Dans la lignée des "Leçons de Lyon" : une oeuvre de christianisation (1/2)

Publié le par Esh494

14563646Pour tout chrétien, l'étude de la doctrine martinésienne et l'exercice des travaux que l'Ordre exige doit s'accompagner d'une oeuvre de rectification chrétienne. cette rectification, ou christianisation de la doctrine Coen, doit être abordée suivant deux principaux points ayant chacun d’eux des implications rituelles et théurgiques.

 

Le premier est celui de l’aspect modaliste de la doctrine de Martinès de Pasqually qui ne connaît pas ou ne comprend pas la Sainte et Divine Trinité car l’assimilant à un ternaire pensée, volonté et action ou intention, parole et opération qu’il appelle père, fils et saint-esprit mais qui sont des facultés ou puissances divines appliquées à un Dieu unique qui est l’Eternel Tout-Puissant.

 

En effet, dans son Explication secrète du catéchisme d’apprenti, compagnon et maître[1], Martinès commente : « Comment peut-on distinguer ces trois puissances divines ? Je les distinguerai par celle de l’Eternel qui est un dénaire, première puissance ; la seconde par le Fils spirituel qui émane directement du Père éternel qui est un être doublement puissant formant un huiténaire ; et la troisième par l’Esprit pur et simple qui opère la pensée de l’un et de l’autre. Voilà par où l’on désigne les trois puissances premières divines qui, quoiqu’elles paraissent distinctement divisées, n’ont qu’un même principe. C’est encore de là qu’il nous est enseigné qu’il y a trois personnes en Dieu, le Père, le Fils et le saint Esprit. » puis un peu plus loin « C’est ainsi que le premier homme fut remis en vertu et en puissance spirituelle par ceux qui sont dénommés, le Père, le Fils et le Saint Esprit ou par les trois puissances divines que nous dénommons la supérieure, la majeure et l’inférieure. » entretenant donc une ambiguïté plus que douteuse en regard de l’orthodoxie chrétienne sur les personnes divines qui composent la sainte et indivisible Trinité. Cette ambiguïté est encore confirmée dans son Traité de la réintégration où il considère que « Le nombre des esprits démoniaques était, dans leur émanation, un nombre quaternaire comme celui du mineur, savoir : le Père Eternel 1, le Fils 2, le Saint-Esprit 3, et l'émanation provenant de ces trois personnes divines 4. » assimilant encore les personnes à des nombres de puissance. Ces puissances ne doivent – et ne peuvent - pourtant pas être confondues avec les trois hypostases (personnes) agissant de concert et possédant chacune la pleine essence divine, qui forment la sainte Trinité consubstancielle et indivisible que proclame l’orthodoxie chrétienne.

 

Dans le même Traité Martinès va jusqu’à s’opposer fermement à toute idée de personnes divines distinctes : « Il nous a été enseigné (sic), écrit Martinès, que Dieu était en trois personnes, et cela parce que le Créateur a opéré trois actions divines et distinctes l'une de l'autre en faveur des trois mineurs (...) Ces trois personnes ne sont en Dieu que relativement à leurs opérations divines et l'on ne peut les concevoir autrement sans dégrader la Divinité, qui est indivisible et qui ne peut être susceptible, d'aucune façon, d'avoir en elle différentes personnalités distinctes les unes des autres. S'il était possible d'admettre dans le Créateur des personnalités distinctes, il faudrait alors en admettre quatre au lieu de trois, relativement à la quatriple essence divine (...). C'est par là que nous concevons l'impossibilité qu'il y a que le Créateur soit divisé en trois natures personnelles ». Martinès affiche là une position unitariste qu’aucun chrétien ne peut accepter.

