Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob : une invocation très chrétienne (3/3)

Publié le par Esh494

Jacob et l'ange

Les deux fois sept années que Jacob passera chez Laban pour obtenir Rachel sont riches d’enseignements. Laban, « blanc » en hébreux, symbolise l’éclat de la lumière intellectuelle et spirituelle, la connaissance et l’intelligence. Il est frère de  Rebecca tout comme l’Intelligence est sœur de la Sagesse. Laban éprouvera Jacob par des forfaits de même nature que les siens et ainsi favorisera sa repentance et la constance de ses intentions et de ses actes. Laban est généralement qualifié de menteur, de tricheur mais il ne fait que reproduire ce que Jacob a lui-même commis à l’encontre de son père et de son frère. Confronté à ces épreuves, Jacob acquerra au service de Laban de nouvelles forces et une plus grande intelligence spirituelles, réalisant au terme de sa servitude ne devoir qu’à Dieu la croissance de sa richesse et la sortie de son exil. Car après avoir conclu un marché avec Laban, il finit par réaliser, à l’issue d’un nouveau songe, que ce n’est pas du fait de ses propres connaissances et de sa propre intelligence qu’il put acquérir de nouvelles richesses en faisant croître son troupeau, mais que ce fut grâce à Dieu qui avait décidé de sa prospérité, du fait de l’alliance qu’il avait scellée avec lui.

 

En fait, cette époque de la vie de Jacob et les épreuves auxquelles il est soumis sont bien le reflet des épreuves qu’endure le mineur en parcourant les sept cercles d’expiation. Mais ce sont aussi les mêmes épreuves qui apporteront la vivification et la fortification spirituelle du mineur et sa réconciliation.

 

Ces épreuves nous apprennent que c’est uniquement de l’Intelligence divine, par le vecteur de toute intelligence créée, que le mineur spirituel recevra toute illumination, toute connaissance, tout intellect ou pensée et toute intelligence spirituelle pendant sept nouvelles années d’illumination et de fortification par la grâce. Alors, le mineur sortira de son « exil » ou plutôt de son lieu de rédemption et de réconciliation. Et fort des connaissances, des dons reçus et de l’assistance divine continuelle, le mineur viendra instruire, guider et diriger l’âme et le corps de l’homme auquel il désire de façon ardente redonner « la belle forme dont il est susceptible »[1].

 

Le retour de Jacob vers son frère Esaü, suite à l’appel fait par le Seigneur (Gen. 31, 11-13) est alors l’occasion de nouveaux enseignements et d’une nouvelle révélation qui sera quant à elle déterminante.

 

Jacob semble fuir Laban car étrangement ce dernier paraît afficher une certaine jalousie de tous les biens accumulés par Jacob. Semble jaloux car ayant poursuivi Jacob, il ne l’attaqua point mais vint au-devant de lui pour lui reprocher de ne pas s’être congédié de lui et de sa famille. Jaloux de la jalousie de Dieu envers le mineur habité par l’Esprit quand il est dit : « C’est avec jalousie que Dieu aime l’Esprit qui habite en nous. » (Jac. 4, 5) Mais au-delà de cette jalousie relative ce que vient réclamer Laban se sont les théraphim emportés par Rachel (Gen. 31,19 et 31,34). Ces objets de divination et d’oracle, symbolisant la connaissance que l’on désire d’acquérir, le message de Laban est clair : il n’appartient pas à l’homme de posséder ces théraphim, comme il est considéré comme péché d’orgueil du mineur de penser qu’une quelconque connaissance puisse venir directement de lui alors qu’il n’acquiert toute connaissance que par la volonté et l’action divines. Jacob, à qui Rachel avait dissimulé ce vol, ne convoitait en rien les théraphim comme le mineur réintégré ayant recouvré l’image divine ne prétend en rien détenir ses puissances, vertus et connaissances par son propre et unique pouvoir.

