Chair originelle, chair déchue et chair ressuscitée (4/4)

Publié le par Esh494

A l’inverse de la transmutation matérielle consécutive à la faute d’Adam, la réintégration ou résurrection de la chair sera transmutation glorieuse, une transfiguration spirituelle, à l'identique de celle dont témoigna le Christ face à ses apôtres sur le mont Thabor. Cette résurrection est donc, nous l’allons voir, une spiritualisation de la chair.

Mais comment, dira-t-on, est-il possible de spiritualiser ce qui de pur et impassif qu’il était originellement est devenu passif et corrompu par l’iniquité et le péché ?

Nous répondrons que c’est là l’œuvre que le divin Réparateur est allé accomplir l’espace de trois jours dans les abîmes de la terre, dans ce monde de ténèbres où il est descendu vaincre les armées de Satan et délivrer les hommes encore en privation. Mais Il ne vint pas seulement réconcilier et libérer les élus et les Patriarches, encore marqués de la souillure de la faute de leur père Adam mais ayant toutefois reçu les prémices du sceau de la réconciliation par la force spirituelle majeure qui les accompagnait, mais Il est venu libérer toute la postérité d’Adam, c'est-à-dire les mineurs restés esclaves des démons, comme il est dit dans le Traité de la troisième opération des trois jours dans les enfers :

« La réconciliation des mineurs et la punition des majeurs pervers. Voilà quelles furent la première et la seconde opération du Christ pendant les deux premiers des trois jours qu'il resta ignoré des hommes, pour nous donner le type de la sépulture et ensuite celui de la réconciliation et résurrection spirituelles aux yeux de toute la création. » (Traité, 37)

Cette thèse des trois jours passés dans les abîmes semble directement tirée des doctrines judéo-chrétiennes. En effet, de nombreux textes relatent  la descente du Christ dans le schéol, c'est-à-dire dans l’enfer des juifs. Nous en trouvons une description détaillée de cette descente dans l‘Ascension d’Isaïe : Et quand il [le Christ] aura échappé à l’ange de la mort, il reviendra de nouveau le troisième jour et il demeurera encore dans le monde cinq cent quarante-cinq jours »[1] puis « Et on le livrait au roi et on le suspendait à un poteau et il descendait vers l’ange de la mort. Oui, je l’ai vu à Jérusalem pendu à un poteau. Et après le troisième jour il se relevait »[2] puis encore dans l’Evangile de Pierre : « Et ils entendirent une voix qui venait des cieux et disait : As-tu prêché aux dormants ? »

Cette doctrine n’est pas étrangère aux églises chrétiennes qui selon Jean Daniélou l’ont reprise dans le Symbole[3] et interprète dans ce sens les citations suivantes du Nouveau testament : « En effet, l’Evangile a aussi été annoncé aux morts afin qu’après avoir été jugés comme tous les hommes ici-bas ils vivent selon Dieu par l’Esprit »[4] et  « C’est pourquoi il est dit : Il est monté sur les hauteurs, Il a emmené des prisonniers, et Il a fait des dons aux hommes. Or, que signifie : Il est monté, sinon qu’Il est aussi descendu dans les régions les plus basses de la terre ? »[5]  

Ainsi, par ses deux premières opérations, le divin Réparateur lava les mineurs en privation de toute forme de corruption et apporta la réconciliation à la nature humaine. Mais dans sa troisième opération il vint abréger le patîment des âmes réconciliées afin de les accueillir dans l’ombre de la gloire du Père, les séparant de leurs corps, dans l’attente de leur réunion et de la réintégration totale et finale des hommes, corps, âme et esprit dans le Royaume des Cieux au jour du second avènement. C’est ainsi qu’il est écrit dans le Traité :

« La troisième opération du Christ fait allusion au troisième jour de sa sépulture ; et elle fut faite sur deux espèces de mineurs qui étaient plus ou moins resserrés en privation divine. Ainsi cette troisième opération fut divisée en deux substances, dont une visible aux mortels ordinaires, et l'autre invisible à ces mêmes mortels, attendu qu'aucune matière ne peut voir et concevoir l'esprit sans mourir, ou sans que l'esprit ne dissolve et n'anéantisse toute forme de matière. A l'instant de son apparition, la substance invisible de la troisième opération du Christ a consisté à avoir abrégé lui-même le terme des travaux et des opérations pénibles que faisaient les mineurs qui satisfaisaient à la durée du temps pendant leur cours universel, général et particulier, selon qu'il a été prescrit par le Créateur.» (Traité, 38)

Il nous faut noter que cette troisième opération était et reste encore invisible aux mortels car le jour du jugement dernier n’étant pas venu, les hommes ne peuvent voir se manifester la toute puissance de l’Esprit sans mourir.

