux lois de la pure physique matérielle. Il n’y a rien de plus, absolument. Libre à ceux qui le voudront et qui le pourront d’y ajouter ce qu’ils auront de surplus. Ceux qui n’en sont pads là pourront se trouver quelquefois embarrassés. Car ce magnétisme, tout pur physique qu’il est, agit plus directement sur le principe animal que tous les autres remèdes ; et par conséquent il peut sans s’en douter ouvrir la porte plus grande ; or quand la porte est toute grande ouverte la canaille peut entrer comme les honnêtes gens, si l’on n’a pas soin de poster des sentinelles fermes et intelligents qui ne laissent l’accès qu’aux gens de bonne compagnie. Cet inconvénient est grand ; mais il serait inintelligible à toute l’école mesmérique , à commencer par le maître ; aussi je garde cette idée pour moi, et pour ceux qui sont capables de l’entendre. »[1]

 

Du côté lyonnais, Willermoz développe des expériences de somnambulisme puis de magnétisme spirituel auxquelles il se consacre jusqu’en 1789. Ces expériences et les travaux y afférent se font au travers de sommeils organisés avec la « medium » Mlle Rochette. Puis sont présentés dans l’aéropage lyonnais des feuillets écrits par un Agent Inconnu en état de transe, Agent qui se révèlera bien plus tard être Mme de Vallière, somnambule psychographe, chanoinesse de Miremont, soeur du Duc de Monspey, Elu Coen proche de Willermoz.

 

Sans pour autant rentrer en profondeur dans l’histoire des temples Coens et du magnétisme à cette époque[2], nous devons signaler la fondation par Willermoz, à la demande de l’Agent Inconnu, de la Société des Initiés et en particulier de la Loge Elue et Chérie de la Bienfaisance dont les activités consacrées au somnambulisme et au magnétisme, et surtout à l’étude des cahiers de l’Agent, prirent vite le pas sur les travaux du Temple Coen lyonnais, voire passagèrement sur le développement du Régime Rectifié.

 

Ainsi, les différentes communications et révélations faites par cet Agent au travers des cahiers remis aux émules, communications supposées d’origine spirituelle dont le rédacteur se faisait l’agent, ont  un impact important sur la perception de notre bien aimé Coen lyonnais et de ses frères relativement aux travaux de théurgie.

Les communications de l’Agent, fruits d’une imagination débordante et d’un psychisme troublé, sont toutes empreintes de catholicisme fervent, d’élans affectifs et sentimentaux, de réflexions d’ordre maçonniques ou relatives à l’enseignement de Martinès de Pasqually, mêlés de quelques considérations gnostiques et d’éléments rédigés dans une langue inconnue s’avérant difficilement déchiffrables.   Ces écrits ne remettent évidemment pas en cause ni la pertinence ni la valeur de la doctrine de Martinès, du moins jamais en profondeur. Cependant ils la font tendre vers un catholicisme classique pour l’époque et visent à simplifier les formes Coens. Fini les prescriptions diverses et même si certaines d’ordre alimentaire sont retenues, la théurgie opératoire se voit remplacée par l’amour qui est la clé et la source de toute purification. Les écrits de l’Agent tendent ainsi à réformer les rituels ainsi que certains enseignements de l’Ordre, comme ce fut aussi le cas pour la maçonnerie rectifiée et tout particulièrement avec le changement du nom de l’Apprenti.  

 

Les interrogations relatives aux travaux Coens que suscitent les révélations de l’Agent dans l’esprit de Jean-Baptiste Willermoz se lisent clairement au détour d’une correspondance en date du 8 mai 1786. Vialette d’Aignan, de l’Orient de Toulouse, adresse alors à l’abbé Fournié, de l’Orient de Bordeaux, la réponse de Willermoz relativement à la demande insistante de l’abbé d’intégrer la Société des Initiés. Dans cette correspondance, Vialette d’Aignan exprime le refus de Willermoz à intégrer dans l’Initiation un frère dont la qualité de Coen ne pouvait être remise en cause, mais qui n’y avait pas été appelé par l’« Ange » de l’Agent qui seul décidait en la matière. En fait, Willermoz  dissimule par cette argumentation sa réticence envers cette admission, réticence probablement fondée sur sa volonté de réforme de l’Ordre Coen qui pouvait ne pas être partagée par le candidat.