 

Enfin, la révélation finale arrive avec le dernier songe de Jacob, préalablement à sa rencontre avec Esaü. Jacob rêve d’un combat contre un ange ayant pris l’apparence d’un homme (Gen. 32, 25). Que nous enseigne ce songe ? Jacob lutte contre l’ange, le domine par les forces qu’il a acquises dans son séjour chez Laban montrant ainsi la supériorité recouvrée de l’homme réconcilié par rapport à l’ange. Alors l’ange marque Jacob à la hanche en la lui déboîtant, soulignant ainsi le sceau divin qui marque tout homme et la faiblesse du mineur spirituel dès lors qu’il n’est pas soutenu par l’Esprit. Ainsi, la victoire de Jacob est toute relative car sans l’Esprit de Dieu, point de victoire. Et réalisant cette vérité, Jacob, mineur spirituel, demande la bénédiction de l’ange c'est-à-dire demande à Dieu que jamais ne lui soit ôté son Esprit afin de le rendre victorieux en tout combat et en toute circonstance. Ce qui lui est accordé, Dieu dans son immutabilité ne revenant pas sur sa promesse faite d’accompagner et soutenir Jacob dans toutes les circonstances de sa vie (Gen. 28, 15).

 

Ainsi vivifié de la force de l’Esprit, Jacob ira à la rencontre de son frère Esaü. Mais avant même de le rencontrer, et dans la crainte du courroux de son frère qu’il souhaitait apaiser, Jacob fera offrir par ses serviteurs les troupeaux et le bétail qui l’accompagnent. Cependant Esaü n’avait manqué de rien pendant l’exil de Jacob et s’était enrichi jusqu’à dire ne pas avoir besoin des richesses proposées (Gen. 33, 9) Car en effet, les dons de la grâce et des énergies divines ne s’attachent pas uniquement à l’esprit de l’homme, à son âme spirituelle que nous appelons mineur, mais aussi à son âme psychique, affective, vitale et à sa forme corporelle. Ces énergies et ses grâces se répandent sur l’homme dans son intégralité, le vivifiant dans toutes ses composantes, car Dieu n’a pas fait l’homme pur esprit mais corps, âme et esprit et c’est l’homme entier qu’il veut restaurer, réhabiliter et glorifier. Malgré cela, conscient de la valeur de ce cadeau il l’accepta.

 

Jacob est ainsi le type du mineur spirituel rétabli dans ses puissances et vertus qui, grâce aux dons spirituels recouvrés, désire procéder à la réédification de l’homme dans son intégrale triplicité de corps, âme et esprit.  Mais il est bien compréhensible que ce même mineur, ayant déjà succombé à l’attraction des pulsions et passions de l’âme et de la chair, redoute cette nouvelle rencontre qu’il devra cette fois dominer. Bien heureusement, il est maintenant armé des grâces de l’Esprit et des forces nouvelles qu’il confère et dont il désire accorder le bénéfice à toutes les parties constitutives de l’homme afin de les sacraliser et les réconcilier. Par ces grâces, le mineur opère alors une traction spirituelle dans l’âme passive et le corps ; il en prend l’ascendant et opère ainsi la réintégration complète de l’homme qui fait suite à la sienne propre.

 

Jacob retrouvera alors dans de joyeuses circonstances son frère Esaü, symbolisant ainsi la joie de la réunion spirituelle du mineur réhabilité et fortifié par la grâce de l’Esprit-Saint avec le corps et l’âme passive, qu’il peut maintenant guider avec douceur et constance et avec lesquels il désire de faire la plus parfaite alliance. Le mineur apporte ainsi en offrande à l’âme et à la chair tous ses dons et richesses spirituels afin de concourir à leur glorification et à la déification de l’homme. Ainsi est il écrit : « Je t’ai regardé comme on regarde Dieu et tu m’as accueilli favorablement. » (Gen. 33, 10)

 

Ces grâces et dons sont ceux de l’Esprit-Saint que nous pouvons reconnaître dans les différentes circonstances de la vie de Jacob :