Mais comment, dira-t-on de même, peut-on ressusciter cette chair puisque dans son état matériel elle est maintenant corrompue par le péché et que « sa forme glorieuse [est changée] en une forme matérielle sujette à être anéantie, sans pouvoir être remise dans sa première nature de forme apparente, après sa réintégration dans le premier principe des formes apparentes, que l'axe central dissipera aussi promptement qu'il l'a formé. » (Traité, 67) ? surtout quand il est aussi écrit concernant le Christ lui-même: « C’est Jésus-Christ lui-même qui va leur prouver la différence essentielle de ces deux formes corporelles et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre dans le tombeau.»[6]

En effet, avant sa résurrection, la chair devra éprouver la mort et l’anéantissement de la matière élémentaire qui depuis la chute du premier homme vient appesantir et densifier les formes corporelles des hommes. En effet, il nous est enseigné que :

« (…) aussi ne peut-il [l’homme] espérer sa réconciliation qu'après un long et pénible travail, et la réintégration de sa forme corporelle ne s'opèrera que par le moyen d'une putréfaction inconcevable aux mortels. C'est cette putréfaction qui dégrade et efface entièrement la figure corporelle de l'homme et fait anéantir ce misérable corps, de même que le soleil fait disparaître le jour de cette surface terrestre, lorsqu'il la prive de sa lumière.» (Traité, 111)

et de même :

« Il faut absolument que cette dernière opération soit faite par lui [le corps] ; et voilà ce qu'on appelle la peine et le travail du corps. » (Traité, 71)

A la mort, qui voit la séparation du mineur d’avec son enveloppe corporelle, succède donc la putréfaction comme il est écrit : « Lorsque l'être agent spirituel a quitté sa forme, cette forme devient en putréfaction.» (Traité, 71) Mais quel est l’effet de cette dernière et que reste-t-il alors des corps à l’issue de ce processus de putréfaction aussi appelé dissolution ?

Nous l’avons vu dans d’autres publications de notre blog[7],  par la chute le corps de matière glorieuse de l'homme à été dégradé et dégénéré en un corps d'apparence matérielle élémentaire. Cette apparence est le fruit d'une transmutation par l'apport d'essences spiritueuses  différenciées en principes élémentaires, ces mêmes principes s’associant entre eux en nombre poids et mesure pour former ce que nous appelons les éléments. Ces principes sont alors maintenus dans cette association temporelle sous l'action d'un véhicule de feu produit par les esprits ternaires de l'axe feu central incréé. Ces éléments se composent à leur tour pour former des corps mixtes élémentaires qu’un véhicule général du même feu, que nous appelons vie passagère, vient animer.  C’est le retrait de ce véhicule général qui provoque ce que nous appelons vulgairement la mort corporelle matérielle. Commence alors un long processus de dissolution durant lequel les véhicules particuliers de feu se retirent progressivement des corps en décomposition et à l’issue duquel les essences spiritueuses seront elles-mêmes amenées à se réintégrer dans les esprits qui les avaient originellement émanées.

Cependant, les éléments de cette matière corporelle ayant été souillés par la corruption, il faudra préalablement à leur réintégration les laver et les dépouiller des scories qu’ils ont contractées durant leur durée terrestre et du fait des fautes des esprits mineurs habitant les corps dont ils constituent le vêtement. En d’autres termes, la putréfaction est nécessaire pour laver la chair des souillures dont elle est l’objet du fait de l’exercice désordonné du libre-arbitre du mineur. En fait, les rapports sont totalement inversés car la chair qui devait être spiritualisée par l’esprit se trouve salie par les actes désordonnés et pervertis de ce même esprit affaibli par la privation divine dont il fait l’objet et laissé à la merci de son libre arbitre. Il faudra alors que la chair passe par la putréfaction, avant que, une fois nettoyés de toutes scories, les éléments matériels ayant revêtu le corps lors de sa transmutation de chair glorieuse en chair d’apparence de matière élémentaire, puissent enfin se réintégrer dans leur premier état d’essences spiritueuses.

