Du sens profond de l'invocation théurgique (3/3)

Publié le par Esh494

Francesco_Botticini_-_I_tre_Arcangeli_e_Tobias.jpgLa réconciliation ayant été obtenue et l’image divine de l’opérant ayant été restaurée, ce dernier s’est alors vu remis dans un état de relative ressemblance avec son créateur, et a ainsi pu se fortifier dans la foi et persévérer dans son combat continuel contre les tentatives de corruption incessantes des esprits démoniaques qui visent par son enveloppe corporelle à atteindre le mineur spirituel qui l’habite en tant que temple de l’esprit. Il a pour se faire rejeté ces esprits de prévarication au plus profond des abîmes, condamnant leur action maléfique, et demandant leur dispersion, c’est à dire l’anéantissement de leur puissance démoniaque.  

 

Ce n’est donc qu’au terme de ce long processus de restauration, débuté à la nouvelle lune à l’occasion de laquelle il aura préalablement procédé à un exercice d’expiation par la récitation des Psaumes pénitentiaux, que l’opérant pourra prétendre recouvrer, en guise de marque de réconciliation, les vertus et pouvoirs qui étaient originellement les siens et qui le constituaient image et ressemblance divine. Et il se sera alors écrié, s’adressant à l’Eternel :

« ô +10 accordes-moi d'invoquer dignement ton saint nom, pour que je puisse, par lui, obtenir le secours et l'assistance des esprits, ministres de tes volontés que j'invoquerai dans ce sacrifice ; que leurs vertus saintes, que leurs puissances salutaires d'onction, de persuasion, de sanctification activent utilement et efficacement sur moi, sur mes frères ici présents, et sur tous ceux pour qui nous te prions, afin qu'après avoir acquis notre réconciliation temporelle spirituelle avec Toi, comme l'obtint ton premier homme, nous obtenions aussi de ta miséricorde de recouvrer nos vertus et puissances premières, pour manifester à tout l'univers ta gloire, ta miséricorde et ta justice. Amen. »[1]

 

Alors, ainsi rétabli et fortifié il invoquera les puissances célestes, de même que ses patrons et son ange gardien, afin que ceux-ci le protègent, le guident, l’instruisent et manifestent ainsi sur lui les effets de sa réconciliation personnelle pleinement restaurée en lui communiquant par leurs intellects tout ce qui jadis faisait la grandeur et la gloire de l’homme originel.

 

Cette invocation se fera plus édifiante et exaltante selon les aptitudes et forces acquises à l’occasion de sa progression dans l’ordre et des ordinations reçues qui sont autant de portes ouvertes à l’intellect et donnant accès au royaume invisible. Ainsi, l’opérant invoquera-t-il prioritairement les esprits oeuvrant à la conservation de son être corporel mais lui apportant aussi conseil et discernement dans toutes ses actions temporelles et spirituelles dans sa vie familiale, sociale, civile, c'est-à-dire dans toutes les interactions qu’il entretient avec ce monde mais aussi pour son entretien et sa conservation temporelle. Ainsi l’opérant, encore dans un certain apprentissage de ses puissances et vertus recouvrées, invoquera-t-il en ces termes les entités angéliques et plus particulièrement son gardien :

« O toi qui m'est donné et que j'adopte de préférence pour être mon guide et mon gardien, ô viens à moi sans différer, rends-toi à mon appel, sois revêtu et muni de toute la puissance spirituelle divine, pour que je puisse en fortifier toutes mes facultés et que nos vertus et nos puissances réunies opèrent ensemble dans toutes mes oeuvres particulières et générales, tant civiles que domestiques, temporelles et spirituelles. (…) Je te conjure, ô + (le gardien), au nom du Créateur tout puissant, de me prévenir avec certitude de tous les événements heureux ou malheureux quelconques qui devront me survenir dans toutes mes entreprises temporelles et spirituelles. Suggère-moi donc toutes les précautions que je dois prendre, toutes les réflexions que je dois faire, tant pour ma conservation que pour mes besoins, dans le temporel comme dans le spirituel. Inspire-moi dans les devoirs différents que je dois remplir envers tous mes semblables, supérieurs égaux ou inférieurs. Garde-moi à vue, rends-moi confiance pour confiance, défends-moi des embûches des démons, aide-moi à les vaincre, aide-moi surtout à me vaincre moi-même, accompagne toujours ma pensée, ma volonté et mon action. »[2]

