La réception de Réau+Croix : un holocauste controversé (2/3)

Publié le par Esh494

Seraphim04.jpgSuivant le rituel préparatoire à la réception de Réau+Croix, l’holocauste est opéré selon trois feux consumant trois parties distinctes de la tête de l’animal :

·         Le sacrifice de la cervelle qui symbolise l’esprit qui peut pécher en se détournant de l’Eternel et se refuse ainsi à la jonction que l’esprit bon compagnon désire ardemment faire avec le mineur. La cervelle est aussi l’organe de la pensée par lequel peuvent s’introduire les intellects mauvais qui viendront envahir le cœur.

·         L’holocauste de la langue qui porte la parole qui exprime la pensée ou les élans du cœur et transmet nos intentions bonnes ou mauvaises. La langue qui est une arme à double tranchant, raison pour laquelle la langue se présente sous la forme d’une lame double. La parole peut ainsi être proférée pour le bien ou pour le mal, pour ou contre notre prochain.

·    Et le reste de la tête dont il est dit dans les Leçons de Lyon qu’elle représente le principe de vie corporelle[1] avec en particulier les yeux qui apportent à tout l’être la lumière matérielle et qui permettent ainsi de diriger l’action. Ce principe de vie corporelle qui sous les élans désordonnés de nos sens entraîne la souillure de notre corps et qui sous l’emprise des passions, dont il est parfois l’esclave, vient salir notre âme sensible.

 

Par ce « triple holocauste » le commandeur d’Orient, apprenti Réau+Croix, fait le triple sacrifice de sa pensée, de sa volonté et de son action individuelle pour se soumettre à la volonté divine et vivre ainsi suivant les plans divins. Il opère ainsi dans cette même opération la purification de son corps, de son âme et de son esprit.

 

Enfin, les bénéfices attendus par cet holocauste d’expiation sont figurés par les 3 grains de sel jetés par le récipiendaire dans chaque feu. Ce sel opère de plusieurs façons suivant différents aspects symboliques.

Il opère pour la purification de celui qui le jette ainsi que l’Ecriture en témoigne : « Il alla vers la source d'eau, y jeta du sel et annonça: «Voici ce que dit l'Eternel: Je rends cette eau saine et il n'en proviendra plus ni mort ni stérilité. » ( 2Rois 2, 21).

Il opère aussi pour le renouvellement de l’Alliance avec l’Eternel suivant cet autre passage de l’Ecriture : « Tu mettras du sel sur toutes tes offrandes. Tu ne laisseras pas ton offrande manquer de sel, signe de l'alliance de ton Dieu. Sur toutes tes offrandes tu mettras du sel. » (Lev 2, 13).

Et nous chrétiens lisons que chacune de ces actions bénéfiques en faveur de l’opérant est portée par la sainte et indivisible Trinité agissant à l’unisson et représentée symboliquement par l’action des 3 grains de sel.

 

Mais il est un autre aspect, plus révélateur encore de l’action attendue lors de l’ordination, qui est ici figuré par le sel. En effet, dans l’Evangile nous pouvons lire ces paroles du Christ se rapportant à la vie du chrétien : « En effet, tout homme sera salé de feu et tout sacrifice sera salé de sel. Le sel est une bonne chose, mais s’il perd sa saveur, avec quoi la lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres. » (Mc 9, 51). Le sel jeté dans le feu est ainsi annonciateur de la promesse du Christ. La purification et l’alliance ultime se font par l’Esprit Saint dont le feu vient vivifier l’âme et l’esprit du chrétien, agissant ainsi comme le sel. Il donne à chacun le goût à la vie dans le Christ et vient relever la médiocrité de notre vie terrestre, vie d’expiation par l’illumination.

 

En dépit des aspects résolument chrétiens que nous avons mis en avant, le sacrifice expiatoire du rituel Coen reste cependant porté - nul ne peut le contester - par un rituel résolument vétéro-testamentaire car le Commandeur d’Orient n’est pas encore passé de l’Ancienne à la Nouvelle Loi. C’est par son ordination de Réau+Croix qu’il passera à la Loi Nouvelle, Loi de Grâce qui abolit les holocaustes selon le psaume « Si tu avais voulu des sacrifices, je t’en aurais offert, mais tu ne prends pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices agréables à Dieu, c’est un esprit brisé. O Dieu tu ne dédaignes pas un cœur brisé et humilié. » (Ps 51 18-19) ; et cette loi d’amour donne comme ultime victime propitiatoire Notre Seigneur Jésus-Christ qui est tout à la fois sacrificateur et sacrifié.

 

Les travaux de 3 ou 7 jours qui succèdent à cette cérémonie préparatoire, et précèdent l’ordination, doivent quant à eux procurer les signes effectifs du résultat de l’opération expiatoire. Ils doivent apporter la confirmation de la réconciliation du récipiendaire par la jonction manifestée de son bon esprit gardien. J-B Willermoz fait allusion à cette manifestation dans le rituel de réception au 4ème grade du Rite Ecossais Rectifié dans cette demande préalable à la prière de clôture : « Mes Frères, rendons grâce à l’Etre Suprême des faveurs signalées qu’il nous a accordées ». Nous reviendrons plus tard sur ce parallèle avec le grade de Maître Ecossais de Saint André du RER.