  • La Crainte de Dieu quand, après son combat avec l’ange, Jacob s’écrit « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée » (Gen. 32, 31) reconnaissant la grâce divine accordée au pécheur et dont il doit attendre sans cesse les bienfaits, le jugement qui est celui de Dieu, qu’il doit craindre à tout moment, ainsi que la miséricorde dont il est le bénéficiaire.
  • La Piété par la bénédiction qu’il demande à l’ange, bien qu’il en soit victorieux dans son combat (Gen. 32, 27-30), et par les différents autels qu’il éleva en culte à l’Eternel. (Gen. 28, 18), (Gen. 33,20).
  • La Force par sa victoire dans son combat avec l’ange (Gen. 32, 25-27) et le courage qui fut le sien pour aller à la rencontre de son frère afin d’opérer sa réconciliation.
  • La Science dans le projet qu’il soumet à Laban pour sa rémunération et l’accroissement de leurs patrimoines respectifs (Gen. 30, 31-33) ; dans la façon dont il favorise la « fructification » et l’accroissement de ses propres biens en favorisant par des branches à demi-pelées la reproduction de son troupeau (Gen. 30, 37-43) connaissances divines issues de la vision qu’il eut de l’accouplement des boucs et brebis (Gen. 31, 10-13) et de la révélation du dessein de Laban qui essayait de le tromper.
  • Le Conseil par la vision qu’il eut et à laquelle il se conforma de quitter le pays de Laban (Gen. 31, 3).
  • L’Intelligence par la vision qu’il eut du monde céleste, des hiérarchies angéliques  et de leurs mystères dans le songe de l’échelle (Gen. 28, 12-13).
  • La Sagesse, salaire de toutes ces épreuves, et qui est le don par lequel Jacob se trouve durant tout le long de sa vie gratifié de l’Esprit par l’alliance que Dieu avait faite avec lui.

 

Ainsi Jacob est le type du mineur habité par l’Esprit, guidé par l’Esprit et qui finalement remet sa vie entre les mains de Dieu et de son Esprit. Il est le type du mineur recevant les grâces de l’Esprit par lesquelles il reçoit toute connaissance et toute illumination, toute force et toute consolation.

 

 

Alors, certains diront que nous nous éloignons de l’exégèse de Martinès. Ceci est vrai, car à l’étude nous devons bien reconnaître que cette exégèse mérite quelques rectifications :

-          sur la forme par la relative liberté que Martinès prend dans le Traité par rapport à la chronologie des évènements, inversant les différents songes de Jacob et plaçant ainsi son combat avec l’ange antérieurement à la vision de l’échelle, ce qui altère significativement le sens et la portée de ces songes ;

-          sur le fond en passant sous silence le long exil de Jacob chez Laban et surtout en donnant la primauté de la grâce aux esprits déchus au lieu de l’attribuer à l’homme, inversant ainsi toute la vision eschatologique traditionnelle. Martinès rentre même en contradiction avec sa propre vision de la réintégration et du rôle du premier Adam qui devait œuvrer à la réhabilitation des esprits déchus. Et en dépit de la chute de l’homme, cette économie du salut ne changera pas. Le Christ est venu sauver et rétablir les hommes dans leurs vertus, pouvoirs et puissances afin que ceux-ci, forts de l’Esprit-Saint, puissent  œuvrer de nouveau à la réintégration universelle des tous les êtres créés.

 

Il n’en reste pas moins que l’intuition de Martinès est la bonne relativement au rôle prédominant de l’Esprit chez Jacob, même si l’exposé nécessite quelque commentaire. C’est pourquoi, malgré notre manque de convergence apparent par rapport à la doctrine de Martinès de Pasqually, nous concluons avec lui :

« Dans cette invocation, Jacob reconnaît véritablement Abraham comme type du Créateur par la multitude de puissances spirituelles qui lui furent données. Il reconnaît Isaac comme le type du Fils divin ou de l'action divine dans la grande postérité de Dieu qui provint de lui, dans laquelle l'élection et la manifestation de la gloire divine s'est opérée. Et par lui-même Jacob reconnaît le vrai type de l'Esprit, par les grandes merveilles que le Créateur avait faites pour lui, en lui montrant à découvert la gloire divine. »trinite-272x300

 

Nous pouvons donc conclure que par les personnes d’Abraham, Isaac et Jacob, les Elus Coens invoquent dans leurs prières la sainte et indivisible Trinité très chrétienne dont l’action et les bienfaits sont appelés à s’étendre sur tous les frères.

Ainsi, cette formulation de prière, bien que d’apparence vétéro-testamentaire, souligne l’aspect résolument chrétien de l’Ordre des Elus Coens.



[1] Voir le rituel d’Apprenti du Rite Ecossais Rectifié

Publié dans Travaux

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A Tribus Liliis 20/02/2012 22:32

Chère Smaragdus, vous lire ici ou ailleurs est toujours un régal!

Je suis personnellement ignare en matière d'alchimie et je ne vous uivrai donc pas sur cette voie. Je souhaite ajouter mon grain de sel sur d'autres points.