Ainsi Vialette d’Aignan explique-t-il à Fournié qu’il aurait « sûrement été appelé si la chose eut dépendu des frères de cet Orient [de Lyon], mais ... ne l'étant pas, on ne vous conseillait pas d'y venir ».

 

Mais plus intéressant encore pour le sujet qui nous concerne, les informations données par Lyon dans la même lettre sur les activités Coens :

« parce que tous les FF Cn de Lyon ayant été réunis à l'Initiation générale, il ne se tenait plus aucune assemblée des Cn ; que ce n'était pas négligence, mais devoir ; parce que l’Initiation avait fait connaître les erreurs qui s'étaient glissées dans les travaux de l'Ordre des Cxn et même le danger attaché à quelques uns des plus pratiques. Loin que l'Ordre soit aboli, me disait-on, il n'a fait que se réunir au tronc dont il s'était mal à propos détaché ; et de ce tronc il ressortira en son temps un nouvel Ordre de Cxn plus pur, plus vrai, et moins mélangé des idées humaines : le nouveau ne sera composé que de ceux qui seront élus pour cela, et qui seront pris parmi les Initiés qui seront destinés pour l’oeuvre de la onzième heure.»

 

Tout est dit : l’Ordre ne doit pas être aboli mais réformé. L’agent de cette réforme est l’Initiation, c'est-à-dire l’ensemble des révélations et communications de l’Agent Inconnu dont on saura par la suite qu’elles ne furent malheureusement pas toujours d’origine spirituelle, mais souvent très inspirées par le psychisme de l’Agent et les idées de son frère Coen, contrairement à ce que nos initiés lyonnais pouvaient espérer.

 

D’ailleurs, des doutes commencent à s’installer dans l’esprit de Willermoz dès 1786, certaines visions ne se réalisant pas et certaines considérations relatives aux Elus Coens et à la franc-maçonnerie s’avérant contestables ou erronées. De plus, une partie des communications semblent trouver leur origine dans les idées du frère de l’Agent, l’Elu Coen de Monspey, plutôt que dans des révélations célestes. Aussi, en 1788 les relations se tendent entre l’Agent Inconnu, et Willermoz. Ce dernier essaie alors de récupérer les cahiers et  archives de la société qu’il préside encore à la demande de l’Agent. Puis en 1790, suite aux dites tensions, Willermoz se voit destitué de la présidence de la Société des Initiés au profit de Paganucci. Il en garde cependant les archives. A partir de cette date il n’y aura plus de relation entre Willermoz et la famille de Monspey jusqu’en 1806 où Willermoz récupère le reste des archives et des cahiers d’instructions de Mme de Vallière avant de rompre toute relation.

 

Cependant, malgré cet éloignement relatif des travaux théurgiques causé par l’enthousiasme et le goût spiritualiste de Willermoz pour les révélations attractives de l’Agent, ce dernier ne cesse jamais de se considérer comme un Coen et continue à entretenir une correspondance avec les frères Coens proches. Cette correspondance lui permet aussi de se tenir informé des travaux de l’Ordre. Une lettre de Périsse du Luc, datée du 23 mars 1790 montre que Willermoz est toujours proche de ses frères et que la distance qu’il a prise vis-à-vis des travaux de l’Ordre n’est pas officiellement communiquée. Willermoz semble être resté très modéré et discret dans ses critiques. En effet, on peut lire :

« Il me paraît par la lettre de mon frère ou que vous avez été malade à l’eq. [lire équinoxe] ou comme je le pense, que vous en avez pris le prétexte pour vous retirer en particulier. St. Martin arrivé depuis peu de Strasbourg en a fait autant, je pense, puisqu'il a été passer ces jours là à la campagne. Je ne l'ai pas encore vu, quoique j'aie entre les mains un nouvel ouvrage de lui dont vous ne m'avez pas parlé et cependant l'ex. vient de Lyon. Il a pour titre L'Homme de Désir format in-8° et 301 paragraphes. Il me parait au coup d’oeil, n'ayant pu que le parcourir, faire beaucoup d'allusions hyérogliphiques et mystiques aux travaux des Coh... 