 

Puis ayant fourbi ses nouvelles armes spirituelles, et ayant été confirmé dans ses nouvelles facultés par une nouvelle ordination, l’opérant pourra par la suite invoquer de nouveau les mêmes êtres spirituels afin d’obtenir d’eux toutes les connaissances relatives à son être corporel, sensible, animal et spirituel, c'est-à-dire relatives à l’homme dans toute l’étendue de sa nature et des relations qu’il entretient intellectuellement – c'est-à-dire par les intellects qu’il reçoit – avec les entités spirituelles et avec son divin créateur. Il demandera aussi à connaître la nature des différents êtres divin, spirituels et humains afin de connaître les correspondances qui existent des uns aux autres :

« Oui +7 mon fidèle gardien, répands sur moi un rayon de ton feu divin pour qu’il m’éclaire sans cesse sur tout ce que je dois connaître de mon être corporel, de mon être animal passif et de mon être spirituel actif ! Fais-moi distinctement comprendre quels sont les cinq sens de correspondance intellectuelle que j’ai en mon pouvoir avec toi et avec le Créateur ! (…)  Sur toutes choses, +7 (esprit bon compagnon), je te conjure de me donner une parfaite connaissance de l’être divin, de l’être spirituel pur et de l’être humain (…). Je pense devant toi, ô mon guide et mon conseil, que ces trois choses que je viens de te demander doivent me donner la connaissance dont j’ai besoin pour moi et pour mes semblables de la correspondance qui existe réellement entre l’homme, l’ange et Dieu ; et que par cette connaissance non seulement je deviendrai meilleur avec ton secours, mais aussi que je pourrai plus dignement devenir l’instrument de la miséricorde du Créateur envers ses autres créatures. Amen. »[3]

 

Car déchu de sa couche glorieuse d’émancipation, l’homme doit maintenant chercher auprès des esprits, qu’il attache à lui par ses prières et ses œuvres, les instructions, connaissances et secours qu’il recevait jadis directement de son créateur, voire même qu’il possédait de façon innée. En particulier, si l’homme originel manifestait sa grandeur par sa connaissance de toute chose créée et de tous les esprits émanés qu’il dominait et commandait, ainsi que par sa faculté de lire directement les desseins divins dans la pensée de son créateur, c’est aujourd’hui auprès des entités spirituelles qui lui étaient jadis soumises qu’il doit aller quérir les connaissances élémentaires lui permettant d’approcher les vérités qu’il détenait de par sa nature originelle d’homme-dieu. En effet, étant maintenant un être dégradé, ce n’est que par l’intermédiaire d’esprits qui lui étaient jadis inférieurs, qu’il peut aujourd’hui, selon ses efforts et sa volonté propre, réacquérir ces connaissances et cette communication, mais sous une forme toute différente adaptée à sa nouvelle condition terrestre et d’homme en forme corporelle d’apparence matérielle. Aussi, c’est vers ces esprits dont il doit maintenant attendre les secours, qu’il se tourne afin de recevoir par grâce du Créateur les connaissances qu’il possédait préalablement de façon innée ou par jonction divine.

 

Ces connaissances sont de la plus haute importance pour l’opérant qui, grâce à elles, sera instruit de la manière dont il peut préserver et entretenir sa constitution temporelle qui lui permet d’opérer dans ce monde. Connaissances qui l’instruisent aussi des milieux dans lesquels il doit opérer de façon temporelle et spirituelle ; de la façon dont par ses vertus et puissances il pourra communiquer et actionner dans ces différents milieux qui sont ceux de son être corporel, sensible et spirituel ; le tout afin de rétablir sa jonction avec son créateur et accomplir ainsi sa volonté et manifester sa toute puissance sur l’ensemble de la création qu’il doit amener à la restauration. Ainsi, le Coen ayant enfin reçu la plénitude des ordinations invoquera ces puissances spirituelles bienfaisantes en disant :

« Je m'adresse aussi particulièrement et nommément à vous, esprits qui êtes chargés par l'Eternel, de veiller à la formation, à l'entretien et à la succession des parties qui constituent mon corps matériel ; je vous conjure par le même nom puissant du Dieu Créateur et première cause de tout ce qui apparaît +10, de venir au secours de ma forme corporelle matérielle toutes les fois qu'elle sera en danger d'une dissolution prématurée, toutes les fois que quelqu'une de ses parties perdra l'envie et l'équilibre établi pour sa durée, et toutes les fois que je vous appellerai pour rétablir et réparer le dérangement de ma santé. (…).

