Chair originelle, chair déchue et chair ressuscitée (3/4)

Publié le par Esh494

Adam chassé tuniquesNous avons vu que c’est par le corps et l’âme que le Tentateur pût avoir prise sur Adam. C’est donc naturellement le corps et l’âme qui devaient supporter les conséquences directes de cette prévarication. Quelles étaient ces conséquences ?

 

Pour correctement identifier la nature exacte desdites conséquences il est nécessaire de bien analyser la nature exacte ou plutôt le type de prévarication dont Adam fut l’auteur. Selon le Traité, nous devons distinguer la volonté prévaricatrice de l’opération qui exprima celle-ci. Car la première prévarication prit naissance dans l’intention d’Adam qui succombant à la vision glorieuse de Satan et laissant entrer en lui son intellect et sa pensée mauvaises, épousa en quelque sorte l’ambition de ce dernier et en adopta les plans. Ainsi, ce fut la volonté d’Adam qui fut dévoyée. Martinès décrit ce dévoiement en ces termes :

« Adam étant livré à son libre arbitre, réfléchit sur la grande puissance manifestée par ses trois premières opérations. Il envisagea son travail comme étant presque aussi grand que celui du Créateur ; mais ne pouvant de son chef approfondir parfaitement ces trois premières opérations ni celles du Créateur, le trouble commença à s'emparer de lui au milieu de ses réflexions sur la toute-puissance divine, dans laquelle il ne pouvait lire qu'avec le consentement du Créateur, selon qu'il lui avait été enseigné par les ordres que le Créateur lui avait donnés lui-même d'exercer ses pouvoirs sur tout ce qui était à sa domination, avant de le laisser libre de ses volontés. » (Traité, 12)

 

Il s’agit bien là d’une prévarication car de sa propre intention Adam bâtit le plan de se servir des pouvoirs qui lui avaient été conférés, non pas pour la gloire du Créateur mais pour sa propre gloire. C’est bien cet abus de pouvoirs qui constitue, au sens propre du terme, une réelle prévarication.

 

Cette perversion de la volonté d’Adam, n’avait été rendue possible que par un mauvais usage de son libre arbitre rendu incertain du fait de l’extase dans laquelle Adam se trouvait, extase le rendant vulnérable à l’intellect mauvais.  

« (…) Ainsi, ce n'est que d'après l'insinuation de l'intellect mauvais que le mineur conçoit sa volonté mauvaise, et c'est par là qu'a été conçue et opérée la prévarication du premier homme. »  (Traité, 29)

 

Cette volonté dévoyée devait alors s’exprimer au travers des actes et opérations qu’Adam devait produire pour l’accomplissement de la volonté du Créateur et pour lesquels il avait été émancipé dans un état de gloire et de puissance absolue sur toute création. Cependant, la volonté ayant été pervertie, l’opération qui devait la manifester devait l’être de même.

« Adam, revenu de son extase spirituelle animale, mais ayant retenu une impression mauvaise du démon, résolut d'opérer la science démoniaque préférablement à la science divine que le Créateur lui avait donnée pour assujettir tout être inférieur à lui. » (Traité, 13)

 

 Et pour que cette perversion fût totale, il fallait qu’elle agissât sur l’opération la plus élevée qu’il avait été donné à Adam d’effectuer. Quelle était-elle ?

 

Le mineur spirituel, par ses facultés spirituelles étendues et l’action du verbe de création qui était inné en lui en tant qu’image de son créateur, devait co-opérer à la création universelle en concertation avec l’Eternel, tel qu’il est dit dans le Traité :

« Adam avait donc en lui un Verbe puissant, puisqu'il devait naître de sa parole de commandement, selon sa bonne intention et sa bonne volonté spirituelle divine, des formes glorieuses impassives, et semblables à celles qui parurent dans l'imagination du Créateur. » (Traité, 47)

ce dont les Ecritures saintes nous instruisent en ces termes :

« L’Eternel Dieu façonna à partir de la terre tous les animaux sauvages et tous les oiseaux du ciel, puis il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait. Il voulait que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait. L’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux sauvages, mais pour lui-même il ne trouva pas d’aide qui soit son vis-à-vis. »[1]

considérant que du point de vue de la tradition, nommer c’est créer, le verbe et la parole étant les acteurs de la création.

