Réintégration. Mais, quelle réintégration? (2/2)

Publié le par Esh494

Réintégration. Mais, quelle réintégration? (2/2)

Donc le chef-lieu d’émancipation d’Adam se trouvait dans le cercle mineur au sein du surcéleste. Mais alors pourquoi est-il écrit :

« Vois donc quels étaient les privilèges que Dieu avait accordés à l'homme. Ce sont ces trois mondes, le divin, le surcéleste et le céleste qui te font connaître les trois règnes de la Divinité. C'est le dernier de ces mondes qui devrait être la demeure du premier mineur ; si ce mineur n'avait point prévariqué, il aurait toujours occupé le centre des quatre régions célestes, comme étant l'être le plus puissant ; il aurait actionné et opéré dans ce monde céleste comme pur esprit divin ; tout être spirituel aurait obéi à sa pensée et à sa volonté. Oui, si ce premier mineur n'eût point prévariqué, il ne serait jamais devenu habitant du monde terrestre matériel, » (Traité, 242)

Si la demeure d’Adam se trouvait dans le surcéleste pourquoi Martinès nous enseigne-t-il que l’homme se trouvait dans le céleste ou plus justement au centre des quatre régions célestes d’où il opérait sur tout le céleste et le terrestre ? Pour comprendre cette apparente contradiction il nous faut considérer quelle est la place exacte du cercle des mineurs au sein du surcéleste ainsi que le rapport du surcéleste au céleste.. Le Traité nous enseigne que :

« Ce cercle rationnel est appelé cercle de Saturne ou Saturnaire 1. Ce cercle supérieur planétaire sépare tous les autres cercles planétaires célestes d'avec les quatre cercles surcélestes. (…) Ce cercle sensible est adhérent au cercle visuel ; celui-ci l'est au cercle rationnel, et le rationnel l'est au surcéleste. » (Traité, 217)

Ainsi donc le cercle surcéleste jouxte le cercle saturnaire, ou rationnel, qui définit lui-même la limite du céleste. Or nous savons aussi que le « cercle mineur forme l'angle saillant du triangle inférieur surcéleste » (Traité, 238), c’est à dire qu’il en est l’extrémité et donc constitue la partie du surcéleste adhérente au cercle rationnel et donc au cercle céleste. Aussi, si nous considérons cette position très spécifique, il nous est permis de dire que le centre de du cercle des mineurs constitue aussi la frontière ou plutôt, suivant une allusion astrologique le « cuspide » du cercle mineur, cuspide que nous pouvons aussi nommer centre des quatre régions célestes du fait de son adhérence au ce cercle céleste. C’est donc depuis ce centre si particulier que le mineur émancipé pouvait opérer aussi bien sur le surcéleste, et les esprits qui le peuplent et gouvernent les esprits du céleste, que sur le céleste et les esprits qui y actionnent. C’est donc bien de ce centre, que nous pouvons considérer comme étant le véritable centre de la création temporelle, que le mineur émancipé, Adam, devait régner sur les régions surcélestes, célestes et terrestres. Bien qu’Adam fut le seul mineur émancipé dans ce cercle, ce dernier est dit cercle des mineurs car il était destiné à accueillir toute la postérité d’hommes-dieux de la terre que devait générer Adam avec l’aide, et pourrait-on dire l’assentiment « complice » du Créateur qui devait émanciper de son immensité des mineurs qui devaient s’incorporer dans les formes glorieuses dont Adam possédait le verbe de création et qu’il devait donc produire à sa guise et en coopératrion avec son créateur :

« Adam par sa création de forme passive matérielle a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne, pour servir de demeures aux mineurs spirituels que le Créateur y aurait envoyés. » (Traité, 23)

Nous savons que la chute d’Adam ne permit pas à ce plan de voir le jour mais plutôt qu’Adam fut chassé de son cercle. Alors, qu’advint-il du cercle des mineurs ?