Ces scories ce sont les passions, les vices, qui par la porte des sens accèdent au coeur de l'homme, s'y développent et qui n'étant que trop rarement jugulées par la volonté de  l'esprit, finissent pas corrompre le corps. C'est cette chair là, faite de pulsions incontrôlées et de sentiments déréglés générés et entretenus par l'action et l'impression de forces démoniaques suscitant la corruption et l'iniquité, c’est bien cette chair qu'il faut anéantir. Et par cet anéantissement la pauvre forme corporelle, débarrassée de ces scories et libérée de l’emprise des éléments,  pourra enfin se restaurer et recouvrer tous ses droits et toutes ses vertus.  Et cette chair  ainsi purifiée pourra un jour ressusciter et rejoindre enfin la patrie céleste qui est la sienne. C’est bien de cette chair renouvelée que parle l’Apôtre dans sa 1ère Epître aux Corinthiens : « La trompette sonnera, alors les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons transformés. 3Il faut en effet que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité et que ce corps mortel revête l’immortalité. » (1 Co 15, 52-53)

Mais, demanderez-vous, comment la purification peut-elle être obtenue par un processus de putréfaction ? Et en quoi consiste ledit processus ?

Nous avons vu que la mort corporelle animale s’accompagne du retrait progressif des véhicules particuliers de feu insérés dans les éléments et les mixtes élémentaires des corps et qui en assuraient la cohésion durant cette vie passagère. Suite au retrait de ce feu, les éléments et les principes élémentaires - qui s’opposent par nature car n’étant plus liés et équilibrés selon la loi de ce véhicule spirituel qui n‘agit alors que de plus en plus faiblement au sein des formes - lesdits éléments et principes élémentaires commencent alors à réactionner les uns sur les autres et à s’entrechoquer provoquant ainsi une chaleur qui se mêlant au fluide corporel du corps vient animer les animaux reptiles innés dans le corps et qui amorcent alors l’œuvre de putréfaction de ce dernier :

« Les trois principes que nous appelons Soufre, Sel et Mercure, opérant par leur réintégration, entrechoquent, par leur réaction, les ovaires séminaux qui sont dans toute l'étendue du corps. Ces ovaires reçoivent encore par là une nouvelle chaleur élémentaire, qui dépouille l'espèce animale reptile de son enveloppe, et cette enveloppe, ainsi dissoute, se lie intimement avec l'humide grossier du cadavre. C'est la jonction de cette enveloppe des reptiles avec l'humide grossier du cadavre qui opère la corruption générale du corps de l'homme, et qui le met ensuite à sa dernière fin de forme apparente.» (Traité, 71)

L’oeuvre de putréfaction étant avancée, la chaleur du corps est alors entretenue et activée par l’action de l’axe feu central qui vient entièrement dépouiller les principes élémentaires de toutes les scories qui étaient venues s’y attacher. Ainsi dépouillés et lavés de toute souillure, ces principes ayant retrouvé leurs qualités premières d’essences spiritueuses, pourront finalement se réintégrer à leur principe premier résidant dans l’axe incréé. Mais Martinès enseigne aussi que ce même feu, joint au véhicule particulier agissant encore dans la forme corporelle, entretient les animaux reptiles jusqu’à l’aboutissement complet de leur œuvre, c'est-à-dire jusqu’à la destruction complète de la forme du cadavre par consommation totale de l’humide radical auquel ces animaux se sont mêlés. Ainsi est-il précisé dans le Traité :

« La vie et l'action, que les animaux ont dans l'humide radical, ne proviennent que de l'opération de l'axe, feu central, qui dépouille, par son opération dernière, toutes les impuretés qui entourent les trois essences spiritueuses qui sont encore contenues dans la forme du cadavre. Leur feu élémentaire, conjointement avec le feu central, entretiennent la forme de figure apparente de ces animaux reptiles, par l'opération de réfraction de leurs rayons de feux spiritueux, qui, par la suite, se replient sur eux-mêmes lorsqu'ils ne trouvent plus de fluides à opérer, c'est-à-dire quand tout a été entièrement consommé par eux. » (Traité, 71)

La putréfaction ayant enfin été accomplie, et les essences réintégrées, les reptiles n’ayant plus rien à y accomplir se retirent alors du cadavre:

« Après que cette putréfaction est faite, il sort de cette forme corporelle des êtres corporels que nous appelons reptiles, qui subsistent jusqu'à ce que les trois principes spiritueux, qui ont coopéré à la forme corporelle de l'homme, soient réintégrés. » (Traité, 71)

Le corps aura ainsi rendu à la terre ce qu’il avait pris du centre de la terre dans lequel il avait été précipité lors de la chute.

