Dans la lignée des "Leçons de Lyon" : une oeuvre de christianisation (2/2)

Publié le par Esh494

22846792Le deuxième point de christianisation relève de l’aspect docétiste de la doctrine de Martinès de Pasqually.

 

En effet, la christologie martinésienne doit être revue et corrigée dans son ensemble, l’auteur du Traité de la Réintégration considérant le Christ non pas comme l’incarnation du Verbe - c'est-à-dire Dieu fait chair et épousant la condition humaine - mais comme l’esprit saint de Dieu venant parmi les hommes « faire jonction » avec des Elus. Cet esprit de Dieu, appelé tantôt Hély, tantôt Rhély ou bien encore Messias ou Christ, vient ainsi dans le monde à plusieurs époques de l’histoire de l’homme « faire jonction » avec les Elus de Dieu qui sont Abel, Enoch, Noé, Melchisédech, Hiram, Zorobabel et parfaire l’œuvre avec le Christ. Ces personnages sont appelés temples par Martinès, l’esprit de Dieu Rhély étant venu les habiter. Notons la distinction qui est alors faite entre Rhély et la personne du Christ qui est pour Martinès le dernier temple de Rhély. Le Christ est donc comme abaissé au rang d’Elu ou sage, certainement le plus grand. Il est au mieux homme-dieu et homme divin, nouvel Adam par « l’incorporisation du Christ en qualité d’homme dieu de la terre dans un corps matériel »[1]. Mais à aucun moment il n’est considéré qu’Il est Dieu incarné venu habiter parmi les hommes, Dieu et homme à la fois ayant ainsi en lui la double nature divine et humaine[2].

 

Pourtant Martinès enseigne que le Christ, ou plutôt Rhély, créateur de toutes choses à l’exception de l’unité divine, porte en lui tous les nombres de la création à l’exception de l’unité, qui vient du Père, et par conséquence porte 44 = 8 qui est le nombre de double puissance quaternaire[3]. Double puissance car puissance propre de son verbe de création qui s’ajoute à la puissance divine qu’il possède en ce qu’Il connaît le principe de son verbe qui est le Père et qu’Il participe pleinement de ce principe ou comme le dit Jean-Baptiste Willermoz « double puissance qui appartient au Fils divin qui manifeste celle du Père dont il est l’image et opère la sienne propre »[4]. Mais ce que ne dit pas Martinès c’est que ce Fils est Dieu et donc possède en lui le caractère du quaternaire divin car Il est l’image parfaite du Père. Martinès qualifie aussi la classe d’anges huiténaires comme agents du Verbe - ce qui le rapproche des judéo-chrétiens qui appellent parfois le Christ l’Ange de Dieu - associant ainsi les ministres du Verbe au Verbe lui-même qui en est le chef.

 

Mais le Christ n’est ni esprit de Dieu, ni ange de Dieu, Il est Dieu et c’est par Lui que nous contemplons le Père dont il est l’image parfaite. Tout ceci est affirmé avec clarté dans la 6ème Instruction du 24 janvier 1774 de Jean-Baptiste Willermoz qui enseigne au sujet du Christ : « Cet être divin voyant sa création attaquée par les esprits pervers dont les triomphes sur les mineurs augmentaient tous les jours, vint lui-même en personne, de sa propre volonté, la défendre et opérer sur eux cette molestation pour laquelle l'homme avait été créé, les dépouiller de leur proie, les resserrer dans une plus grande privation et abréger le cours des travaux pénibles que les mineurs réintégrés et non réconciliés avaient encore à opérer. Il prit naissance dans le sein d'une femme vierge comme le commun des hommes. Il y vint revêtu de toutes ses vertus et puissances, mais il y fut conçu sans aucune  opération physique matérielle, ce qui fait une immense différence avec la conception d'Abel opérée par Adam selon les lois physiques de nature. »

 

Enfin, l’aspect docétiste est renforcé par l’ignorance affichée de Martinès de la souffrance de Jésus-Christ lors de sa passion. Et il ne peut en être autrement puisque Martinès ne considère pas le Christ comme homme et Dieu mais comme esprit de Dieu venu habiter un homme. Or cet esprit ne peut pas souffrir et se retire finalement, laissant la souffrance à l’homme qui était son temple. Martinès parle de la dernière opération divine du Christ par l’effusion du sang mais jamais de souffrance de l’homme par son renoncement à la vie lors de sa dernière veillée à Getsémanie et souffrance dans sa chair par sa cruxifiction, sacrifice ultime de sa volonté et de sa liberté par amour pour les hommes. Et c’est pourtant ce renoncement à sa propre volonté, cette acceptation de la croix par amour qui est la clé de toute vie chrétienne et qui fera un jour de chaque frère un véritable réceptacle du Christ et de l'Esprit Saint c’est à dire un Réau+Croix. 