Ni le Traité ni les textes historiques de l’Ordre des Elus Coëns de l’Univers ne nous indiquent quoi que ce soit de précis à ce sujet ; ils restent muets alors que le Traité est particulièrement précis sur un point similaire relatif à la chute des premiers esprits émanés. Martinès nous enseigne en effet que les esprits mineurs quaternaires émanés formant le quatrième cercle de l’immensité divine furent chassés de ce cercle après la première prévarication et que leur puissance spirituelle divine fut aussitôt transformée en une puissance d’action temporelle ternaire lors de leur émancipation dans le surcéleste et le céleste comme agents universels de la création temporelle. Martinès ajoute que, l’immensité divine ne pouvant supporter aucun vide, Dieu émana alors de son sein des esprits mineurs quaternaires qui vinrent peupler le quatrième cercle de son immensité et dont Adam, fut le premier mineur émancipé. Ainsi Martinès écrit-il :

« Il ne faut pas croire que la place que ces esprits, qui sont temporels aujourd'hui, occupaient dans l'immensité divine avant l'établissement du temps, soit restée vide après qu'ils ont été émancipés par leurs opérations spirituelles temporelles. Il ne peut y avoir du vide auprès du Créateur, ni dans son immensité ; cette immensité n'ayant pas de bornes, tous les esprits y trouvent facilement leur place dès qu'ils sont émanés du sein du Créateur ; et aussi cette immensité s'étend à mesure que le Créateur émane des esprits de son sein. » (Traité, 232)

et de rajouter par la suite :

« C'est alors que les mineurs spirituels quaternaires furent émanés du sein de la Divinité, et qu'ils occupèrent dans l'immensité divine la place dont les esprits mineurs ternaires venaient d'être émancipés pour opérer temporellement.» (Traité, 233)

Il ne faut pas confondre la classe de ces esprits mineurs quaternaires, émanés suite à la prévarication des esprits diaboliques, avec cette première classe d’esprits quaternaires qui occupaient originellement le même cercle de l’immensité divine. Car, même si nous voyons qu’à une première classe d’esprits mineurs quaternaires vint succéder une nouvelle classe d’esprits possédant le même nombre de puissance, car occupant la même place, ces derniers étaient toutefois bien supérieurs aux précédents car destinés à être émancipés et à gouverner et racheter les précédents en recevant du Créateur une double puissance quaternaire, tandis que les premiers furent destinés par leur émancipation à régir la création matérielle temporelle. Il est donc hors de question de confondre ces deux classes d’esprit dont la seconde est de très loin, par l’image qu’elle porte en elle et les puissances qui lui sont accordées, supérieure à la première tant dans ses propriété et vertus que dans sa destinée qui fut dès son origine d’atteindre la parfaite ressemblance divine. Car nous avons vu que pour régner sur la création universelle et ses habitants, le Créateur avait doté le mineur émancipé d’une double puissance quaternaire ; c’est par cette double puissance, qui devait faire de lui une image ressemblante à l’image parfaite du Père, qui est le Fils, qu’Adam devait être déifié comme homme-dieu de la terre. Mais cette ressemblance, Adam ne put l’atteindre du fait de sa chute.

Cette première prévarication eut aussi une seconde conséquence effroyable sur la cour divine car elle toucha non seulement l’esprit majeur ayant prévariqué mais aussi l’entièreté des esprits émanés dans les différents cercles de cette cour. En effet, si la prévarication fut l’acte d’un seul être émané, le plus grand et le plus puissant d’entre eux, l’insinuation qu’il fit de sa pensée mauvaise sur les autres esprits de cette cour eut pour effet de souiller cette dernière, que les esprits aient succombé ou non à cette insinuation. Ainsi, bien que les esprits prévaricateurs fussent chassés de l’immensité divine pour être enfermés dans un monde de ténèbres créé conséquemment à leur prévarication, la multitude des esprits n’ayant pas chuté avec eux se trouva irrémédiablement souillée par le fait même d’avoir été l’objet d’une insinuation à laquelle, dans un instant de doute, ils s’étaient librement exposés. Ainsi, le Traité précise-t-il :

« La prévarication des premiers esprits avait déjà souillé cette cour divine, ainsi que je l'ai dit précédemment, et, par conséquent, cette souillure avait assujetti tous les êtres spirituels, habitant les différentes classes de cette cour, à un changement dans leur loi d'action et d'opération. » (Traité, 235)

Mais revenons au cercle des mineurs et à ce qu’il devint après la chute d’Adam. Si l’immensité divine ne peut souffrir de vide, en est-il de même de l’immensité surcéleste ?