Jugez-le et dites-moi ce que vous en pensez. J'y ai vu de belles choses, de très obscures et mystique-poétique que l'auteur détestait grandement autrefois. Souvent il prend le ton élevé du Psalmiste et son Cantique, plus souvent encore le style apocalyptique, tout cela mêlé des tournures de la poésie  allemande d'un Klopstock et d'un Gessner par où l'on voit qu'il a pris à Strasbourg le goût du terroir. Mais qu’importe le style et la forme, si les idées en sont grandes, sublimes et instructives, et j'en ai rencontré un grand nombre de cette classe et surtout de très profondes. »[3]

 

Ainsi, bien des années plus tard, Willermoz exprimera particulièrement cet attachement aux Coens, à leur Maître Martinès, et aux travaux de l’Ordre envers lesquels il revint dans de biens meilleures dispositions après la parenthèse de l’Agent Inconnu et les troubles de la révolution. Cet attachement se lit en particulier dans une correspondance maintenant célèbre avec le Baron de Lansperg en date du 10 octobre 1821 :

« Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d’être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires [c’est-à-dire oralement] me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C’est le seul où j’ai trouvé cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

 

Willermoz évoque ici sans aucune ambiguïté son attachement au système entier, et non pas seulement à sa doctrine, système qui fut le seul dans lequel il trouva « cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. »

 

Et cet attachement est le seul motif qui l’amène, au crépuscule de sa vie et alors même qu’officiellement l’Ordre semble dissous, à recevoir de nouveaux Coens dans les différents grades. Ainsi, dans une lettre en date du 22 septembre 1813, Saltzmann (1749-1821) remercie-t-il Willermoz pour son ordination au grade de Grand Architecte :

 « Mon premier acte de gratitude et de la plus vive reconnaissance a été rendu à Celui qui a daigné bénir mon voyage et vous donner la volonté et les forces nécessaires d'opérer pour sa gloire et mon salut. Le second s'adresse à vous, mon T.C. et P. Me, qui m'avez donné une nouvelle preuve bien précieuse de votre amitié. Vous m'avez sacrifié un repos, que votre grand âge vous rend si nécessaire, et vous avez pour ainsi dire couronné votre ouvrage. Car je n'ose espérer recevoir encore davantage, et je ne dois m'occuper qu'à bien profiter de ce que j'ai reçu et d'être fortifié dans la voie dans laquelle j'ai eu le bonheur d'entrer. Mais vous ne négligerez pas ce que vous avez semé et vous nourrirez la flamme que vous avez allumée. (...)

Ne m'oubliez pas, mon T.C. et P.M. Songez à votre élève dans vos prières et aux jours et heures destinés à des travaux supérieurs. Envoyez-moi, aussitôt qu'il sera possible, ce que vous m'avez promis et battons le fer pendant qu'il est encore chaud. Ah ! s'il était possible de m'envoyer ce qui est marqué par + après les noms usités ! (...) »

Fre Saltzmann à moi W. [...] Son contentement de ce que j'ai fait pour lui à Lyon, Gd Archi. Il espère l'Invo[cation] promise. [Note de Willermoz]

 

Cette lettre est d’un intérêt majeur dans la mesure où elle nous montre également les bonnes dispositions dans lesquelles notre Coen lyonnais est revenu relativement aux travaux d’invocation qu’il ne manque pas de recommander au nouveau reçu en précisant même qu’il continue lui-même à les pratiquer !