 

Or l’acte de création le plus élevé qui avait été donné à Adam d’opérer était celui de la création d’une postérité d’hommes-dieu en forme glorieuse. Du fait de la volonté impure liée à son opération, Adam - qui devait être co-créateur de ces formes glorieuses dans lesquelles le Créateur devait insinuer un mineur spirituel qu’il aurait émané suivant ce plan commun de création - ne put concevoir qu’une forme imparfaite, la coopération divine ayant été rompue.

 

En effet, par cette rupture, ses puissances spirituelles se trouvèrent dégradées. Il ne lui fut ainsi plus possible, par son propre influx spirituel, de produire et d’entretenir les essences spirituelles propres à la génération et l’entretien de sa forme corporelle glorieuse comme de celles de sa postérité. Car, nous l’apprenons de Martinès, tout esprit simple et pur génère de telles essences desquelles il tire sa forme corporelle glorieuse :

« C'est là ce qui doit te faire concevoir que les essences et les formes corporelles des êtres spirituels, habitants des trois mondes, sont plus pures et plus subtiles que celles qui proviennent des esprits de l'axe. » (Traité, 231)

 

Mais les décrets de l’Eternel étant immuables, le Créateur ne retira pas d’Adam son verbe de création. Cependant, affecté par sa prévarication, ce il ne put tirer de lui que des essences non pas spirituelles mais spiritueuses – c'est-à-dire dégradées -  qui participèrent à la création d’une forme corporelle imparfaite d’apparence matérielle portant en elle la corruptibilité héritée de l’acte impur de création d’Adam.

 

Ainsi, la matière ne fut point créée par punition contre l’âme et l’esprit d’Adam, mais fut le simple résultat de l’action impure d’Adam. Résultat qui, nous le savons, devait avoir des conséquences funestes pour Adam et sa postérité. Car la création de cette forme de matière entraîna alors un bouleversement majeur dans la création qui toute entière fut pervertie par la prévarication d’Adam. Ainsi, la puissance des êtres spirituels ternaires inférieurs fut-elle aussi dégradée et ces mêmes êtres ne purent-ils que tirer de leur sein les mêmes essences spiritueuses. L’univers général corporel fut alors dégradé et tout entier plongé sous l’emprise de la matière. Toute l’univers qui avait été pensé, voulu et créé glorieux fut ainsi assujetti à la matière. La création fut donc elle-même transmuée par le même substrat que celui créé à l’issue de l’opération impure d’Adam. Opération impure car elle-même résultant d’une pensée impure.

 