Que l'Ecriture sainte soit susceptible de plusieurs interprétations, je n'en disconviens pas. Que celles-ci soient toutes équivalentes ou du moins convergentes, j'en suis beaucoup moins sûr. En
effet, contrairement à beaucoup d'apologètes dans l'histoire du christianisme, je considère qu'on peut être hérétique ou même non chrtien et posséder la sainteté personnelle : celle-ci ne garantit
en rien l'orthodoxie de la foi. Une foule d'exemples le prouveraient.

Cela est parfaitement vrai pour la voie mystique, qui a toujours été prise en suspicion par l'Eglise catholique romaine : voir saint Jean de la Croix ou sainte Thérèse d'Avila. Par l'Eglise
orthodoxe moins, car sa nature est d'être mystique.

Toute tradition vraie est dynamique. C'est vrai de celle qui a été formulée par Martines, et le plus mauvais service à lui rendre serait de la considérer comme figée. Il est clair que Martines,
porteur d'éléments initiatiques juifs, a voulu délibérément les inscrire dans la perspective de l'ésotérisme chrétien. Que l'élément chrétien soit chez Martines défaillant, c'est certain. Qu'Esch
cherche à le corriger et à le compléter, c'est parfaitement licite et de surcroît, j'en suis persuadé, conforme à l'intention de Martines.

Ceux qui, de l'extérieur, jettent des anathèmes, n'ont jamais fait l'effort de pénétrer cette intention qui, complexe dans les éléments de sa réalisation, est en revanche très limpide dans ses
objectifs.

Smaragdus 20/02/2012 09:04

Bonjour mes frères,

En alchimie, il est une image fort intéressante qui est celle de la salamandre : l'esprit élémental du feu. Et les derniers échanges sur cette exégèse sont sans conteste "un coup de la
salamandre".

Je crois qu'il faut garder à l'esprit que le travail effectué par notre frère ESH au travers de son blog s'apparente au travail alchimique par la voie sèche (son blason en dit long d'ailleurs sur
ce point). La seule différence, c'est qu'ici, le creuset, c'est son coeur et le métal, c'est à la fois lui et nous, ses contributeurs.

Dans la voie sèche opérative, l'alchimiste utilise principalement le feu vulgaire et, pour en augmenter la puissance et favoriser la fusion du métal, il arrive qu'il soit nécessaire d'invoquer la
salamandre. Mais il n'existe pas de "verre doseur" en alchimie; l'unité de mesure est intuitive et la justesse de la mesure de l'alchimiste sera "divinement calculée" en fonction de sa propre
humilité et de sa propre sincérité de coeur.
Pour ma part, je ne doute pas de la sincérité des intentions de notre frère mais peut-être son invocation à la salamandre (comprenons ici, l'invocation au Feu de l'Esprit) a-t-elle été trop dosée
ce qui a eu pour conséquence d'entraîner une fusion trop importante du "métal" qui, du coup, se cabre en hurlant qu'il a été brûlé et non pas éclairé.
Rien de grave là dedans, on se remet facilement de ce genre de brûlures : pour le métal, il suffit seulement de le laisser se refroidir sans attiser sa fusion interne et pour l'adepte... il s'agira
de recommencer patiemment l'opération en étant plus prudent. ;-)

Pour ma part, je pense que l'Ecriture est un texte symbolique suffisamment riche pour enfermer dans son sein plusieurs niveaux de lectures qui, lorsqu'elles sont faites avec un coeur pur,
convergent toutes vers la même vérité et la même lumière. La théurgie de Pasqually avec la pureté d'intention de Pasqually, çà marche. La prière du coeur de St Martin avec la pureté d'intention de
St Martin, çà marche aussi. Le martinésisme chrétien de ESH, avec la pureté d'intention de ESH, pourquoi çà ne marcherait pas ?

Toutes les démarches fonctionnent dès lors qu'elles sont pures de coeur. Mais les démarches sont avant tout personnelles car chacun d'entre nous est appelé individuellement. Il est donc tout à fait
normal de ne pas toujours être d'accord (soit parce que nous avons déjà éprouvé le processus que nous savons inutile pour nous mêmes, soit parce que nous ne sommes pas encore prêts à le recevoir et
que nous ne le comprenons donc pas).

