Du sens profond de l'invocation théurgique (1/3)

Publié le par Esh494

téléchargementIl est fréquent de lire ci ou là, en considération de l’oeuvre de rédemption opérée par Notre Seigneur Jésus-Christ, que les travaux des Elus Coens sont rendus inutiles par l’institution de la Nouvelle Alliance. Que les travaux de réconciliation opérés par les frères des Ordres Coens s’adonnant à des pratiques archaïques, et relevant du culte de l’Ancienne Alliance, sont au mieux dénués de tout intérêt et au pire hérétiques pour des chrétiens. Que la réconciliation ayant été définitivement opérée par le dernier sacrifice sanglant, qui fut celui de Jésus-Christ, Dieu incarné, les Coens poursuivent un objectif déjà atteint du fait d’une réconciliation déjà définitivement acquise dans ce sacrifice divin. Que les Coens ne doivent donc attendre aucune autre réconciliation, celle opérée par Dieu lui-même ne pouvant être supplantée par aucune autre. Enfin que, depuis l’incarnation du Christ, il n’est d’aucun intérêt de s’adresser aux esprits angéliques alors même que l’accès direct au Père par le Fils a été donné à tout homme baptisé.


 

Nous ne pouvons qu’exprimer notre accord avec la plupart de ces réflexions et exprimer aussi notre étonnement relativement au foisonnement de ces affirmations, voire de ces prises à parti.

 

 

En effet, en tant que chrétien, nous ne pouvons – ni ne souhaitons - nier l’œuvre de réconciliation qui fut définitivement et éternellement opérée par le Christ et qui opère depuis lors quotidiennement dans le monde ainsi qu’en témoigne l’apôtre :

« En effet, alors que nous étions encore sans force, Christ est mort pour des pécheurs au moment fixé. A peine mourrait-on pour un juste ; peut-être accepterait-on de mourir pour quelqu’un de bien. Mais voici comment Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. Puisque nous sommes maintenant considérés comme justes grâce à son sang, nous serons à bien plus forte raison sauvés par lui de la colère de Dieu. En effet, si nous avons été réconciliés avec Dieu grâce à la mort de son Fils lorsque nous étions ses ennemis, nous serons à bien plus forte raison sauvés par sa vie maintenant que nous sommes réconciliés. Bien plus, nous plaçons notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, par qui maintenant nous avons reçu la réconciliation. »[1]

 

 

Et cette réconciliation c’est la promesse pour l’homme du Royaume des Cieux et de la vie éternelle. C’est la réouverture pour l’homme des portes du paradis. Ainsi, ce qui avait été fermé par le premier Adam, est maintenant ouvert à l’homme par le second Adam ; ce qui avait été rendu mortel par le premier Adam, est rendu immortel par le second Adam. Ce rétablissement de l’accès au paradis est annoncé par le Christ lors même de sa crucifixion à l’un des larrons situé à ses côtés en ces mots : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ».[2] Voilà la réconciliation, celle qui permet le retour de l’enfant prodigue car grâce à elle Adam fut réhabilité et avec lui toute l’humanité. Et cette réconciliation est immédiate. Le Christ n’a pas dit, à mon retour, après mon avènement et au jugement dernier. Non, ceci est vrai dès aujourd’hui et fut réalisé par le Christ lors de sa descente aux limbes dans lesquelles il vint délivrer les Patriarches suivant ce que dit la tradition. Martinès présente cette réconciliation sous la forme de la deuxième des trois opérations que le Christ devait opérer parmi les hommes :

« Son type [d’Enoch] est celui des trois opérations distinctes que le Christ avait à faire chez les hommes pour la manifestation de la gloire divine, pour le salut des hommes et pour la molestation des démons. Ces trois opérations sont : la première qui s'est faite pour la réconciliation d'Adam, la seconde pour la réconciliation du genre humain, l'an du monde 4000 ; la troisième qui doit paraître à la fin des temps, et qui répète la première réconciliation d'Adam, en réconciliant toute sa postérité avec le Créateur, pour la plus grande mortification et pour l'humiliation du prince des démons et de ses adhérents. » (Traité, 112)