Nous serions tenté de répondre par l’affirmative. En effet, Martinès écrit que la structure du surcéleste, avec ces quatre cercles d’esprits, est non seulement composée à l’image de l’immensité divine dont elle serait comme une expression dans la création temporelle, mais surtout que cette structure exprime la quatriple puissance divine dans cette création :

« Considère, Israël, la figure que je te présente : [295] tu y reconnaîtras les choses qui composent la cour de la Divinité, tu y verras clairement comment s'opère la quadruple essence du Créateur, non seulement chez tous les êtres spirituels émanés de lui, mais encore dans toute sa création universelle. » (Traité, 223)

et encore :

« Ce sont ces quatre cercles qui sont le véritable type de la quatriple essence divine. » (Traité, 224)

Aussi, cette expression de la puissance divine ne pouvant souffrir de diminution, elle devait rester quadruple. Pour ce faire, le cercle des mineurs devait pouvoir continuer d’agir dans la création et donc être habité et gouverné : il ne pouvait rester vide.

La loi ayant régi la révolution des cercles de l’immensité divine après la première chute devait alors pouvoir s’appliquer de nouveau. Ce qui signifie que ce cercle des mineurs devait être occupé par un être possédant non seulement une puissance quaternaire mais une double puissance quaternaire de façon à poursuivre dans la création l’œuvre du premier Adam.

Il n’était pas possible pour le Créateur d’émanciper de son immensité un nouvel être plus puissant que le précédant mineur spirituel sans diminuer celui-ci, ce que ne pouvait vouloir le Créateur qui avait voulu doter l’homme de tout pouvoir spirituel et temporel. Aussi le seul esprit possédant cette double puissance quaternaire devait-il être celui d’un nouvel Adam, c'est-à-dire celui du Christ, qui pouvait alors agir par ses agents huiténaires sur toute la création universelle et ses habitants.

Le Christ ne fut pas émancipé car Il n’est pas lui-même un esprit émané de Dieu mais Il est Dieu, consubstantiel au Père et à l’Esprit Saint, et Il doit continue d’agir dans la création, depuis l’immensité divine, avec le Père et le Saint Esprit. Mais son esprit huiténaire, que nous appelons Rhély, infuse dans toute la création comme il vint opérer dans le chaos primordial et s’en retira pour permettre l’éclosion créatrice de l’univers physique matériel.

Et, selon Martinès, c’est depuis ce cercle d’émanation que ces mineurs sont maintenant, non pas émancipés, mais comme projetés dans des corps terrestres qui sont leur vraie demeure tout en constituant une sorte de prison, un voile épais tendu entre les mineurs et leur créateur, prison de laquelle ils devront se libérer par leur réconciliation et selon leurs mérites. Telle est la conception de la préexistence des âmes selon Martinès, conception qui, tout en s’apparentant à celle d’Origène, en diffère substantiellement sur deux points principaux :

  • à l’opposé d’Origène, Martinès donne à chaque classe d’esprit des puissances et vertus spécifiques dès son émanation et il n’est ici nullement question d’une gradation des âmes suivant leur mérite, certaines devenant des anges, d’autres des hommes et enfin les dernières des démons ;
  • Martinès n’accorde pas de corps éthéré aux âmes préexistantes, ces âmes ou plutôt ces esprits mineurs concernant les futurs hommes, se situant dans l’immensité divine qui est bien distincte de l’immensité surcéleste dans laquelle les esprits peuvent émaner leur corps glorieux.