 

Mais encore, il est vraisemblable que Saltzmann ait reçu d’autres grades postérieurement à 1813. En effet, quatre années plus tard, dans une correspondance avec le Baron Jean de Türkheim (1760-1822) en date du 16 février 1817, Saltzmann informé de l’intérêt que Türkheim porte à l’enseignement de Martines[4], conseille à ce dernier :

« Pour obtenir ce que vous semblez désirer, il faudrait faire le voyage de Lyon, pendant qu'il en est temps encore. Il est vrai que j'ay obtenu les communications. J'en ai encore reçu à mon dernier voyage de Lyon ; mais je n'ai pas le pouvoir de conférer les grades. »

 

Ainsi, en dépit d’un éloignement relatif et passager, Jean-Baptiste Willermoz resta-t-il constamment fidèle au système Coen dont il ne manqua pas de vouloir faire bénéficier tous les hommes de foi et de désir jusqu’à la fin de sa vie.

 

(à suivre)



[1] Louis-Claude de Saint-Martin, Lettres aux Du Bourg (1776-1785), publiées par Robert Amadou -  L’Initiation, Paris 1977

[2]On pourra se reporter pour plus d’information à l’excellent  article : Portraits de chanoinesses, avec de nouveaux documents sur l'Agent Inconnu 1ère partie - Françoise Hudidier in Renaissance Traditionnelle N°48 – Octobre 1981. p 258 – Tome XII

[3] Lettres de Périsse du Luc à Willermoz du 23 mars 17890 -  BML Ms5430

[4] Voir l’abondante correspondance de 1821 entre Willermoz et turkheim

Publié dans Histoire

Commenter cet article

magnétisme 07/05/2012 23:51


Bonjour,


Le Docteur Mesmer est celui qui a le plus étudié cette technique je pense. C'est grâce à ses théories que le magnétisme soit si avancé aujourd'hui.

Smaragdus 30/03/2012 18:45


Bonsoir mes chers frères,


Mon Dieu, je ne suis pas en train de contester la licéité du travail de ESH (d'ailleurs, à quel titre pourrais-je faire cela ?). Je me pose seulement des questions en Candide. Encore une
fois.


... Et j'ai les réponses, c'est çà le plus important !!


Bien fraternellement

A Tribus Liliis 30/03/2012 17:47


La mise au point d'Esh en réponse à vous-même, chère Smaragdus - que je salue fraternellement - est précise : il ne s'agit pas d'abolir Martines mais de le parfaire (pour
paraphraser les paroles du Christ). Car son oeuvre est évidemment imparfaite puisqu'inachevée. D'où des discordances entre le Traité, les rituels, les catéchismes, les instructions...


L'inspirateur de ce parachèvement est un homme dont la compétence et le caractère inspiré ne peuvent être niés : tout simplement Robert Amadou, qui a veillé sur les débuts de l'entreprise.


Voilà qui suffit à en garantir la "licéité", pour reprendre ses propres termes. 