 

 

Cette réconciliation opérée durant les trois jours de sa sépulture passés dans les entrailles de la terre, nous est elle-même présentée par Martinès sous la forme de trois opérations particulières :

« Le premier jour, il descendit dans les lieux de la plus grande privation divine, appelés vulgairement les enfers, pour délivrer de la servitude horrible les mineurs marqués du sceau de la réconciliation. C'est véritablement là la première opération, puisqu'il n'était venu chez les hommes que pour opérer en nature la justice divine directement contre les ennemis du Créateur. La seconde opération du Christ fut faite en faveur des justes, que l'on nomme Saints Patriarches, qui payent encore tribut à la justice du Créateur, non pas pour avoir mené une vie criminelle, ni s'être mal conduits spirituellement, mais seulement pour purger la souillure qu'ils ont contractée par leur séjour dans une forme de matière qu'ils ont eue, et où ils sont descendus par la prévarication d'Adam, tandis qu'ils devaient habiter un corps de gloire incorruptible, selon que le Christ nous l'a montré physiquement par sa résurrection glorieuse. (…) La troisième opération du Christ fait allusion au troisième jour de sa sépulture ; et elle fut faite sur deux espèces de mineurs qui étaient plus ou moins resserrés en privation divine. (…) C'est donc, comme nous l'avons dit, à abréger le cours et les opérations des mineurs dans ces trois cercles que consiste la première substance [3] de la troisième opération du Christ, afin que ces mineurs puissent ensuite se reposer à l'ombre de leur réconciliation. La seconde substance visible aux hommes corporels consiste dans le plan qu'il leur a tracé lui-même, soit par sa résurrection, soit par sa propre instruction qu'il a laissée à ses fidèles élus par sa parole spirituelle divine. Voilà sincèrement ce que je sais et ce qui m'a été dit touchant la réconciliation faite par le Christ, réconciliation vraiment préparée par les élus justes de ce même Christ, auquel il en avait donné le premier l'exemple, ainsi que je vais le faire concevoir. » (Traité, 36-40)

 

 

C’est cette même réconciliation offerte par le Christ que les Elus Coens confessent et même « revendiquent » en demandant :

« Et pour ce je réclame le secours et l'assistance puissante du Dieu Sauveur ô +8 qui m'a réconcilié et régénéré et du Dieu Sanctificateur ô +7 par qui je puis obtenir l'exercice de mes vertus et de mes puissances spirituelles temporelles »[4]

 

 

Nous ne pouvons – ni ne voulons - non plus nous opposer à cette admirable vérité qui consiste dans la reconnaissance de la grâce infinie qui nous a été donnée de prier le Père et de contempler le Père dans son Fils et par son Fils Jésus-Christ ; et d’obtenir du Père par la Fils et l’Esprit Saint toute grâce et toute vertu par l’intermédiaire des sacrements que dispensent les ministres de l’Eglise du Christ. En effet, nous ne pouvons pas ignorer ou réfuter cela.

 

 

En revanche, ce que nous constatons dans les affirmations présentées et dans les préjugés qui les accompagnent parfois, c’est souvent une profonde incompréhension du véritable sens des travaux Coens. Car il est totalement erroné de dire que le but des travaux Coens est la recherche de la réconciliation que l’homme déchu n’aurait pas encore trouvée auprès du Créateur. En effet, celle-ci étant déjà acquise définitivement par l’œuvre du Christ, et du fait que cette œuvre s’étend à toute l’humanité passée, présente et future, à quoi bon chercher à l’obtenir par des travaux personnels et surtout par l’action et la manifestation de créatures invisibles qui ne sont que les agents et ministres de la volonté divine et du Fils chéri ? Ceci n’aurait pas de sens si nous nous bornions à considérer que cette quête de la  réconciliation constitue le seul et unique but des travaux des émules de l’Ordre.