Toujours du fait de l’immutabilité de son créateur, Adam devait pouvoir continuer à opérer après sa faute pour contenir l’action des esprits rebelles dans les bornes de l’univers créé. Cette immutabilité est l’expression même de l’amour infini et infaillible de Dieu. Car afin de pouvoir opérer sa réconciliation et sa réintégration, Adam devait avoir les moyens de racheter ou expier sa faute. Si Adam avait été privé de toute possibilité de poursuivre son action, quel recours aurait-il eu pour se racheter ? De quelle mission et quelles prérogatives plus nobles aurait-il pu être investi ? Il fallait donc que cette mission et ces prérogatives pussent encore s’exercer, mais d’une manière différente, dans un environnement nouveau. Aussi, Adam fut-il précipité au centre de la terre afin que son corps soit transmué suivant un processus identique à celui de toute la création, et donc que de glorieux il prît une apparence matérielle élémentaire identique à celle qu’il avait créée. Ces sens spirituels furent eux aussi transmutés en sens physiques, psychiques et affectifs. L’âme d’Adam fut alors soumise par ces sens matériels à l’action des êtres et formes matérielles qui l’environnaient maintenant, lui permettant de communiquer ainsi avec son nouvel environnement et d’en recevoir toute impression afin de mieux opérer avec lui. Mais cette transformation opéra, à l’identique du corps, une dégradation de l’âme qui, devenant sensible à l’affect et au psychique, s’en trouva changeante et plus vulnérable aux impressions des êtres physiques et spirituels malveillants ou maléfiques qui l’entouraient. Les sens furent plus que jamais la porte par laquelle les influences et pensées bonnes ou mauvaises purent s’insinuer en l’homme. Nous le voyons, la chute de l’homme entraîna la transmutation de toute sa chair, corps et âme, mais selon une forme qui lui permettait dans le nouvel environnement qui était devenu le sien, de poursuivre son œuvre par des moyens différents mais participant à son expiation. Ainsi, pouvait-il continuer à opérer dans la création déchue ce qu’il devait originellement opérer suivant un mode différent dans la création originelle. Voilà quelle est l’expression de la miséricorde divine qui accorde toujours à l’homme tous les moyens de son expiation. Aussi l’émule de l’Ordre des Elus Coens  dira-t-il dans ses prières :

« Ton homme, ô Très puissant Eternel, Dieu des dieux, ne peut ignorer la tendresse et l’amour que Tu as eus éternellement pour ta créature spirituelle puisque Tu as créé le chaos de ténèbres matérielles temporelles pour l’expiation de son crime, et pour opérer en sa faveur sa réconciliation ; quel est le mineur d’entre-nous qui peut refuser les merveilles de ta justice et de ta gloire en faveur de ta créature, même la plus impie ? »[2]

 

 

Considérant que c’est cette faculté de continuité d’opération, accordée à l’homme, qui constitue la véritable expression de la miséricorde divine, nous ne pouvons considérer que la forme corporelle de l’homme, maintenant d’apparence matérielle, soit impure, corrompue dès sa formation et représente une sorte de damnation s’exprimant par la mortalité que toute la postérité d’Adam aurait reçue en héritage. Car ce n’est pas le résultat qui constitue la faute rendue réversible sur l’entièreté de l’humanité, mais bien l’intention. Pourtant, Martinès affirme à plusieurs reprises que cette forme matérielle constitue une prison et qu’en cela elle est une véritable punition :

« Que devint donc Adam après son opération ? Il réfléchit sur le fruit inique qui en était résulté, et il vit qu'il avait [28] opéré la création de sa, propre prison, qui le resserrait plus étroitement, lui et sa postérité, dans des bornes ténébreuses et dans la privation spirituelle divine jusqu'à la fin des siècles. Cette privation n'était autre chose que le changement de forme glorieuse en forme matérielle et passive.» (Traité, 23)

 

Mais en y regardant bien nous constaterons que c’est moins la transformation du corps de gloire en corps d’apparence matérielle qui doit être considérée comme une dégradation, mais plutôt le voile épais que cette matière forme entre la pensée d’Adam et la pensée et la volonté divines ainsi que les bornes que ce voile fixe à l’opération spirituelle divine d’Adam. Ce voile, cette prison, privant Adam de l’étendue de ses pouvoirs, est une véritable mort, mais une mort spirituelle. En effet, cet éloignement et cette privation divine altèrent la volonté pure de l’homme et la rend susceptible de corruption par des pensées mauvaises que l’homme devenu pensif ne peut plus arrêter ; et de ce fait il se trouve maintenant guidé par les choix de son libre-arbitre qui penchera tantôt vers la volonté divine, tantôt vers le mal.