 

Il faudra attendre les Leçons de Lyon pour lever l’ambiguïté et corriger cette conception unitariste de Martinès. En effet, dès la 1ère Instruction du 7 janvier 1774, Jean-Baptiste Willermoz enseigne que : « Le tableau des trois facultés puissantes innées dans le Créateur nous donne en même temps une idée du mystère incompréhensible de la Trinité ; la pensée donnée au Père, 1, le verbe ou l’intention attribuée au Fils, 2, et l’opération attribuée à l’Esprit, 3. » et de compléter dans ses cahiers de doctrine «[Dieu] est concentré dans son incompréhensible unité, tant qu’il ne la manifeste pas par les actes et les productions de son ineffable trinité divine, que nous adorons sous les noms de Père, de Fils et de Saint Esprit, qui forment ensemble l’éternel triangle divin dont l’unité divine est le principe et le centre » . Même si le dogme de la Trinité n’est pas plus profondément exposé, Willermoz rectifie le propos de Martinès en attribuant des puissances divines particulières à chaque personne sans pour autant assimiler entièrement ces mêmes personnes à des puissances d’un Dieu unique qui les manifesterait suivant son processus de création et de génération. Il complète ainsi son propos dans un autre cahier de doctrine : « Dieu est Un dans sa nature essentielle. C’est cette Unité absolue, indivisible et concentrée en elle-même qui est incompréhensible à toute intelligence créée ; tant qu’elle ne se manifeste pas hors d’elle par ses productions et ses émanations spirituelles. Mais dans cette Unité ineffable il existe une Trinité active d’actions distinctes et de puissances créatrices et personnifiées, que nous adorons sous les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit : Grand et incompréhensible mystère de Trois en Un qui étonne la raison humaine, qui la réduit à un silence respectueux en la subjuguant, et qui diminue la grandeur du sacrifice qu’il exige d’elle par la nature même du Garant qu’il lui donne de la certitude de ce dogme ; car c’est la seconde personne de cette adorable Trinité, c’est celui qui est la vérité même, c’est enfin Jésus-Christ en personne qui révèle aux hommes ce grand mystère, au moment où il va monter au ciel par sa propre puissance en présence de ses Apôtres et de la multitude de ses disciples, pour leur prouver à tous sa Divinité. Pourrions-nous donc avec un tel Garant conserver encore le moindre doute sur la vérité de ce dogme ? ».[2]

 

Tout ordre Coen chrétien doit prolonger cette rectification et proclamer son attachement au dogme trinitaire de l’Eglise du Christ, substituant clairement et ostensiblement au ternaire martinésien le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois personnes divines en un seul Dieu, chacune d’elle étant Dieu : Père, Dieu de vie, Fils, Dieu vivant et Saint-Esprit, Dieu vivifiant.

(à suivre)

[1] Extrait du Fonds Z
[2] Extrait du cahier de doctrine D5 – Fonds Kloss

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paysan limousin 10/11/2011 12:16


Merci pour votre précédente réponse qui m'éclaire.
Si je comprends bien, votre martinésisme est selon l'esprit et non selon la lettre.
Donc, vous interprétez. Est-ce légitime ?


Esh494 10/11/2011 12:37



En effet, vous avez raison, mais partiellement de mon point de vue.


Le martinésisme dont je parle est selon l'esprit bien évidemment car l'Esprit doit l'éclairer et « Le vent (ou : l’Esprit) souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais
pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit ». (Jn 3,8). En cela il a une légitimité spirituelle. Et en cela c'est un martinésisme vivant et vivifiant
et non pas un martinésisme sépulcral.


Cependant ce martinésisme est aussi selon la lettre. Mais cette lettre ne se borne pas au seul Traité de la Réintégration mais s'étend aussi aux rituels originaux (Fonds Z, Manuscrit
d'Alger, autres manuscrits) et surtout aux Leçons de Lyon aux Elus-Coëns de 1774-1776 qui viennent compléter, rectifier, amender et parfois même contredire le Traité dans leur
approche chrétienne. Et ce sont bien ces manuscrits qui ont établi la pratique Cohen. En cela ce martinisme a aussi une légitimité historique et s'affiche dans une transmission initiatiquement
juste.


En outre, pour revenir au problème de judaïsme supposé de Martinès, omment un esprit totalement judaïsant aurait-il pu demander à ses Réaux+Croix de réciter chaque jour le Petit Office du
Saint Esprit qui ne peut vraiment pas être considéré comme judaïque ?


A bientôt.