Pour sourire et tenter d'apaiser ce débat, je m'autorise à "en rajouter une petite couche" en disant qu'il y a une autre interprétation possible (et d'ailleurs non incompatible avec l'esprit de
Martinès) de la triple invocation à Abraham, Isaac et Jacob qui consiste à mettre cette invocation en parallèle avec l'Oeuvre au noir, l'Oeuvre au blanc et l'Oeuvre au Rouge. Jacob faisant alors le
type de l'Adepte réalisant la troisième étape du magistère.
Observons : voilà un cadet qui devient aîné (le 2 qui devient 1) Etrange que tout cela !
Une mère qui, en apparence, se rend complice de l'intention d'usurpation de Jacob. A aucun moment l'Ecriture ne pose cette question purement morale du "pourquoi un tel comportement". Tiens donc,
comme c'est bizarre !
La bénédiction donnée par un père aveugle qui ne cherche absolument pas à compenser sa cécité avant de réaliser un acte aussi important. Voilà de quoi s'interroger là aussi.
Le songe de Jacob (celui de l'échelle) est repris dans la quasi totalité des traités alchimiques pour signifier que la Grâce ne nous vient que lorsque la matière est tombée de fatigue et a lâché
toute sa force égotique etc... etc...

Du coup, posons-nous sincèrement cette question : En quoi cette lecture alchimique de l'Ecriture (qui m'est familière et personnelle mais qui n'est pas forcément celle des autres contributeurs, je
n'en disconviens pas) me soumettrait de facto à Satan et à ses légions ?

Il est exact que St Martin avait finalement (par sensibilité propre sans doute) abandonné les pratiques théurgiques de Pasqually, mais il n'a jamais jugé Pasqually qu'il a toujours tenu pour son
premier maître.

Donc, ne faisons pas dire à St Martin (ou à d'autres mystiques) ce qu'il n'a jamais dit. Ce que disait St Martin (et qui est très important ici), c'est "Heureux ceux qui auront suffisamment purifié
leur coeur pour servir de miroir à la divinité car la divinité sera elle-même un miroir pour eux". Par suite, St Martin a largement témoigné de son propre mode d'emploi pour purifier son propre
coeur mais il n'a jamais dit que son mode d'emploi était la panacée universelle. En d'autres termes, il y a toujours une part de travail qui nous incombe personnellement, une aspiration qui nous
est propre : c'est elle qui fait de nous des Hommes de Désir. La suite ne nous appartient plus, elle appartient à Dieu.

Bien fraternellement.

Esh494 20/02/2012 11:46



Merci chère Smaragdus pour cet éclairage apaisant. La prudence doit effectivement guider nos propos tout en ne s'écartant pas des objectifs qui sont les nôtres de faire découvrir un certain
martinésisme.


A bientôt.



A Tribus Liliis 19/02/2012 22:58

Qu'on me permette de corriger la référence à Corinthiens 10, 23 : la phrase exacte est : "Tout est permis, mais tout n'est pas utile ; tout est permis, mais tout n'édifie pas." Il n'est doc pas
question de condamnation, mais d'utilité ou non.
J'ajouterai une autre sentence de l'apôtre Paul (Tite 1, 15) : "Aux purs, tout est pur."

clément 19/02/2012 15:27

Esh vous dites "les voies qui mènent à la réconciliation et à l'illumination sont nombreuses et sont le fruit de la divine Providence"...le problème c'est que toutes les voies ne sont pas
providentielles et ne mènent pas à Dieu (et parfois direct à son adversaire et à ses légions), et surtout pas celles de l'occultisme magique (contrairement à ce que vous dites condamné par
l'église) et dont Martinès s'est inspiré pour construire son
système qualifié de "dangereux" par saint-martin qui était bien placé pour le savoir. Pour paraphraser 1 Corinthiens 10:23 tout n'est pas permis et surtout "tout n'est pas utile"...