De la lente combustion par le feu des esprits de l’axe ainsi que du travail de consommation de l’humide du cadavre par les animaux reptiles, il ne restera du corps que des cendres, pauvres vestiges de son ancienne composition dans le temporel. Selon l’Art, ces cendres de couleur blanche sont considérées comme la marque finale de la purification corporelle, le résultat de l’œuvre au blanc.

Nous conclurons alors de ceci que, s’il est vrai que c’est par une action des esprits de l’axe que les formes corporelles se vêtent de matière, il est aussi vari que c’est par une action de ces mêmes esprits que les formes corporelles sont amenées à leur anéantissement par la dissolution de la matière qui les habille. Et de ce processus de dissolution par le feu il ne restera que des cendres.  

Le phénix mythique nous donne un parfait emblème du corps matériel de l’homme et de sa destination. En effet, s’il est dit que le feu consume le Phénix, comme nous l’avons vu il participe ainsi à l’œuvre de dissolution du corps.  Et s’il est dit du phénix qu’il renaît de ses cendres, c’est que le corps doit lui-même renaître de ses propres cendres. Les cendres présentent donc bien la promesse d’une renaissance, d’une vie nouvelle ; mais pas uniquement d’une vie spirituelle, mais bien d’une nouvelle vie corporelle dans un corps nouveau ou plutôt renouvelé ; corps restauré qui est aussi un corps originel retrouvé, l’Ecriture Sainte faisant bien la promesse d’un retour à la poussière, à cette poussière dont les corps originels furent modelés[8] des mains mêmes de Dieu. Et c’est pour cela que l’on peut lire dans l’Ecriture Sainte : « Oui tu es poussière et tu retourneras en poussière.» (Gen. 3, 19). La cérémonie de réception au grade de compagnon symbolique dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers est explicite à cet endroit.[9]

Ainsi ce retour vers cette poussière, évoqué dans les Saintes Ecritures, préfigure la résurrection de la chair, retour du corps à son état originel que nous qualifions de glorieux. Car nous professons que si la matière a bien été anéantie, la forme corporelle elle ne l’a pas été. Cette forme corporelle subsiste, ainsi que tous ses principes charnels, osseux et sanguins même s'ils ne se manifestent plus sous une apparence matérielle élémentaire fluide, solide et ignée. Elle restera dans un état d’attente jusqu’au jour béni où, sous l’action d’un feu spirituel divin, ces cendres jetées au vent seront rassemblées par le fait d’une action supérieure afin de recomposer les corps et les ressusciter.

La  mort animale et la putréfaction ne sont ainsi que les prémices d’une vie nouvelle. Il faut que le grain meure et se dissolve pour qu’il voie enfin le jour dans sa nouvelle forme d’épi sous l’action des rayons du soleil. Là est la véritable forme et le véritable sens du solve et coagula et la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ quand Il enseigna à ses apôtres : «En vérité, en vérité je vous le dis : si le grain de froment ne meurt après qu’on l’a jeté en terre, il demeure seul ; mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruit.» (Jn, 12-24)

Il faudra alors l’action d’une force supérieure à celle du feu des esprits de l’axe pour ressusciter cette chair dans l’intégrité de ses vertus et propriétés glorieuses originelles : ce sera l’action de l’Esprit de Dieu. Comme chrétiens, nous ne pouvons douter de ceci, car n’est-il pas dit dans le 1er Epître de Pierre : « Christ aussi a souffert, et ce une fois pour toutes, pour les péchés. Lui le juste, Il a souffert pour des injustes afin de vous conduire à Dieu. Il a souffert une mort humaine, mais il a été rendu à la vie par l’Esprit.»[10]

Et la résurrection du Christ n’est-elle pas l’annonce de ce que sera la résurrection des hommes ? le corps de gloire dans lequel le Christ apparaît à ses apôtres durant son séjour sur terre avant de s’élever dans les cieux n’est-il pas celui que doivent réintégrer les hommes au jour de leur résurrection ?