 

 

Cependant, chacun doit savoir que, bien que la réconciliation ait été acquise de façon définitive, parfaite et universelle dans le Christ, les œuvres quotidiennes des hommes, suivant qu’elles sont ou non orientées par l’adhésion de ces derniers à la volonté divine, peuvent en altérer les effets et les bienfaits, pouvant même priver l’homme de son retour au jardin paradisiaque.  Ces œuvres quotidiennes humaines peuvent ainsi participer à la dégradation de l’image divine que chaque homme porte en la rendant de plus en plus dissemblante ou bien à contrario participer à sa restauration en renforçant la ressemblance par rapport au modèle. Ainsi nous le voyons, par un comportement dévoyé de ses lois naturelles, chaque homme rejette volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, la réconciliation offerte.  Car cette réconciliation est offerte mais pas imposée, tant la liberté de l’homme doit être respectée. Il est alors du devoir de tout homme de travailler à  conserver ses acquis, c'est-à-dire de ne pas entacher cette réconciliation ou bien de la rétablir si elle a été mise à mal par des actes contraires aux ordonnances divines. Chaque homme devant se considérer comme pécheur dans ce monde ; chaque homme subissant régulièrement l’impression que font sur lui les intellects émanés des esprits malins ; chaque homme désobéissant aux commandements divins et succombant à son ego, préférant suivre sa propre volonté suivant un libre-arbitre altéré par les passions ; alors oui, dans ces conditions si funestes pour l’homme, la réconciliation toujours effective pour l’humanité doit être regagnée pour chaque homme par le pardon.

 

 

Aussi, l’homme doit-il par un acte de contrition volontaire, demander réparation à son divin Sauveur et par l’obtention du pardon renouer avec sa réconciliation personnelle. Et ce qui est aussi acquis, c’est la promesse du pardon car Dieu est amour et sa loi étant invariable il ne reprend pas ce qu’il a offert une fois. La réconciliation est acquise et définitive pour l’humanité ainsi que pour chaque homme tant que l’homme l’accepte, qu’il ne s’en détourne point et, si tel est occasionnellement le cas, tant qu’il implore le pardon de son Réconciliateur et divin Réparateur.

 

 

Aussi, les Elus Coens commencent-ils leurs invocations en se repentant de leurs erreurs, de leurs fautes, de leurs égarements et en reconnaissant le triste état dans lequel ceux-ci les ont projetés :

« C'est dans cet état de misère où je me suis réduit que j'ai recours à Toi, ô Dieu infiniment bon. Je m'écrie vers Toi du plus profond abîme pour T'exposer mes pleurs et mes douleurs. Vois donc mon repentir, entends l'aveu sincère de mon égarement, ô combien je suis coupable, à mon propre jugement, de m'être séparé de Toi ! Je dépose devant Toi les remords que j'en ressens. Exauce-moi, Seigneur ! Seigneur, aie pitié de moi ! L'opprobre et la confusion sont la suite de ma mauvaise conduite envers Toi, car je suis un fils ingrat, un ami perfide, un sujet rebelle. J'ai trop méconnu ta puissance et j’ai trop présumé de la mienne, que je ne tenais cependant que de ta bonté.

Mais je reconnais bien aujourd'hui, ô Dieu seul puissant, toute mon erreur, et j'éprouve bien que ta puissance et ta seule volonté surpassent toutes mes facultés, et qu'en punition de mon orgueil criminel, Tu as borné ma puissance et m'as privé de la connaissance de la vérité. Aussi, je ne suis plus entouré que d'erreurs et de ténèbres, tout autre être que moi me fait ombrage. Je ne connais plus rien qu'avec effort et avec doute, et tout superficiellement, et je ne puis plus rien de moi-même, si je n'obtiens de ta bonté la liberté d'employer mes facultés. »[5]

ou encore :

