Du sens profond de l'invocation théurgique (2/3)

Publié le par Esh494

Combat des angesLa réconciliation peut donc être acquise pour chaque homme, individuellement, et ce malgré les imperfections et fautes répétées, par le travail d’expiation et la demande constante de la grâce. Il nous paraît important – voire primordial - de noter que cette réconciliation est acquise, non seulement par le sacrifice du Christ sur la croix, mais que le rétablissement spirituel de l’être réconcilié se fait par l’action purificatrice, réparatrice et réconciliatrice du Saint Esprit. En effet, la réconciliation spirituelle totale du mineur spirituel n’est pas l’oeuvre seule de l’Eternel que l’opérant invoque, mais elle se réalise par la volonté du Père, agissant par son Fils et s’opérant par l’infusion de l’Esprit qui couronne l’homme réconcilié en lui rendant la plénitude de ses puissances et vertus spirituelles, comme il plut à l’Eternel de le faire avec le premier homme réconcilié, Adam ainsi que l’opérant le rappelle dans sa prière :

« Qu’il Te souvienne, ô Eternel, de la première réconciliation de ton premier maçon qui fut faite par Toi, par ton Esprit et par ton Fils ton ami chéri. »{1]

 

En cela nous pouvons dire que l’Esprit Saint est le consolateur de l’homme. Car l’Esprit Saint agit en l’homme pour l’affermir dans la voie de la réalisation de sa réconciliation. Pour ce faire, l’Esprit Saint vient apporter à l’homme la consolation de son éloignement, de son isolement spirituel en rétablissant en lui une certaine proximité avec son Créateur ; proximité qu’il trouve dans la contemplation des mystères divins auxquels l’Esprit Saint ouvre l’esprit de l’homme mais aussi dans la force qu’il confère à l’homme pour affermir sa volonté de rapprochement de son Créateur dans l’observance des préceptes et commandements de Notre Seigneur qui ouvrit la voie par son sacrifice glorieux, ainsi que dans l’étude des enseignements que ce même Fils divin est venu délivrer par sa parole divine.

 

Aussi, c’est bien à la Sainte et Indivisible Trinité que l’opérant s’adresse dans sa prière afin d’obtenir d’Elle, et pas seulement du Père, toute grâce et toute vertu :

« Ô Dieu mon créateur ô+10, ô Dieu mon sauveur, ô+8, ô Dieu mon conservateur ô+7, je te réclame fermement pour que nous soyons ordonnés en qualité de tes vrais élus par tes agents divins ; laisse tomber sur nous un rayon de ta Grâce ; appliques sur nous les mérites efficaces du sacrifice que t'offre sans cesse ton fils adorable (…) »[2]

 

Car c‘est bien la Trinité qui agit, lave et donne sous les auspices et par la volonté du Père, Qui pourvoit par amour au bien de sa créature en sacrifiant son Fils incarné et en envoyant son Esprit sur l’homme réconcilié par ledit sacrifice.

 

Mais, demandera-t-on, que procure au juste cette réconciliation du point de vue de l’opérant ? Quels sont ses effets ?

 

Pour répondre à ces questions, continuons notre exploration au sein des différentes invocations que propose l’Ordre :

« Ô Eternel tout puissant à qui je dois mon être spirituel et mon être corporel, ma pensée, ma volonté, mon action et ma parole ; aide-moi, par ta bonté infinie, à me convaincre fermement que je vis en Toi comme étant en Toi-même ; que je suis l’image et la ressemblance réelle de tes vertus et puissances ; et que je suis véritablement un chef principal de toutes tes œuvres »[3]

 

Que confère donc la réconciliation ? l’image et la ressemblance ! Oui, la réconciliation restaure l’image dégradée et rétablit une certaine ressemblance qui ne pourra être parfaite que lors de la déification qui suivra la résurrection consécutive au second Avènement de Notre Seigneur.