 

Ceci constitue la véritable mort car, assujettissant l’homme à des causes secondes, à des pensées contraires et changeantes, elle l’assujettit l’homme au temps, ses opérations n’étant plus alors que spirituelles temporelles et changeantes. Et cette instabilité, cette variabilité liées au temps, qui détermine un début et une fin, sont bien la source de la mort corporelle qui n’est que le reflet, dans l’espace et le temps ainsi que sur la forme matérielle de l’homme, de la mort spirituelle dont à laquelle i est assujetti depuis sa prévarication. Aussi est-il écrit dans le Traité :

« On ne peut concevoir quelles étaient les peines que ressentait Adam, lorsque après avoir été entièrement libre et sans borne, par sa nature d'être pur, spirituel, pensant, il se trouvait dans une prison de matière et qu'il était assujetti au temps.» (Traité, 127)

 

Voici donc ce qu’il advint de la chair de l’homme après sa prévarication en comparaison avec la forme originelle que cette chair actuelle devra recouvrer après la résurrection.

 

 

[1] Gen 2, 19-20
{C}

[2] Invocation de Maître Elu, Registre Vert des Elus Coens BnF FM4 1282

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Smaragdus 28/03/2014 23:07


Bonsoir mon frère,


Plusieurs choses sont intéressantes dans ce passage et, en premier lieu, cette distinction extrêmement importante entre la pensée mauvaise qui sous-tend l'opération criminelle, le déclenchement
de la volonté mauvaise par insinuation de l'intellect mauvais et le résultat de l'opération criminelle, qui sera, non pas mauvais, mais impur.


Certes la chair est faible, spiritueuse, temporelle et passive mais elle n'est pas mauvaise intrinsèquement. Martinez nous dit qu'elle est "juste"
dégradée. Sur un plan plus scientifique que mystique, nombre de mathématiciens d'ailleurs ont expérimenté ce phénomène en parvenant à un résultat juste par
un raisonnement erroné. Le résultat n'est pas mauvais en soi mais il n'a plus la rectitude pure de la vérité.


L'air de rien, cette première assertion est énorme : D'abord parce qu'elle déculpabilise le mineur incarné (elle le réconcilie avec sa divinité, en somme) et le tire hors d'une expiation
mortifère et stérile pour le mener sur une voie de purification et de régénération de sa nature spirituelle et divine. Il y a là une ré-orientation du regard extrêmement importante. Ensuite parce
qu'elle ouvre un champ de méditations extraordinaires : quel est le rôle exact de notre corps de chair ? (le Christ lui même ne s'est-il pas fait chair ?), quel rôle exact jouent nos sens dans la
compréhension de l'illusion, de "l'extase animale" ? (pensons déjà seulement aux illusions d'optique ou aux hallucinatons olfactives ou auditives), que devons-nous apprendre au travers de ces
expériences d'illusion pour retrouver le chemin de la rectitude pure ? etc, etc...


Après, d'autres questions apparaissent : qu'en est-il de cette pensée mauvaise ? D'où vient-elle ? Assurément pas d'Adam puisqu'il lui faudra être "aveuglé" et mis
dans un état quasi hypnotique pour que l'intellect mauvais puisse s'insinuer en lui et prendre possession de sa volonté. Par ailleurs, qui maîtrise le déclenchement de cette volonté mauvaise



L'opération criminelle et le résultat de l'opération ne posent pas trop de souci de compréhension. Ils sont déjà tellement tangibles, tellement formés, tellement
"lourds" sur le plan temporel et matériels qu'il est difficile de ne pas les voir et de ne pas en prendre conscience. En revanche, appréhender ce qu'il y a avant la mise en oeuvre de l'opération
criminelle, et surtout le pourquoi, la finalité; çà, c'est une autre paire de manches. 


Il me tarde de lire votre quatrième partie.  


Bien fraternellement.

Esh494 01/05/2014 07:35

Ma chère sœur, vos vœux ont été exhaussés puisque la dernière partie de cette étude à et et publiée ce dimanche. Merci de votre fidélité et de votre soutien.