La réception de Réau+Croix : un holocauste controversé (3/3)

Publié le par Esh494

ParfumsLa réception proprement dite de Réau+Croix - nous l’avons déjà signalé dans un précédant billet – se déroule le récipiendaire étant momentanément prosterné de tout son long au centre de cercles d’expiation. Là il reçoit l’ordination par l’Esprit avec l’acceptation de La Chose, acceptation normalement manifestée lors des travaux de 3 ou 7 jours. Le sacrifice expiatoire préparatoire, dans ce contexte d’abandon et de renoncement figuré par l'état du récipiendaire, prend alors un sens beaucoup plus élevé. Si le futur Réau+Croix a pu figurer dans la cérémonie préparatoire le triple renoncement et l’agonie de Jésus-Christ à Gethsémani, allongé les bras en croix il évoque Jésus-Christ abandonnant sur la croix son esprit à l’Esprit : « Père je remets entre tes mains mon esprit » (Luc 23, 46). Et par ce renoncement et cet abandon totaux à l’Esprit se fait le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Loi. Tout est accompli.

 

Ce passage à la Loi de Grâce est alors concrétisé par la cène mystique qui vient couronner la réception de Réau+Croix, commémorant symboliquement l’ultime et seul sacrifice que tout chrétien est maintenant amené à célébrer par l’Eucharistie au sein de l’Eglise du Christ. Le rituel de réception se situe donc bien dans une dynamique d’entrée dans l’ère de la Loi de Grâce.

 

Fallait-il alors que les Elus Coens du 18ème siècle, et particulièrement les frères conférenciers du Temple de Lyon ayant œuvré à la christianisation de la doctrine de leur Très Puissant Maître, conservassent le rituel de l’holocauste tellement marqué par la tradition lévitique ?

 

Du point de vue de l’esprit résolument judéo-chrétien de Martinès peut-être. Mais nous pouvons douter de l’adhésion réelle et profonde de ses émules à cette position quand nous lisons la question posée par ces derniers dans leurs conférences lyonnaises [1] :

« Comment devons-nous offrir le sacrifice de notre corps et de notre esprit, pour qu’il puisse être agréable au Seigneur ? C’est, premièrement, quant à notre corps, de faire régner toujours sur lui notre être spirituel, pour lui faire suivre ses lois d’ordre, en évitant tous les excès des sens, pour maintenir notre sang dans un équilibre parfait et les éléments qui composent notre forme dans l’harmonie qui produit la santé du corps.

Quant à notre esprit, c’est de reconnaître sans cesse la toute-puissance de l’Eternel, sa bonté, sa sagesse et sa miséricorde infinie ; et notre néant, que nous ne pouvons sentir sans reconnaître en même temps l’entière dépendance où nous sommes de Lui et l’horreur d’en être séparés. 

C’est par l’habitude de ces sentiments et par la prière, ou le désir continuel de l’âme de se rapprocher de son principe, par l’offrande continuelle de notre volonté et de notre libre arbitre, que nous pouvons espérer de faire agréer notre sacrifice en expiation de ce que nous devons à la justice divine.»

 

Nous pensons de notre côté qu’un tout autre rituel eût pu être mis en oeuvre pour figurer – ou plutôt mettre en action – le triple sacrifice de la pensée, de la volonté et de l’action qui est le seul réel sacrifice que le Seigneur exige de tout chrétien.

 

En effet, et l’Ecriture vient le confirmer, un tout autre genre de rituel aurait pu et pourra exprimer et renforcer un tel sacrifice. Car si ce sacrifice doit être agréable à l’Eternel, il pourra être supporté par des parfums que le récipiendaire viendra porter en offrande aux trois angles de l’appartement. Ce sacrifice est bien un sacrifice d’expiation suivant l’Ancienne Loi :

« Aaron prit le brasier, comme Moïse avait dit, et courut au milieu de l'assemblée ; et voici, la plaie avait commencé parmi le peuple. Il offrit le parfum, et il fit l'expiation pour le peuple. » (Nb 16, 47-48)

 

Et de plus, pour nous chrétiens, ce sacrifice de notre volonté et de notre libre-arbitre doit s’appuyer sur la force que donne la prière : prière pour la maîtrise et la pureté de notre corps, de notre âme et de notre esprit ainsi que pour le pardon, l’absolution et la rémission de nos péchés. Les parfums dont la fumée s’élève sont alors associés à la prière du pécheur, portée par les anges et les saints qui la présentent à Notre Seigneur, comme il est dit dans l’Apocalypse :

« Un autre ange vint. Il se plaça vers l’autel, tenant un encensoir d’or. On lui donna beaucoup de parfums afin qu’il les offre, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône. La fumée des parfums monta de la main de l’ange devant Dieu avec les prières des saints. »

 

Alors devons-nous résoudre le problème posé pour un chrétien par un rituel d’holocauste aboli par le Christ en rejetant l’entièreté du cérémonial de réception, voire des rituels Coens et des pratiques de l’Ordre ?