D’un autre côté, ces différences importantes ne rendent pas pour autant la théorie de Martinès compatible avec la foi de l’Eglise. Cette compatibilité ne pourrait être envisagée que si nous admettions que l’émanation martinésienne dans l’immensité divine n’est pas une réelle existence, car ne conférant pas à l’être émané une entière liberté, et que cette émanation n’est en fait qu’une pensée du Créateur dans la formation de son dessin divin. Cependant Martinès est très clair à ce sujet dès le commencement de son œuvre : les êtres émanés ont précédemment existé dans le sein divin mais sans vraiment exister et ceci jusqu’à leur émanation qui leur confère des puissances spécifiques et des lois d’actions propres qu’ils mettent en œuvre suivant leur libre arbitre :

«Ils étaient donc libres et distincts du Créateur et l’on ne peut leur refuser le libre arbitre avec lequel ils on été émanés » (Traité, 1)

et :

« On demandera ce qu’étaient ces premiers êtres avant leur émanation divine, s'ils existaient ou s'ils n'existaient pas ? Ils existaient dans le sein de la Divinité, mais sans distinction d'action, de pensée et d'entendement particulier, ils ne pouvaient agir ni sentir que par la seule volonté de l'être supérieur qui les contenait et dans lequel tout était mû ; ce qui, véritablement, ne peut pas se dire exister ; cependant cette existence en Dieu est d'une nécessité absolue ; c'est elle qui constitue l'immensité de la puissance divine. » (Traité, 2)

Aussi, nous devons conclure que bien que différant de la pensée d’Origène qui provoqua le rejet que nous savons de la part de l’Eglise, la doctrine de Martinès n’en est pas moins hétérodoxe sur ce point.

L’effet de la prévarication du premier esprit sur la cour divine devait encore s’appliquer sur cette même cour du fait de la prévarication d’Adam. Aussi peut-on en déduire que les esprits mineurs émancipés dans cette cour furent eux-mêmes souillés et que pour ces mineurs cette souillure s’appelle Péché originel. Cette souillure qui affecte les mineurs spirituels, qu’ils aient été émancipés dans des corps de matière élémentaire ou non depuis lors, devra donc être lavée par la réconciliation du second Adam et par la réparation et l’expiation qu’auront à endurer les mineurs émancipés dans ce monde. Ainsi nous l’enseigne une Leçon de Jean-Baptiste Willermoz[1]:

« Adam ne peut être réintégré dans ses droits primitifs avant que le cercle des mineurs souillés par son crime n'ait fini son expiation temporelle. Il doit participer jusqu'à la fin à la peine qu'il a causé. (…) Les mineurs sont les frères d'Adam selon l'esprit, et ses enfants selon la chair, il faut que son crime soit expié par le cercle entier, mais le cercle entier ayant participé à la souillure, il fallait qu'un être pur naquit selon la chair pour satisfaire pour elle pleinement à la justice. »

Après cette disgression, revenons à notre propos initial. Quel chef-lieu de réintégration pour les âmes humaines ou selon la terminologie martinésienne, pour les mineurs spirituels ?

Puisque la réintégration des êtres doit se faire dans toutes leur propriétés et vertus originelles, et que le premier mineur ne détint celles-ci qu’après son émancipation, le lieu de la réintégration des esprits mineurs réconciliés ne se fera pas dans l'immensité divine mais se fera nécessairement dans la circonférence céleste ou plutôt à la jonction du surcéleste et du céleste qui était le lieu du paradis originel. Aussi Martinès écrit-il :

« Je vous répondrai que les ténèbres dont l'Ecriture menace les réprouvés ne signifient pas une privation de clarté et de lumière, mais seulement une privation d'action spirituelle divine dans l'immense circonférence céleste où les vrais esprits réconciliés iront faire leur heureuse réintégration. » (Traité, 124)

Martinès parle ici de réconciliation du mineur, c'est à dire de l'esprit de l'homme, et non pas de sa réintégration. En effet cette dernière devra nécessairement s'opérer après la réconciliation du mineur qui ne pourra recouvrer son corps de gloire qu'à cette seule condition et donc après la résurrection. Ainsi, réintégré comme véritable homme, c'est à dire en corps, en âme et en esprit, il pourra séjourner dans son lieu de réintégration.