Je m'adresse aussi particulièrement et nommément à toi +11 (son gardien) pour que, suivant l'ordre que tu en as reçu de l'Eternel, tu sois toujours mon appui, mon guide, et mon conseil et que tu fasses jonction avec moi, en imprimant sur moi le caractère sacré de ton intellect, afin que conduit par lui je puisse désormais retenir impression et profiter des instructions salutaires que je te demande par mon intention et ma parole. (…) ô +11 mon véritable prochain, je te conjure par la quatriple essence divine de répandre en moi un rayon de ton feu puissant et intelligible, qui m'éclaire et me fasse comprendre parfaitement tout ce que je suis dans mon être corporel matériel, dans mon être sensitif temporel, et dans mon être spirituel éternel ; et quels sont les moyens de correspondance intellectuelle que j'ai à mon pouvoir avec toi, et par toi avec les autres êtres et avec l'Eternel ; marche toujours devant moi et avec moi jusqu’à ma parfaite réintégration dans le sein de mon créateur (…).

Je m'adresse aussi particulièrement et nommément à vous, esprits dégagés des liens de la matière, ô +++ (ses patrons) qui jouissez maintenant du fruit de vos vertus et dont j'ai le bonheur, de porter les noms. Je vous conjure par ce nom que vous avez invoqué avec tant de confiance et de succès ô +10, de contribuer à mon salut éternel par vos prières et votre intercession auprès du Père des miséricordes mon Créateur, auprès du Fils mon Rédempteur et auprès du Saint-Esprit mon Sanctificateur. Obtenez pour moi les grâces, les secours, et la clémence de la divinité qui vous récompense aujourd’hui des combats que vous avez livrés dans ce séjour ou je suis encore ; faites que j'en sorte triomphant comme vous en m'assistant de vos vertus et puissances actuelles. »[4]

 

Nous remarquons, dans ce dernier extrait d’invocation, une très belle évocation de la sainte et indivisible Trinité auprès de laquelle les patrons de l’opérant sont dits devoir intercéder. Contradiction apparente d’un Martinès dont l’approche trinitaire du Traité est pour le moins hétérodoxe – et encore faudrait-il se pencher sur le sens précis de cette conception martinésienne de l’essence divine triple et quatriple et des puissances y afférent – mais qui affiche par ailleurs une parfaite orthodoxie trinitaire dans les différents travaux et prières de l’Ordre.  

 

Une fois ce travail effectué, l’opérant attendra, de la part des esprits invoqués, une confirmation de leur jonction ou de leur intercession. Cette confirmation pourra se manifester par hiéroglyphes en forme de feux,  par sons, forme humaine ou par tout autre signe de convention entre l’opérant et les entités spirituelles. La jonction de l’esprit avec l’opérant se fera quant à elle simplement de façon consciente ou inconsciente, en pensées, visions ou songes instructifs.  Mais cette même jonction se manifestera aussi sous forme de réponses aux questions de l’opérant données par l’interprétation des caractères de feu manifestés, et associés à chaque esprit, et que l’opérant devra déchiffrer et interpréter selon un alphabet spirituel dont il aura acquis la clé. Et c’est cette confirmation de la coopération des entités spirituelles à ses desseins que l’opérant demandera à la fin de son invocation :

« Donne-moi des preuves certaines de ton assistance et des instructions que je te demande sur tout ce que tu sauras m’être nécessaire ! Apprends-moi à te connaître indubitablement si tu m’apparais sous ta propre forme spirituelle ou sous une forme humaine ou bien par caractères, hiéroglyphes ou autres figures de feu, ou enfin par mon signe de convention établi avec toi pour que tu répondes en me le rendant, par ton feu de différentes couleurs, à mes désirs et à mes demandes. »[5]