Esh494 20/02/2012 11:43



Cher Clément
Je vous remercie pour votre intervention et profite de celle-ci pour tenter d’éclairer quelques points que je n'ai pas pris le temps de développer jusqu'à présent. Si Martinès s'inspira de façon
évidente de certains éléments d'occultisme consignés dans l'ouvrage d'Agrippa "De Occultia Philosophia" il n'en reprit que certains (sceaux planétaires, caractères des alphabets dits
magiques pour l'essentiel) mais ne développa aucunement ni magie naturelle, ni magie céleste et les aspects talismaniques du martinésisme se bornèrent à l'utilisation de pentacles
protecteurs très chrétiens (un peu à l'image de ceux qu'arborent les martinistes). Notons que si Agrippa fut inquiété d'hérésie du fait de son attachement aux théories de kabbale chrétienne
présentées par Reuchlin, il ne fut jamais condamné et triompha de ses accusateurs. De plus Il ne fut ni accusé ni condamné pour magie bien que certains tentèrent de l'amener sur ce terrain. Bien
au contraire, dans le Livre III de de Occultia  il prit le soin de condamner certaines pratiques (goétie, nécromancie, arts divinatoires, magie mathématique) et de
mettre en garde sur l’usage de certaines autres (théurgie et cabale) sans préparation et discernement.
Les emprunts de Martinès à Agrippa s'arrêtent à peu près là, à l'exception encore de "l'Heptameron" de Petrus de Albano qui fut repris sous le titre de "De Circulo et ejus
composiciones" dans un manuscrit du Fonds Z de la main de Saint Martin.


Ces emprunts très limités permettent-ils pour autant de qualifier la théurgie Coen de magie? Certainement pas à mon sens. Car le but des travaux théurgique martinésiens est assez différent
de celui de nombreux travaux théurgiques. Ici l’objet n'est pas d'acquérir des pouvoirs en sommant Dieu de les accorder – et donc de tenter une ressemblance forcée motivée par l’orgueil et
l’ambition - mais plutôt, suivant la volonté divine et les pouvoirs reconquis grâce à une ascèse exigeante, d’appeler à soi les bonnes faveurs angéliques et les dons de l'Esprit afin d’obtenir
une certaine illumination mais aussi afin d’opérer sa réconciliation ainsi que celle de toute la création. L’orgueil et l’ambition personnelle sont bien étrangers à cette perspective. Ceci, et il
est juste de le souligner, doit se faire avec la plus grande prudence et ne peut être tenté qu’après s’être préparé par une purification du coeur et de l’âme, ainsi que de celle du corps,
préalables nécessaires à de tels travaux. On est donc assez éloigné de l’attitude du mage  qui tenterait, sans avoir fait l’effort nécessaire d’expiation et de
renoncement, d’acquérir quelque pouvoir pour son seul bénéfice.


L’émule n’opère pas juste dans son cœur, à la différence du martiniste travaillant intérieurement par la prière. Il opère sur et pour tous les hommes, pour l’univers et donc pour la
réconciliation universelle. Raison pour laquelle il opère extérieurement  au centre de ce macrocosme et de ses différentes régions figurées par le tracé d’opération,
univers dont il est le microcosme. Je suis entièrement d'accord avec vous concernant le danger que peut représenter le système Coen pour celui qui, non averti, se risquera imprudemment et sans
discernement dans les opérations qu'il propose. Et j'espère que les différents billets de ce blog vous auront convaincu des précautions qui sont les nôtres et de la prudence qui nous guident et
nous amènent non seulement à rectifier les éléments doctrinaux chaque fois que nécessaire mais aussi à adapter certains points relatifs aux travaux afin de ne jamais s'éloigner du christianisme
qui est notre seul guide.
Les voies mystiques comportent elles aussi leurs écueils et parfois nul ne sait si la contemplation ou l'état extatique qu'une méditation suscite sont guidés par les bons ou mauvais
éléments. Le psychique peut là aussi jouer de vilains tours.
Toutes les voies sont-elles utiles? Certainement pas pour tout le monde et je dirais à chacun de trouver la sienne sans condamner les autres.


A bientôt et merci de m’avoir permis ce long exposé.



julien 19/02/2012 11:03

cher frére loin de moi l idée de rejeter telle ou telle voie, ou d opposer les hommes aux hommes.je suis un ami de dieu ,j ai juste poser une question,meme si il est vrai que je suis plus sensible
a jacob bohme .je te remercie donc pour ta réponse.paix et amour en christ

Esh494 20/02/2012 10:24



Cher Julien, je ne vous prêtais aucune intentionparticulière mais "profitait" simplepment de votre question et de l'occasion donnée pour répondre plus globalement à cette fameuse "opposition"
entre Martinès et Saint Martin, souvent mise en avant et que l'on relève dans de nombreuses publications ou de nombreux débats.


A bientôt.