[1] Extrait du Catéchisme de Maître Coën

[2] Jean-Baptiste Willermoz corrigera cette erreur de façon magistrale dans son Traité des deux natures divines et humaines, réunies indivisiblement pour l’éternité et ne formant qu’un seul et même être dans la personne de Jésus-Christ Dieu et homme Rédempteur des hommes et souverain Juge des vivants et des morts - Cahier de doctrine D3 - Fonds Kloss.

[3] En effet 2+3+4+…+9 = 44

[4] Extrait du Cahier de doctrine D9 - Fonds Kloss

Publié dans Doctrine

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Sébastien Morgan 17/11/2011 22:58


Ha mais quel plaisir de vous trouver ici cher Julien et chère Smaragdus ! Un âtre de plus où échanger nos idées ! Mon cher Esh 494, j'apprécie beaucoup votre démarche. Sans être iconoclaste vous
êtes loin de tomber dans l'idolâtrie de Pasqually, personnage qui en général n'attire que les sentiments les plus extrêmes. Vous êtes mesuré et n'hésitez pas à corriger avec douceur, comme dirait
Saint Paul, les égarements du maître théurge. Je pense en effet que Martines était l'héritier d'une tradition qu'il a tenté de formaliser et de transmettre à sa manière, parfois avec génie, parfois
avec maladresse, parfois en faisant des erreurs. Tenter de retrouver cet héritage (ou cette Chose !) en le mettant en valeur dans l'écrin de l'orthodoxie chrétienne, voilà qui est noble, louable et
courageux !

Bien fraternellement en Christ,


Esh494 18/11/2011 09:31



Cher Sébastien, merci de votre commentaire. La mesure est de rigueur dans les travaux que je souhaite mettre en avant. L'initiation ne laisse pas de place pour les passions qui nous aliènenet,
encore moins le sacerdoce. Car nous le savons, le culte Coen est forcément un sacerdoce. Donc de la foi, oui. Des convictions, oui. Une régularité et une persévérance dans des travaux qui doivent
nous procurer les marques de la réconciliation, certainement. Mais les passions sont à bânir.


Amitiés fraternelles,



julien 14/11/2011 20:21


bravo ,grand merci a vous de nous faire connaitre le grand théurge, au travers de ce blog.paix et amour en christ mon frére.


Esh494 14/11/2011 23:13



Merci mon frère pour vos encouragements. Puisse ce blog participer à la meilleure connaissance et compréhension de la voie martinésiste. De tout coeur en Christ.



paysan limousin 13/11/2011 14:00


Jusqu'à présent, je vous suis. Mais alors qu'en est-il des invocations aux esprits qui, d'après ce que j'en sais, du fond de ma campagne, ressortissent de la magie ?

Et les sacrifices sanglants d'animaux (on trouve partout des références à une tête de bouc ou de chevreau). Le Christ n'a-t-il pas aboli les sacrifices sanglants ?


Esh494 13/11/2011 21:58



La publication de prochains billets devarit répondre à vos questions.


Un peu de patience donc.


 



Smaragdus 13/11/2011 08:26


Bonjour,

Vous savez, mon frère, il n'y a rien de plus difficile que de commencer une action de bien en cette terre d'exil. Il se trouvera alors sur votre chemin toujours plus d'hommes qui sèmeront le doute
que d'hommes qui sèmeront le désir.

Or soyez certain que le doute, ce n'est pas de l'Amour. Le doute, ce n'est pas l'Oeuvre de Dieu. Et ne pas arroser ni entretenir cette fleur du mal, c'est là le secret, c'est là tout l'enjeu de
l'initiation.

Aussi continuez de vous fier à la voix (et à la voie aussi) de votre coeur. C'est sans conteste la plus sûre.

Je vous souhaite une longue et lumineuse expérience de partage au travers de ce blog.

Bien fraternellement.


Esh494 13/11/2011 21:56



Merci beaucoup de vos encouragements et de votre soutien Smaragdus.


A bientôt sur ce blog ou ailleurs.


Bien fraternellement.



paysan limousin 10/11/2011 22:15


Je comprends donc que vous partez d'une étape postérieure au Traité, c'est-à-dire des Leçons de Lyon, en somme du talmud plutôt que de la thora.

Ce n'est pas forcément illicite, mais il faut, pour pouvoir faire cela, être un "commentateur" autorisé.

Est-ce le cas ?


Esh494 12/11/2011 22:17



Pour ma part si j'osais une comparaison j'opterais plutôt pour les Saintes Ecritures et l'exégèse des Pères de l'Eglise.


Les Pères n'étaient pas des commentateurs mais vivaient l'Ecriture. Seul l'Eternel peut juger de la licité de cette démarche qui est le résultat de la chose vécue de l'intérieur par l'esprit et
dans l'Esprit.