Didier VLERICK 29/03/2012 21:58



Merci pour ces eclaircissempents qui me confortent dans l'idée que Willermoz avait une conception autre que
celle de la maçonnerie apocryphe dans son approche de la chaîne d'union.En effet, lorsqu’en  avril 1784, Jean-Baptiste Willermoz, fondateur de notre Régime Ecossais Rectifié, adhéra  à
la « Concorde », société magnétisante  de Lyon , sous les encouragements des Maçons Elus- Coên  ou  bien des Chevaliers Bienfaisants de la ville , il ne faisait que céder
à une mode qui avait déjà conquit Paris , et gagnait toute la France.La « Concorde » était un cercle au mode de
fonctionnement analogue à celui d’ une loge maçonnique (on faisait prêter serment de ne rien révéler sur les résultats des expériences qui s’y déroulaient) ; Elle était dirigée par le
chirurgien Dutrech, et la quasi totalité des membres de cette Loge étaient  également maçons dans une loge rectifiée. Le succès rencontré à Lyon par le magnétisme était dû essentiellement au fait que les médecins
magnétiseurs étaient également maçons rectifiés et que la pratique des uns alimentaient, voire confortait la doctrine des autres.Ce magnétisme, tout animal, était importé par le viennois Franz
Anton Mesmer  appuyé par Jussieu, et se proposait
, « , de rétablir l’harmonie primitive qui régnait entre l’homme et l’univers. Le postulat de base était celui de Cornélius Agrippa : « l’homme a tout en lui, le poids , la mesure,
le nombre, le mouvement, les éléments et l’harmonie. Ces magnétiseurs parlaient d’un fluide universellement répandu, d’une influence mutuelle entre les corps célestes et les corps animés,
d’effets alternatifs qui peuvent être considérés comme un flux et un reflux. Ce langage était analogue à celui que proposaient les martinistes  disciples  de  Martinez de Pasqualy , le père spirituel et initiateur de
Willermoz, tout comme de Louis Claude de Saint- Martin, à la seule exception  près que ce magnétisme-là, chez Mesmer était tout animal*. Mais une unité de vue cependant s’en dégageait, et tenue dans les propos de
l’occultiste Court de Gibelin : « Dépouillons-nous de l’homme physique de Paracelse , qui tire son origine d’Adam, pour n ’obéir qu’à l’homme invisible et céleste qui lui la tire
des astres . « Saint-Martin devient le vingt-septième membre de la Société de l'Harmonie le 4 février 1784 mais s'éloigne progressivement de Mesmer dont il regrette l'insistance matérialiste sur l'action du fluide. Certains
spiritualistes prétendent agir directement sur le patient, sans l'influence d'un fluide, par la volonté et la prière. D'autres considèrent que les magnétisés entrent en contact avec des entités
supra-humaines. Ces théosophes magnétiseurs lyonnais travaillent avec des femmes somnambules qui sont censées avoir un contact privilégié aux mystères célestes. Parmi ces femmes, on trouve Jeanne
Rochette ou Marie-Louise de Vallière de Montspey. Au-delà des polémiques avec les psychofluidistes, on sait que Puységur a fréquenté ces milieux, notamment par l'intermédiaire de la loge maçonnique « La Candeur de Strasbourg » à laquelle il
appartenait avec ses frères et dont le rituel s'inspirait de celui qu'avait insitué. Jean-Baptiste Willermoz,. En outre, Pasqually mettait comme Puységur l'accent sur l'importance de la
volonté dans la cure magnétique. Lorsque Mesmer quitte Paris en
1785 la pratique du magnétisme animal, en plein essor malgré les interdits de la faculté, est représentée par trois courants principaux:



Les mesmériens proprement dits, qui expliquent les modifications physiologiques et
psychiques suscitées par la magnétisation en mettant l'accent sur la circulation du fluide. Leur conception dominante, résolument physicaliste et matérialiste, est proche de celles de médecins
qui, tel Désiré Pététin, préfèrent parler d'« électricité vitale ».




Les psychofluidistes, qui considèrent la volonté comme l'agent véritable de l'action
magnétique mais gardent l'hypothèse d'un fluide comme vecteur de cette volonté. Les théoriciens de ce courant, qui se réclament de la raison, estiment que le somnambulisme dévoile les
puissances latentes de l'âme.




Les spiritualistes, apparentés à une branche mystique de lafranc-maçonnerie. Les uns
pensent agir sur leurs malades directement par la volonté et la prière, d'autres considèrent que lors de leurs transes, les magnétisés entrent en contact avec des anges, des esprits.



Après la Restauration émerge le courant de ceux que l'on a appelé les imaginationnistes,
pour qui ni la volonté du magnétiseur, ni un quelconque fluide n'interviennent. Pour eux, le magnétisme ne fait que libérer des puissances internes au sujet, les puissances de l'imagination, qui
sont susceptibles de modifier de façon impressionnante la totalité psycho-organique de ce dernier ».( Sources Wikipedia).