 

Certainement pas ! Ce rituel n'a plus de raison et doit être réformé et christianisé, l’holocauste animal aboli et remplacé par une toute autre offrande. Cette abolition s’accomplit pleinement dans le dernier sacrifice humain du Dieu-Homme. Et ce sacrifice, bien qu’encore charnel aux yeux de la foule, est tout d’abord celui de la volonté de l’homme qui épouse la volonté divine ; c’est le renoncement total dans l’humilité et la prière. C’est l’offrande du parfum d’un « coeur brisé et humilié » (Ps 51, 19) que seule la prière anime désormais ; offrande qui seule permet la restauration de l’homme dans ses puissance et vertus originelles. La même Leçon de Lyon [2] nous éclaire à cet endroit :

« Quand le mineur a eu le bonheur de faire agréer son sacrifice, il se fait sur lui une jonction de l’esprit bon qui, le purifiant de toutes ses souillures, le rétablit dans sa correspondance avec les êtres spirituels divins et lui rend la faculté de faire opérer les vertus qui sont en lui aux êtres agents des facultés divines (….)

La vertu la plus nécessaire pour cet objet est l’humilité. »

 

Jean-Baptiste Willermoz ne s’y est pas trompé en composant tardivement le rituel de réception au grade de Maître Ecossais de Saint André et en y intégrant l’essentiel de la doctrine de Martinès.  Nous oserons ici un rapprochement entre ce rituel, dans son articulation et dans sa visée spirituelle et initiatique, avec le cérémonial de réception du grade terminal du système Coen dont il est en partie une mise en scène symbolique mais non opératoire.

En effet, le rituel Rectifié intègre la notion de sacrifice expiatoire mis en oeuvre par l’offrande du parfum du récipiendaire ; cet acte est même une des clés majeures de tout le rituel car c’est à compter de ce moment que le  récipiendaire est introduit dans la Nouvelle Alliance par la résurrection d’Hiram puis la vision de la Jérusalem Céleste. Ce passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance est figuré pour le Maçon Rectifié par la croix de Saint André.

 

Pour le Réau+Croix ce passage est opéré par la mort spirituelle consécutive au sacrifice et à l’abandon dans les cercles d’expiation et par la renaissance effective dans l’Esprit à l’occasion de son ordination.

 

Le calice et le pain mystique viendront alors commémorer l’instauration de cette ère nouvelle et de ces temps nouveaux ; ils sont la nouvelle manne dispensée par l’Agneau au Réau+Croix ayant fait son entrée dans le Saint des Saints où il est appelé à opérer continuellement son sacerdoce. 

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Sébastien Morgan 20/02/2012 21:38

Superbe en effet ! Mais si j'entends bien ce que vous dites, l'ordination Reau-Croix est une revivification du baptême. Car enfin, par le baptême, chaque chrétien est ordonné Prêtre (et Roi et
Prophète) ? De même, chaque chrétien par ce même baptême est entièrement lavé de ses pêchés (purification qu'il pourra réactualiser par le sacrement de la confession.) ? Dès lors, n'y a-t-il pas le
risque de considérer le rituel coën comme un "super" baptême ou comme un surajout (sorte de bonus) aux sacrements ?

En tout cas merci pour vos textes de hautes portées !

Esh494 21/02/2012 16:20



Cher Sébastien,


En effet, vous avez raison, par le sacrement du baptême chaque chrétien bénéficie du rétablissement de son caractère de prêtre par la grâce de l'Esprit-Saint qui lui est conféré. Il reçoit
sacramentellement un influx divin, une marque d'élection divine. Pierre en parle magnifiquement en ces mots : "Vous au contraire, vous êtes un peupme choisi, des prêtres royaux, une nation
sainte, un peuple racheté (...)" (1 Pierre2, 9)


Mais de quel sacerdoce devient-il prêtre ? Le baptisé et le chrismé (confirmé) reçoivent, par l'effusion de l'Esprit-Saint, l'illumination et les forces nécessaires aux scrifices qu'en tant que
prêtres sacrificateurs, ils doivent opérer continuellement de leur volonté ainsi qu'à l'acte d'adoration continuelle auquel ils doivent se livrer. Là est le sacerdoce des baptisés.


L'ordination Coen est de tout autre nature. L'ordination c'est tout d'abord remettre en ordre c'est à dire dans les principes, vertus et puissances originelles qui permettent à l'homme de
redevenir un Réau, homme fort devant Dieu et par Dieu, en capacité de remplir toutes les exigences du culte primitif qui était le sien. Le Réau+ est donc sacerdoce de ce culte primitif qui fut
instauré de façon matérielle après la chute - alors qu'il n'était originellement que spirituel - ce qui explique pourquoi le culte actuel est matériel et que les Coens s'entourent d'éléments
rituels matériels.


L'un et l'autre culte agissent de concert, le sacerdoce des baptisés et le culte d'adoration, de prière, de renoncement étant indispensable au second. indispensable est donc le sacrement reçu.


Par l'ordination le Réau+ rétabli dans ces pouvoirs originels acquiert la capacité d'exercer de nouveau le culte primitif. Je ne puis en dire plus sur la façon dont il recouvre lesdits pouvoirs,
les détails des cérémonies et leur explication n'ayant pas vocation à être exposés.


La paix soit avec vous.



A Tribus Liliis 09/12/2011 21:10

Tout simplement magnifique !

Esch, vous étiez vraiment inspiré par le feu de l'Esprit-Saint !

J'admire et me tais...