C’est ce que nous enseignent Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz  (1730-1824) le premier dans son Traité en déclarant que les esprits mineurs des hommes séjournent dans une forme de matière « qu'ils ont eue, et où ils sont descendus par la prévarication d'Adam, tandis qu'ils devaient habiter un corps de gloire incorruptible, selon que le Christ nous l'a montré physiquement par sa résurrection glorieuse » (Traité, 37) et le second par ses quelques lignes édifiantes : «Mais Jésus-Christ dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’a plus que l‘apparence de la matière, qui n’en conserve pas même les principes élémentaires, et qui n’est plus qu’une enveloppe immatérielle de l’être essentiel qui veut manifester son action spirituelle et la rendre visible aux hommes revêtus de matière[…]Jésus-Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu’il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur faire connaître que c’est de cette même forme, c'est-à-dire d’une forme parfaitement semblable et ayant les mêmes propriétés, dont l’homme était revêtu avant sa prévarication ; et pour leur apprendre qu’il doit aspirer à en être revêtu de nouveau après sa parfaite réconciliation, à la fin des temps. C’est là en effet cette réconciliation glorieuse des corps.» [11]

Ainsi lors de la résurrection, l'Esprit Saint viendra reprendre la place et les prérogatives qu'Il avait temporellement « abandonnées » aux esprits secondaires de l'axe, et aux esprits supérieurs qui les commande, consécutivement à la chute de l'homme. Aussi, ce n'est plus d'essences spiritueuses que la forme corporelle sera composée mais elle retrouvera ses essences spirituelles originelles animées et entretenues par le feu tout spirituel de l'Esprit : le corps sera redevenu glorieux en renaissant de ses cendres !

Voilà quelle est, selon le matinésisme chrétien, la véritable transfiguration du corps lors de la résurrection, transfiguration qui sera l'œuvre de l'Esprit-Saint. Son feu purificateur et vivifiant viendra aussi, le jour du Jugement dernier, dissoudre instantanément toute composition matérielle afin de glorifier les corps, les spiritualiser en les rendant à leur substance originelle et en ressuscitant dans le même temps les corps des défunts encore assoupis dans l’attente de leur jonction avec leurs âmes respectives, libérées par la troisième opération, mais toujours orphelines de leur chair. Ainsi, chaque mineur réconcilié spirituellement et corporellement, ayant donc passé l’épreuve du jugement, retrouvera ou plutôt recouvrera son corps de gloire par l’effet de la résurrection, et sera admis, non pas en tant qu’esprit, mais en tant qu’homme corps, âme et esprit, au sein de la Cité Sainte, la nouvelle Jérusalem, dans un face à face presqu’incompréhensible avec le Fils et donc par lui avec le Père.

Ce n'est donc pas d'une nouvelle forme ou d'un nouveau corps que l'homme sera ainsi revêtu mais son corps originel sera de nouveau spiritualisé. Lhomme sera dépouillé des tuniques de peau dont il s'était temporairement revêtu par sa chute afin que la vraie nature glorieuse de sa forme corporelle reprenne tous ses droits.

C'est pourquoi, même si sa chair est temporellement et profondément dégradée dans son apparence, l'homme doit constamment veiller à sa protection et a sa conservation : protection et entretien matériels de la constitution de sa forme corporelle, mais aussi préservation de l'intégrité de ses composantes élémentaires. Car cette chair possède toujours en elle les germes de sa transfiguration et le souvenir de sa forme glorieuse originelle.

Arrivés au terme de cette étude nous pouvons nous questionner de nouveau : les concepts martinésiens de corps originels glorieux, de dégénération en forme corporelle d’apparence matériele et de réintégration présentent-ils des écarts fondamentaux par rapport à toutes les professions de foi chrétiennes qui énoncent la croyance en la résurrection de la chair - ou des morts ?

Nous pensons avoir montré que non, même si certains des éléments que nous avons avancés pourraient paraître quelque peu hétérodoxes à certaines églises dites canoniques sans pour autant l’être pour d’autres.