L’esprit mineur ne sera donc pas réintégré dans son cercle mineur d’émanation inhérent à l’immensité divine. Mais de façon bien différente, c’est tout l’homme qui retournera au contraire dans son chef-lieu d'émancipation où il retrouvera Celui dont nous pensons qu’Il est devenu l’habitant de ce lieu, c’est à dire le Christ. Dans ce face à face avec le Christ l’homme se revêtira du Christ, faisant un avec Lui et ainsi, par le Christ qui est l’image parfaite du Père, le Père sera tout en tous. C’est ainsi que l’homme obtiendra ce à quoi il était destiné, c'est à dire la déification. Mais celle-ci ne s'opérera, nous le redisons, qu'après que cet esprit ait retrouvé le corps glorieux avec lequel il avait été émancipé. Car ce n'est pas l'esprit qui doit être déifié mais l'homme, corps-âme et esprit.

Mais pourra-t-on dire, l’immensité surcéleste ayant été créée avec le temps, consécutivement à la chute des premiers esprits prévaricateurs, cette immensité doit donc être soumise au temps et son existence doit nécessairement être limitée dans la durée et bornée par la fin des temps. Que deviendront alors les esprits demeurant dans cette immensité ? comment les esprits mineurs réintégrés pourront-ils subsister dans le surcéleste à la fin des temps, eux dont l’action devait être spirituelle-temporelle et spirituielle-divine par la connexion qu’ils devaient conserver avec leur créateur du fait de leur position en aspect direct de l’immensité divine ? Martinès nous donne la réponse dans ces quelques lignes :

« Tu as vu que les esprits, qui résident dans l'immensité divine, ont en eux des actions et des puissances purement spirituelles, et cela ne peut être autrement, attendu que tout esprit qui actionne et opère en face de la Divinité ne peut être sujet au temps ; mais les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps. Lorsque le temps sera passé, ces esprits ne passeront point ; ils changeront seulement d'actions et d'opérations, c'est-à-dire qu'ils seront réunis à leur premier principe d'opérations purement spirituelles divines, comme les esprits qui habitent actuellement l'immensité divine. » (Traité, 231)

Ainsi, les hommes réintégrés verront leurs puissances spirituelles divines rétablies. Ils recouvreront leur puissance octénaire, non pas par décret divin du fait de leur émanation première, mais par leurs propres efforts et leur réconciliation. C’est ce que Martinès appelle la réintégration divine, mais réintégration qui étant extérieure à cette même immensité divine rend l’homme encore plus libre et glorieux et lui permet d’atteindre l’état de déification auquel il était originellement destiné et dont sa chute presque concomitante à son émancipation l’avait cruellement privé.

Nous le voyons, la réintégration des esprits et celle des hommes ne peuvent être comparées à celle de la matière. Si comme nous l’avons exposé dans la première partie de ce billet, la matière élémentaire doit être anéantie par la réintégration des éléments et de leurs principes dans les esprits les ayant produits, il n’en est pas de même pour les être spirituels et les hommes. Ceux-ci seront réintégrés de façon très différente en recouvrant leur action spirituelle divine et leur corps de gloire au sein de la création restaurée qui est le surcéleste, entendu que cette sphère dans laquelle les six pensées divines demeurent éternellement, n’est plus sujette au temporel.

Ceci différencie substantiellement la doctrine de Martinès de l’apocatastase stoïcienne par laquelle tout est réintégré en Dieu, sans corps ni forme mais en esprit, sans plus aucune différenciation de personne. Car pour Martinès, concernant l’homme, la réintégration n’est pas celle d’un pur esprit qui serait réintégré dans son principe ou dans son cercle d’émanation, mais celle d’un homme émancipé et réconcilié, homme-dieu composé d’un mineur spirituel et du corps glorieux qui en est indissociable ; homme qui dans ce lieu et par sa parfaite communion avec le Fils participera à la vie divine car, par ce même Fils, le Père sera enfin tout en tous.

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[1] Instruction du 7 sept 1774 – Autres Notes

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