« Tu constituas et consacras ton homme maçon et bâtisseur spirituel dans cet univers ; il n'a rien bâti ni rien construit ni élevé sur ta base spirituelle, qui T'ait pu être agréable, qui ait pu être pour ta plus grande gloire. Pénétré de la plus vive douleur de son indifférence et ingratitude à tous égards, il s'élève et se réclame à Toi, Dieu fort, du profond des abîmes de cette terre. Oui, c'est moi qui suis seul criminel ; purifie-moi, exauce-moi. »[6]

et enfin :

« Ô Dieu Juste +10, je ne suis qu’horreur et ténèbres devant Toi et devant tous tes esprits purs ; l’aveu que j’en fais, mon repentir et les maux qui m’environnent Te sont connus et Tu ne peux y être insensible, car Tu Te qualifies Toi-même de Père des miséricordes infinies envers tes créatures. Je suis une de ces créatures pour qui Tu as eu tant de complaisance et en qui Tu as daigné mettre ta confiance. Ne me reprends point, ô Dieu redoutable, dans la rigueur de ta justice ! Prends pitié des maux terribles qui assiègent mon être corporel et mon être spirituel ! Mais, ô mon Dieu, que ta volonté soit faite. »[7]

 

 

Ils imploreront ensuite pour obtenir le pardon en gémissant :

« Pénétré de la plus vive douleur sur mon ingratitude et ma rébellion, je m’élève vers Toi du plus profond abîme de ma privation ! Oui, je suis coupable, ô mon Père divin, mais prends pitié de moi, exauce ma prière et je redeviendrai juste ; purifie mes facultés spirituelles et corporelles et ma parole sera puissante»[8]

ou encore :

« Je suis coupable envers Toi, mais ô mon Dieu, je suis ta créature et Tu ne me laisseras pas être la proie éternelle du péché. Tu me laveras de mes souillures par le sacrifice ineffable de ton fils ô +8 mon Sauveur ; Tu me purifieras par le feu réparateur de ton Esprit saint ô +7 mon Sanctificateur. »[9]

et enfin :

« Ton homme, Tout-Puissant Dieu de Jacob, enseveli dans les misères et dans une douleur amère, crie vers Toi du fond des abîmes d’une terre étrangère. Exauce ses lamentations et sa confession sincère, d'avoir été si ignominieusement séparé de Toi et de son prochain. C'est pourquoi je dépose mes plus grandes tristesses devant ton trône et tes puissances célestes et surcélestes, afin que leurs subordonnés rendent justice à ton homme selon son désir, et comme il te plaira de les autoriser (…) » [10]

 

(à suivre)

[1] Rm 5, 6-11

[2] Luc 23, 43

[3] La troisième opération des trois jours s’opère sous la forme de 2 substances : l’une visible et l’autre invisible

[4] Fonds Vichy -

[5] Invocation de Maître Coen – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[6] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[7] Idem

[8] Idem

[9] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[10] Invocation de Maître Coen – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282M4 1282

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fresh install of windows 24/10/2014 13:04

I have read about the classic works of Elect Coens. The works on Jesus Christ and the reconciliation has been discussed for a while for the concepts it reflects. Thanks for explaining in detail about the paintings of Jesus Christ by Elect Coens.

julien 12/02/2013 15:34


bonjour, j ai lu avec beaucoups d attention votre approche de la théurgie (passionnant).je m essaie actuellement aux 4 prieres coens.merci pour le site paix et amour en christ.

Esh494 19/03/2013 11:39



Cher lecteur, cher Julien. Merci pour ce commentaire et votre fidélité à notre blog. Les 4 prières sont un exercice important et je me réjouis que vous les pratiquiez. N'hésitez-pas à nous
contacter pour quoi que ce soit.


Joie paix et bénédictions



A Tribus Liliis 07/02/2013 23:53


Parfaitement "orthodoxes", ces considérations !


Ce n'est pas à cause de "la chair" que l'homme est éloigné de Dieu, c'est à cause de son péché. Et "la chair" ne pèche pas, mais l'esprit.