Ainsi en va-t-il des enseignements de  Martinès de Pasqually, qui peuvent surprendre par leur forme, et dont la première approche pourrait laisser au lecteur non averti l'impression d'un long exposé nourri de considérations gnostiques. Mais une étude plus approfondie montre, qu'au-delà de l'apparence première, et dans sa subtilité, la doctrine martinésienne, rectifiée par les Leçons de Lyon, ne peut être frappée du qualificatif de gnostique ni même de radicalement hétérodoxe, bien qu'il faille reconnaître que certains points particuliers s'apparentent plus à des thèses judéo-chrétiennes  - parfois encore reconnues dans certaines églises orientales - que strictement chrétiennes au sens canonique du terme et plus particulièrement post-nicéennes. S'il persiste aussi parfois dans le texte des ambiguïtés, dont certaines ont été relevées dans nos différentes études, celles-ci ne peuvent cependant être considérées séparément du reste des enseignements doctrinaux et être mises an avant dans le seul but d'opposer les enseignements doctrinaux de Martinès avec ceux de l'Eglise et d'en montrer la soi-disant incompatibilité.

Il n'en est toutefois pas tout à fait de même de la pensée de Louis-Claude de Saint Martin qui, bien que s'appuyant généralement sur celle de Martinès dans ses trois œuvres fondatrices de ce que l’on pourrait appeler l’esprit saint-martinien[12], y adjoindra des considérations particulières, plus teintées d’augustinisme et de jansénisme, et surtout l'éclairera d'une lumière tout à fait personnelle trouvant sa source dans des voies spirituelles étrangères à la sensibilité de Martinès et s'éloignant parfois passablement de celles de l'Eglise du Christ. C'est ainsi qu'une lecture saint-martinienne de l'œuvre de Martinès de Pasqually peut engendrer des confusions et amalgames regrettables propres à dénaturer la pensée martinésienne.

Sans pour autant embrasser les enseignements catéchétiques des églises chrétiennes dans leur ensemble, la lecture de Martinès que nous proposons reste fidèle à la foi orthodoxe, c'est à dire régulière, de l'Eglise du Christ. Si certains catéchismes, et en particulier le catéchisme catholique romain, apportent aux membres de l'Eglise des commentaires et des canons doctrinaux quelque peu nuancés par rapport à l'approche martinésienne de la chair et de sa résurrection, cette dernière n'en reste pas moins fidèle à certaines exégèses des Pères de l'Eglise et plus particulièrement aux écrits des Pères cappadociens. Sans pour autant les reprendre à la lettre, la pensée de Martinès en respecte l'esprit. Ceci ne doit aucunement surprendre s'agissant du domaine initiatique chrétien. Car les travaux martinésiens ne sont pas des travaux catéchétiques ecclésiaux mais se situent dans une vision ésotérique du christianisme. Il nous faut donc comprendre et accepter que l'initiation chrétienne puisse transmettre des enseignements exégétiques différents sur la forme de ceux transmis par les ministres de l'Eglise mais cependant très généralement conformes aux principaux fondements spirituels et dogmatiques qui définissent le christianisme et sont énoncés dans ses professions de foi. C'est en cela que nous pouvons trouver une extraordinaire et enrichissante complémentarité entre vie ecclésiale et vie initiatique qui toutes deux trouvent leur force et leur appui dans la foi chrétienne.

 


[1] Ascension d’Isaïe, Partie 2,  IX, 16

[2] Idem, Partie 2,  XI, 20-21

[3] Jean Daniélou, Théologie du Judéo-Christianisme, 2ème édition, Desclée/Cerf, Paris 1974 – La théologie de la rédemption

[4] (1 P 4, 6)

[5]  (Ep 4, 8-9))

[6] Jean-Baptiste Willermoz - Cahier D3  - Fonds Kloss, dit Traité des deux natures

[7] Le lecteur pourra se reporter aux articles suivants : Réconciliation, réintégration, résurrection et déification ainsi que Création glorieuse et forme d’apparence matérielle

[8] Le lecteur pourra utilement se reporter à la première partie de la présente étude

[9] Le lecteur pourra se reporter au rituel abrégé dans le manuscrit qu’il est convenu d’appeler le « Cérémonial des initiations » du Fonds Z et en particulier à la référence qui y est faite à la vallée de Galgalaha

[10] 1 P 3, 18

[11] Jean-Baptiste Willermoz - Cahier D3  - Fonds Kloss, dit Traité des deux natures

[12] L’homme de Désir, Le Nouvel Homme et Le Ministère de l’homme-esprit

Résurrection de la chair et résurrection glorieuse
Résurrection de la chair et résurrection glorieuseRésurrection de la chair et résurrection glorieuse

Résurrection de la chair et résurrection glorieuse

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Daniel 01/05/2014 13:28

Merci pour vos publications qui sont toujours très intéressante. elle sont une excellente source de réflexion.
Daniel...