 

Que produit alors cette restauration de l’image et de la ressemblance ? elle remet l’homme en possession totale de ses vertus et puissances originelles ; elle produit dès ce monde hic et nunc la réintégration de l’homme dans ses vertus et puissances spirituelles divines qui sont inhérentes au titre glorieux que le qualificatif « d’image et ressemblance » lui confère. Ainsi, l’opérant peut-il s’exclamer :

« Qu'il Te plaise, ô Eternel, par ta pure miséricorde, remettre à ton homme repentant, contrit et humilié, les dons et les vertus dont Tu l’avais comblé en l'émancipant de ton immensité divine ; remets-moi dans mon premier état de justice devant Toi. Malgré toute la dégradation que j'éprouve par ma faute, ô Dieu mon Père et mon Créateur, je suis toujours ton image en vertu, ta ressemblance en puissance et le seul objet de tout ce qui a été fait par Toi. »[4]

 

Pour obtenir cette réconciliation et cette restauration, l’opérant aura dû reconnaître ses écarts et il aura dû demander le pardon de ses fautes afin que cette réconciliation puisse agir pleinement et entièrement dans un cœur contrit, humilié et purifié par la contrition :

«Prends pitié des maux terribles qui assiègent mon être corporel et mon être spirituel ! Mais, ô mon Dieu, que ta volonté soit faite. Je sais que ces maux me rappellent à mon premier principe, à ma première soumission et à ma première vertu et me font connaître toute la justice de tes jugements dans la privation où tu m’as mis de ma puissance et de ta présence, à cause du peu de cas et d’exactitude que j’ai eu dans l’exécution des lois que tu avais attachées au bonheur de mon état originaire. Ô Dieu vivifiant +10, remets mon âme repentante dans son premier état d’innocence et de fidélité envers toi ; je suis par elle ton image et ta ressemblance, rends-moi toutes les vertus et puissances attachées à ce titre glorieux ! Entends mes cris et mes gémissements, dissipe les dangers auxquels je suis exposé et que je ne puis éviter que par ton secours divin. X Dieu vengeur et rémunérateur, ne perds donc pas de vue celui pour qui Tu as tout fait, ne le laisse pas tomber sans ressource ! Remets à ton homme contrit et humilié devant Toi, tout ce qu’il T’avait plu de lui donner pour le fortifier, le soutenir et le conduire dans toutes ses oeuvres temporelles et spirituelles qu’il devait opérer pour ta plus grande gloire. »[5]

La demande ne peut être plus claire et insistante, l’aspiration plus fervente.

 

L’opérant ainsi remis en plénitude de tous ses droits et pouvoirs agira alors, non pas pour, mais parce que. Il ne demandera pas d’obtenir la réconciliation, mais rappellera les droits et pouvoirs qu’elle lui confère parce qu’il sait l’avoir déjà obtenue. C’est pourquoi il proclamera avec assurance :

« Ô Dieu clément et miséricordieux, je puis me dire maintenant ton fils, puisque je me crois parfaitement purifié par Toi. Oui, je le suis parce que je l’ai désiré sincèrement et que Tu me l’as accordé d’après tes promesses immuables et j’atteste les cieux et tous leurs habitants de me reconnaître pour tel. Ô mon Père, ô mon Créateur, je suis donc enfin remis par ta pure volonté dans ce premier état de vertu et de puissance dont j’avais été déchu. »[6]

 

Nous le voyons donc, chaque Coen cherchera par ses opérations à bénéficier, dès cette vie et dans ce monde, de tous les bienfaits que la réconciliation acquise peut apporter. Et ce n’est donc pas à la quête de preuves de sa réconciliation que le Coen travaillera, sachant qu’elle lui est déjà acquise et qu’il ne tient qu’à lui de la rendre effective en puissance par la réconciliation opérée sur la nature humaine et surtout de la conserver par ses actes et une contrition régulière. Mais le Coen travaillera plutôt à obtenir la plénitude des bienfaits qu’il peut espérer du fait de ladite réconciliation et qui lui ouvrira des horizons infinis. Bienfaits dont il demandera par son travail opératoire, nous l’allons voir, la manifestation sensible ou spirituelle.

 

Et c’est ainsi qu’affermi dans l’espérance d’avoir été gratifié de nouveau des puissances et vertus originelles qui faisaient de lui un homme-dieu, que l’opérant se livrera au travail qui était le sien à l’origine des temps, qui ne doit jamais cesser de l’être, mais qu’il ne peut accomplir que par la grâce de la restauration de son image et de sa ressemblance.   