 

Nous sommes ici bien loin d’une opération de magie cérémonielle. Ce qui est en effet ici demandé, ce ne sont pas des sortes de super pouvoirs donnant à l’opérant la possibilité d’un bénéfice matériel ou affectif quelconque, ou bien procurant un avantage temporel. Non, l’objet est ici beaucoup plus noble et élevé. Il ne s’agit pas moins que de réacquérir les connaissances perdues afin de pratiquer le culte qui était celui de l’homme originel afin de participer au gouvernement, à l’entretien et au rétablissement de la création dont l’homme a provoqué la chute. Mais encore, l’objet de ce travail est bien de participer au combat que livrent dans les cieux les légions angéliques face aux légions démoniaques de Satan. Combat rendu possible par la connaissance acquise des qualités de ces légions célestes et de leur rapport avec l’homme autant que par la connaissance des esprits maléfiques que l’opérant rejette dans ses exconjurations, ainsi que lors de leurs éventuelles manifestations.

 

Ayant précisé ce dessein sublime qui malheureusement fait trop souvent l’objet  d’une complète incompréhension, il nous reste à préciser un point qui apparaît habituellement sous forme de question au mieux mais plus systématiquement sous forme d’objection à la pratique invocatoire : pourquoi demander à des esprits célestes ce que l’on peut directement obtenir du Christ lui-même. Pourquoi les Coens s’adressent-il aux serviteurs alors, qu’en tant que chrétiens, ils ont accès au Maître ? Nous répondrons simplement par le saint Evangile :

« Aussitôt après, l’Esprit le [Jésus-Christ] poussa dans le désert où il demeura quarante jours et quarante nuits. Il y fut tenté par Satan ; et il était parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. » (Mc 1, 12-13)

et :

« Puis étant sorti, il [Jésus-Christ] s’en alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers ; et ses disciples le suivirent. Lorsqu’il fut arrivé en ce lieu-là, il leur dit : Priez, afin que vous ne succombiez point à la tentation. Et s’étant éloigné d’eux environ d’un jet de pierre, il se mit à genoux, et fit sa prière, en disant : ‘Mon Père ! si vous voulez, éloignez ce calice de moi ; néanmoins que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre.’ Alors il lui apparut un ange du ciel, qui vint le fortifier. Et étant tombé en agonie, il redoublait ses prières. » (Lc 22, 39-43)

 

A l’issue de cette étude, il nous paraît important de conclure en partageant ce qui nous apparaît maintenant comme une évidence : la théurgie Coën c’est tout d’abord et fondamentalement le Christ qui agit en l’homme pour la restauration de la réconciliation et sans lequel rien ne serait rendu possible.

 

[1] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[2] Invocation de Maître Coën – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[3] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[4] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[5] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

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julien 11/06/2013 22:42


pratiquer le culte qui etait celui de l homme originel.la théurgie coen c est tout d abord et fondamentalement le christ ( notre seigneur)qui agit en l homme pour la restauration de la
réconciliation et sans lequel rien ne serait possible, voilà la messe et dite.paix et amour en christ.

Esh494 12/06/2013 08:34



Tout à fait Julien. mais pour éviter toute confusion il convient parfois d'expliciter les choses et d'en commenter les effets. La notion de restauration de la réconciliation, que vous mettez en
avant fort à propos, a été quant à elle largement traitée dans le premire billet sur ce thème.


Bien à vous en Christ,


 



A Tribus Liliis 31/05/2013 22:37


Très belle leçon ! 

Pour prolonger ce qui est dit à la fin : le Saint-Esprit, slon la promesse du Christ, nous enseignera, ou, mieux dit,  nous enseigne toutes choses.

Mais le Christ ne précise pas DE QUELLE FACON. Cela peut être directement, comme à la Pentecôte ou en maintes autres occasions. Cela peut être par une lecture, en songe, par une parole d'homme,
par un message d'ange... C'est dans cette dernière catégorie que se range la méthode coen.

Merci, Esh !