C’est donc au 18eme siècle, à la suite des expériences de Franz Anton  Mesmer, qu’on déduisit qu’un
fluide  passait d’un participant à un autre, créant ainsi ce qu’on appelle un «égrégore ». Ce terme , qui veut désigner  la cohésion intime d’un groupe , est
d’origine occultiste et s ’ immisçât  dans le compagnonnage par le truchement de la Franc-Maçonnerie. Jean-Baptiste Willermoz a rédigé sous forme de rituels avec tableaux, emblêmes,
hiéroglyphes et Instructions  le principe même de la création de l’Univers, de la place de l’Homme en son sein, de la place qu’il n’a su et  pu tenir ,du drame qui s’en est suivi, et ce
par étape, par grade ;  « L’homme être intellectuel, spirituel est une émanation directe et immédiate de la Divinité , dont il est l ‘image et la ressemblance. Comme elle, il
pense, il veut , il agit et son action  produit des résultats ».Cette création se résume d’une manière ternaire par une pensée , une volonté (un désir divin), puis par
une action. Willermoz poursuit :« Nous trouvons dans la matière&nbs

Smaragdus 29/03/2012 20:16


Bonsoir mon frère,


En lisant ces deux premiers billets (mais peut-être le troisème résoudra-t-il l'ensemble ?) je me pose finalement cette question : Pourquoi chercher absolument une rectification de la doctrine
léguée par Pasqually ? En a-t-elle vraiment besoin ? Et a-t-elle vraiment fini de livrer tous les arcanes qu'elle contient ?  Honnêtement, je n'en suis pas sûre.


Encore une fois, je n'ai pas votre approche d'historien et le Traité, je l'ai lu avec les yeux et le coeur d'un enfant. Pour ce qu'il disait, et seulement pour cela. Aujourd'hui, au travers de ce
vous écrivez, je me rends compte combien l'intégrité de cette oeuvre est puissante et ne se laisse pas entamer par les hommes malgré les différentes tentatives (et celle de l'Agent Inconnu est
particulièrement caractéristique); ces tentatives fussent-elles bien ou mal intentionnées, du reste.


A Tribus Liliis m'avait conseillé, il y a quelques temps, la lecture d'un livre remarquable "Lecture chrétienne de la Bible" de Dom Célestin Charrier. Dans cet ouvrage, il est fait à un moment
allusion à l'Oeuvre de l'Esprit et à la distinction entre révélation et inspiration dans les termes suivants : "L'idée de révélation est, en soi, intellectuelle : elle implique une communication
de vérité cachée. L'inspiration, au contraire, est du domaine des réalisations effectives. Elle traduit en acte une intuition intellectuelle. (...) La révélation dans la Bible est la
communication de la Vérité proprement divine, c'est son contenu de Vérité révélée, c'est la manifestation de la Pensée éternelle de Dieu et la communication intellectuelle de son Fils.
L'inspiration biblique désigne, au contraire, l'Action divine par laquelle cette Vérité est proférée et rendue perceptible aux hommes. Elle relève de l'Agir divin. Elle est la communication
vitale de son Esprit. (...) Dieu est l'auteur principal de l'Ecriture, parce qu'il en a assumé la responsabilité. Cependant, l'écrivain sacré est également auteur au sens plein du mot car il a
collaboré intrinsèquement à cette action par une activité humaine normale dont Dieu s'est servi comme d'un instrument".


Pour ma part, je pense que Pasqually a été en quelque sorte (et plus ou moins consciemment) un "écrivain sacré". Ce qui est remarquable dans le Traité, c'est qu'il est justement inclassable dans
sa totalité dans une structuration intellectuelle humaine. Il y a toujours quelque chose qui nous échappe, qui ne rentre pas dans le "bon tiroir" et qui semble soumis à une volonté et à un plan
supérieurs qui ont même sans doute dépassé Pasqually lui-même (alors que dire de ses disciples).