 

Ce travail commence par la molestation des esprits de prévarication qui ne cessent d’attaquer sa forme corporelle afin d’atteindre par son âme son être spirituel. Ce sont ces esprits maléfiques, agents du Prince de ce monde, qu’il doit combattre et repousser afin de préserver son intégrité retrouvée et protéger de même toute la création en proie à leurs influences néfastes. Et pour cela, c’est avec la plus grande prudence, mais aussi la plus ferme conviction de son rétablissement, qu’il pourra affirmer :                                      

« ô +10, Dieu de paix, fermement persuadé de ta miséricorde et de ma réconciliation avec Toi, j'ose maintenant me croire ton fils spirituel, ta créature purifiée et remise en son premier état de vertu et de puissance ; j'ose me présenter comme tel aux cieux, à la terre et aux abîmes et à tous les êtres qui y habitent; et en cette qualité par ton nom saint et redoutable, ô +10, je maudis et abjure Satan et tous ses adhérents. "[7]

 

Cette molestation consistant à contenir l’action des agents maléfiques dans les bornes de l’univers matériel temporel, et ainsi de les priver de toute proximité divine, de toute participation à la félicité, et de toute atteinte aux cieux surcélestes, fut une des missions confiée originellement à Adam par l’Eternel lors de son émancipation. Et, les décrets divins étant immuables, cette responsabilité n’a pas été retirée à l’homme du fait de sa chute car c’est maintenant dans ce monde qu’elle doit s’exercer. C’est pourquoi tout Coen réconcilié, Adam terrestre rétabli par l’Adam Céleste, doit continuer ici-bas ce combat, en parfaite harmonie avec les légions angéliques qui agissent de concert dans les cieux. C’est donc bien à une participation à ce grand combat qui se déploie sur la terre et dans le ciel, que le Coen doit se vouer avec les armes des puissances et vertus qu’il a pu recouvrer par sa réconciliation. Et c’est ainsi qu’il pourra alors s’exclamer :

« Je suis enfin remis, ô Eternel, Dieu d'Ismaël, par ta volonté immuable, à mon premier état de vertu et de puissance invincibles. Fuyez loin de moi, immondes, iniques et pervers persécuteurs et tentateurs de l'homme-Dieu de la terre, à qui l'Eternel a remis toutes vertus et puissances contre vous tous. Je commande que vous soyez dissipés de devant moi par ma propre parole et volonté divine ainsi que la poussière l'est par les vents les plus impétueux. Soyez éternellement confondus par moi et par ceux qui ont le même pouvoir que moi, de même que le plus petit grain de sel le serait dans les plus profonds abîmes de la mer. Ainsi soit fait, de par l'Eternel, que je l'ai prononcé. Amen. » [8]

Mais ce combat ne pourra pas se faire seul. L’opérant devra le faire avec le soutien de son gardien, de son bon compagnon, qui non seulement viendra l’affermir dans cette épreuve mais aussi par son soutien et sa protection combattra à ses côtés en le fortifiant dans ses vertus. C’est pourquoi dans ses prières journalières, le Coen demandera à son bon compagnon :

« Ô toi, bon compagnon, esprit divin de force de sagesse et de lumière. Etre puissant avec lequel je cherche de faire la jonction la plus intime, je t’appelle et t’invoque. Viens à mon aide ; conduis-moi pendant toute cette journée dans la voie du salut ; anime-moi de ce divin amour dont tu es embrasé ; donne-moi les armes nécessaires pour vaincre mes ennemis spirituels ; guide mes pas dans la vérité. Je m’abandonne avec la plus grande confiance à ta direction. Amen. »

 

Ce combat, qui est une des grandes œuvres du Coen, est fondamental. Car en repoussant le Malin et ses légions, il se protègera non seulement lui des attaques de ces êtres pervers et maléfiques, mais par leur rejet, opéré au centre des circonférences qui figurent à la création universelle, il protègera l’ensemble de cette création de la corruption à laquelle elle est  confrontée de par l’action et la traction que les esprits de prévarication opèrent sur elle en attaquant les esprits ternaires inférieurs qui opèrent à son entretien et à sa conservation. Car si les esprits angéliques septénaires et octénaires supérieurs viennent dans ce combat appuyer l’homme en luttant à ses côtés, de son côté l’homme a pour responsabilité de protéger les agents inférieurs de la création en éloignant d’eux les esprits maléfiques, précipitant ces derniers par sa volonté et son action, au fond des abîmes des ténèbres. Il s’agit alors bien d’un combat célestiel auquel l’opérant se livre de toutes ses forces recouvrées, par ses vertus et puissances, combat célestiel qui fait véritablement de lui un Chevalier Maçon Elu Coen de l’Univers, c’est à dire un Chevalier constructeur, élu par l’Eternel, par les ordinations et l’assentiment de La Chose, comme prêtre pour la restauration de l’univers.



[1] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[2] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[3] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[4] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[5] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[6] Ibidem

[7] Ibidem

[8] Ibidem

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