 

(à suivre)

 


[1] R. Amadou, Les Leçons de Lyon aux Elus Coëns, Dervy 1999 – Leçon N° 78 SM/A du 11 novembre 1775

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Jacques-André 06/02/2012 15:30

Bonjour,
Je suis très impressionné par votre travail,j'ai été reçu dans l'ensemble des degrés symboliques coêns sans avoir reçu ce type d'approches spirituelles. J'en suis heureux car avant d'aborder le
Porche et la suite du parcours il est impossible d'échapper à un réel travail d'intériorisation et de transmutation ontologique.
Je suis également heureux de constater qu'il est possible de recevoir des commentaires tels que ceux de notre BAS Saint Martinienne. Je suis également dans cette mouvance qui peut être en
contradiction avec une démarche coêns beaucoup plus théurgique. Je suis d'accord sur le fait que la Voie sèche ne permets aucun compromis.
Merci pour cet intéressant partage.

Esh494 08/02/2012 12:26



Cher Jacques-André,


Il est certain quez la démarche Coens ne se satisfait pas du seul travail d'étude doctrinal pou de réception d'ordination qui, sans un réel travail intérieur, resteraient sans effet. Comme je me
plais à le dire, nous sommes plus dans un système de grâces que dans un système de grades. Le grade ne donne pas autorité à faire, il donneun potentiel à réaliser par son travail. L'ordination
n'est rien si l'on n'en fait rien.


Il n'y apas à mon sens de contradiction avec une démarche saint-martinienne intérieure : les deux voies coexistent et font appels à des travaux parfois similaires, parfois différentes. Le Nouvel
Homme est une très bonne illustration de cela quand Saint-Martin parle de l'holocauste qui est celle de la passion du Christ qui doirt se réaliser en chacun et réveiller en chacun l'holocauste de
ses propres passions, volontés pour s'abandoonner à celui qui vient nous habiter.


Les voies de la réconciliation sont multiples et la théurgie ne s'oppose en rien à la voie saint-martinienne. Seul le lieu de son expression diffère. mais si l'Esprit souffle où il veut, quand il
veut, l'ange se manifeste aussi à sa propres guise suivant l'appel de l'homme et la volonté du Christ qui est le grand chef des légions angéliques.


Amitiés fraternelles à vous et à bientôt.


 


 



Smaragdus 05/12/2011 20:18

Bonsoir mon frère,

J'ai trouvé cette seconde partie splendide de clarté !

Vous l'avouerais-je, moi qui ne suis ni du RER, ni CBCS (juste une simple "Saint Martinienne" en chemin - et tant mieux d'ailleurs car je me trouve de facto en dehors de toute querelle de clocher),
je découvre des rituels d'une beauté époustouflante et d'une portée symbolique sans égal.
Merci infiniment pour ce partage.

Pour ma part, j'y vois encore une empreinte alchimique très prononcée (mais je ne suis sans doute pas très objective en disant cela). Ce qui est décrit là, c'est la voie sèche : la plus pentue, la
plus difficile. La plus dangereuse aussi car elle ne souffre d'aucune trahison ni d'aucun mensonge.

La triplicité des feux, puis des travaux des 3 jours (intégration de la tri-unité divine dans le coeur du postulant j'imagine ?), puis les travaux des 7 jours (requête des 7 dons de l'Esprit ?)
m'interpellent.
Même dans le feu vulgaire ou feu ordinaire, il existe une triple hiérarchie des couleurs de la flamme indiquant une triple "propriété" : la flamme bleue, crépusculaire qui consume et détruit, la
flamme rougeoyante qui réchauffe (et nombreux sont les alchimistes qui considèrent d'ailleurs la chaleur comme un élément à part entière) et la flamme jaune/blanche qui éclaire.
Ce n'est donc qu'à la troisième partie du feu ordinaire (la plus élevée du reste) que commence à se deviner la vertu et la puissance spécifiques d'un autre feu. Le feu de l'Esprit.

Vraiment, votre texte est magnifique (et le choix du séraphin ne l'est pas moins).
Et je crois bien qu'il n'a pas encore fini de me parler.

Bien fraternellement.

Esh494 05/12/2011 22:43



Ma chère sœur je suis heureux que ce texte vous parle et vous permette de découvrir une autre vision, vivante et vivifiante, du martinésisme. C'est tout là l'objectif final de cette oeuvre de
christianisation que nous avons souhaité continuer à la suite de nos Maîtres du 18e siècle et de leurs conférences lyonnaises. Puisse l'Esprit encourager et nourrir ce travail.Merci aussi pour
votre éclairage alchimique qui vient enrichir ces propos. Amitiés fraternelles.