Le Traité m'a souvent paru comme un creuset dans lequel Pasqually a fondu son propre "métal" et a "touché de près" une trame noble tissée de gnose, de christianisme primitif (je préfère dire
"primordial" d'ailleurs, çà fait moins "bête des cavernes"), d'alchimie et de kabbale juive. Non seulement parce qu'il portait tout cela en lui mais également parce qu'il avait sans doute été
jugé capable de rendre perceptible le message de vérité contenu dans ces quatre courants-là. 


Une sorte de "polyglotte" en somme contraint de créer un langage à part pour pouvoir tout restitué, langage que nous n'avons vraisemblablement pas fini de comprendre.


Du coup, n'y a-t-il pas danger si on diminue une "racine lingustique" au profit d'une autre de perdre l'essence même du message d'origine ?


Bien fraternellement.

Esh494 30/03/2012 09:19



Bonjour ma soeur,


Merci beaucoup pour votre message qui soulève fort heureusement des points essentiels. Tout d'abord sachez que je ne pose aucunement en historien - je n'en ai pas le goût - mais évoque seulement
l'histoire quand elle permet de mieux comprendre le présent. Mon inclination, et vous l'aurez noté au travers des précédents billets, va plutôt vers la spiritualité martinésiste et son exégèse.


Les tentatives de rectification ou de réforme peuvent à mon sens avoir 3 origines : une mauvaise compréhension de la pensée et de l'intention, pire une volonté destructrice et une manipulation ou
plus simplement un besoin d'achèvement de la pensée ou de complément lié à des découvertes et évolutions qui loin de contredire ou rejeter la pensée initiale permettent de la préciser et aussi la
rendre parfois plus juste.


Seul le dernier cas m'intéresse en la matière dans le soucis de christianisation qui est le nôtre et qui fut celui des conférenciers des Leçons de Lyon. Je laisse aux détracteurs et polémistes
les 2 autres cas.


Pourquoi christianisation me direz-vous ? Martinès exigeait - et le mot n'est pas trop fort puisqu'il exigea de certains protestants leur conversion - exigeait donc l'appartenance à l'église
catholique et la pratique de son culte. C'est bien que sa pensée, toute inspirée je le crois aussi, s'ancrait dans le christianisme et dans son sacerdoce. Seulement, du fait de ses origines et de
son éducation, son approche du christianisme était en fait un judeo-christianisme. Ceci n'a rien de criticable en soi. Mais les adaptes du 18ème s. et nous-mêmes encore ne pouvons ignorer les
évolutions apportées à la pensée primitive judeo-chrétienne par les différents Conciles. Aussi, il paraît légitime, sans pour autant trahir l'intention et la pensée de Martinès, d'apporter à sa
pensée ces éléments qui l'éclairent, la justifient et la complètent. N'oublions pas non plus que le Traité n'a jamais été achevé et qu'il aurait été peut être surprenant de lire quelle aurait été
la vision et l'exégèse du Nouveau Testament par Martinès.


Quant aux autres sources d'inspiration, kabbale (que je qualifierais plutôt de chrétienne pour Martinès), gnose (que je qualifierais plutôt de judeo-christianisme du fait de la proximité de
certaines théories entre les deux approches) et alchimie, auxquelles nous pourrions ajouter un peu d'hermétisme ou ésotérisme Rose-Croix, ceci me paraît tout à fait évident et vous avez raison de
le souligner. Mais il faut aussi souligner que pour les 2 premières cela ne pose pas de problème particulier par rapport à l'approche chrétienne (sous réserves des rectifications déjà
mentionnées) et que l'apport dans la pensée de Martinès des 2 dernières est plus discret et il est surtout prégnant dans les rituels opératoires. Et ce sont ceux-là qui posent plus
particulièrement un souci à certains qui voudraient a minima les faire rentrer dans le "moule" de la pratique religieuse commune - ce qui ne paraît pas opportun car chaque chose à sa place et
ceci peut amener des dérives dangereuses - soit simplement les éliminer. et là on ne parle plus d'une rectification mais d'une déformation voire d'une atteinte à ce qui fait l'intégrité et
l'essence même de l'Ordre Coen.


A bientôt de vous lire.